Agefi Luxembourg - février 2026

AGEFI Luxembourg 8 Février 2026 Économie Par Pierre PINCEMAILLE, Secrétaire général de la GestionDNCA Investments E t de 5 ! C’est en effet la cinquième année d’affilée que le secteur ban- caire fait mieux que l’indice de référence des marchés actions euro- péens. Et la photo finish a été inutile pour le départager du second macro-secteur tellement l’écart est conséquent avec les ressources de base (67 % vs 28 %) et encore plus avec l’indice généraliste (+16,7 % pour le Stoxx600). Le constat est le même aux États- Unis, où le secteur fait mieux que la technologie(30%versus27%),malgré une couverture médiatique moindre. Mais les faits sont là : des deux côtés de l’Atlantique, ladynamiquebénéficiaireaencoreétéaurendez-vous en2025avecrespectivement7%et15%decroissance des BPA. Et en ce début d’année, la question que se poselégitimementlesinvestisseursestcelledelasou- tenabilité de cette tendance, ou pour reprendre une expressionanglo-saxonne, de savoir si le secteur n’est pas en situationd’« over-earning (1) ». L’année 2025 aura surtout été celle du redémarrage de la croissance des revenus pour le secteur bancaire européen avec un point bas des revenus nets d’intérêtsaupremiertrimestre.Maisau-delà de cette reprise, c’est l’amplitude des révi- sions au cours de l’année écoulée (+8%) qui apermislasurperformancemassivedusec- teur européen et sa revalorisation. Contre touteattente,lesvolumesdeprêtsetdedépôts sont restés positifs tout au long de l’année (2) , faisant fide l’anxiété générée par les droits de douane américains. Au-delà de la dynamique de fluxdes bénéfices, les effets de stock plaident également en faveur du secteur. L’Auto- rité bancaire européenne a réalisé une nouvelle étude dont les conclu- sions, publiées début dé- cembre, sont rassurantes : la qualité des actifs s’amé- liore marginalement par rapport à décembre 2024 (3) et l’exposition aux NonBanking Fi- nancial Institutions reste marginale. C’est dans cette catégorie que l’on retrouve les fonds de crédit privé ayant des expositions aux faillites récentes (Tricolor et First Brands). Autre confirmation là aussi en faveur du secteur, le pic de la complexité réglementaire est probablement derrière nous. Les deux derniers exemples en date proviennent des banques centrales de la zone euro et d’Angleterre. La première a émis des recommanda- tions qui devraient permettre aux acteurs du secteur de mieux gérer leurs capitaux et liquidités. Dans le détail, la BCE préconise de réduire à deux le nombre decoussinsencapitalimposésauxbanques.Del’autre côté de la Manche, l’institution monétaire anglaise a tout simplement réduit les exigences encapital (pilier 2A) pour encourager le secteur à prêter. En complément de ces thèmes favorables mais connus, un nouveau sujet fait figure d’éléphant dans lapiècesouslaformeded euxlettres:IA.Sionpouvait intuitivementpenserquelarévolutiontechnologique en cours allait aider cette industrie caractérisée par des tâches répétitives, le cabinetMcKinseyaprésenté des chiffres pour sortir du sentiment : dans sarevueannuelle,leconsultantconsidèrequelescoûts peuvent être réduits de 15 à 20%. L’analyse de la banque suisse UBS va dans le même sens, constatant que les ratios coûts / dépôts et coûts / créditssontinchangésdepuisdixans.Au-delàdu sto- rytelling , BNP Paribas fait partie des premières banques à avoir donné des objectifs chiffrés liés à la mise en place d’outils d’IA : 750 millions d’euros de « création de valeur » cette année via des hausses de revenus et unemeilleure efficacité opérationnelle. Undernierphénomèneaémergéàlafindel’annéeet devrait se poursuivre en 2026 à la faveur des bilans solides des banques : les opérations d’acquisition auprèsdesacteursducapital-investissement.Cesder- niers,moins régulés et bénéficiant de larges liquidités à investir, ont absorbéunepartiedurisquebancaireà la sortiede lagrande crisefinancière en faisant l’achat de banques de taillemoyenne. Quinze ans plus tard, cesmêmesfondsde PrivateEquity organisentlamoné- tisation de ces actifs par leur vente à des industriels dusecteureuropéen.Unesituationgagnant-gagnant: ventes d’actifs permettant de retourner une partie de leur argent aux investisseurs d’un côté et opérations relutivespour les banquesde l’autre. Ces achats d’ac- tifs sont souvent sourcede synergies et économique- ment plus pertinents que de laisser des liquidités dans les comptes de la banque centrale. L’opération récente de rachat parABNAmro de l’entité NIBC à Blackstone est le blueprint de cette logique, qui soit dit enpassant neprovoquepasde levéedeboucliers politiques, contrairement à des opérations considé- rées hostiles comme Unicredit sur Commerzbank. Malgré sa solide performance lors des cinq dernières années, il ne faut pas perdre de vue que le secteur reste par nature cyclique. A ce titre, l’évolution des indices de directeurs d’achat européens (4) est de bon augure pour la dynamique de production de crédits en 2026. Mais après une année de surperformance historique expliquée à 40 % par la revalorisation du secteur, une plus forte distinction est probablement demise. Àce titre, les investisseurs devront faire leur choix via le triptyque valorisation, optimisation des coûts et qualité dubilanpour réussir la passe de 6... 1)Tendancedesbénéficessupérieureà lamoyennede longterme ; 2)+3%decroissancedesprêtsenzoneeuroendécembresuruneannée; 3) Prêts performants en hausse d’un point à fin juin (90 %) vs décembre 2024 ; 4)PMIde laZoneEuroà51,5pour ladernièreenquête. Secteur bancaire : la passe de 5 L e Premierministre, Luc Frieden, a effectué une visite de travail enAmérique du Norddu 6 au 9 février, avec des étapes à Boston et àOttawa. Dans un contexte international incertain, leLuxembourgsouhaites'appuyersurdes partenariats stables, avec des nations qui partagent lesmêmes valeurs. Ce fut également lemessage principal du discours du Premier ministre à l'occasion de laEuropeanConferencede laHarvard Kennedy School le 6 février*, dans lequel il a présenté sa vision d'une Europe forte, unie et capable d'agir dans un environne- ment international en profondemutation tout en s'appuyant sur des collaborations solides guidés par des principes partagés. ÀOttawa, lePremierministrea rencontré son homologue canadien, Mark Carney. Les discussions ont porté sur les princi- paux enjeux internationaux, ainsi que sur les perspectives d'un approfondissement de la coopération bilatérale. Le Luxembourg et le Canada entretiennent unpartenariatsolide,fondésuruneamitié de longue date et une histoire commune marquée notamment par l'accueil de la famillegrand-ducaleetdugouvernement luxembourgeois au Canada durant la SecondeGuerremondiale. Lorsdeleurséchangesbilatéraux,lesdeux dirigeantsontsoulignélavolontépartagée de renforcer davantage les liens écono- miques entre les deux pays, notamment en ce qui concerne les secteurs financiers et satellitaires. Dans ce contexte, le Luxembourg peut assumer son rôle tra- ditionneldepartenairefiableetported'en- tréepourtoutlemarchéeuropéen.Parail- leurs,pourfairefaceauxdéfissécuritaires, les deux Premiers ministres ont convenu de progresser rapidement et de concert sur le renforcement de la capacité finan- cière multilatérale en matière d'effort de défense,notammentla«Defence,Security, and Resilience Bank» qui pourra contri- bueràlamobilisationdecapitauxsupplé- mentaires. L'importancequeleLuxembourgaccorde au Canada s'est concrétisée par l'ouver- ture, l'an dernier, d'une ambassade luxembourgeoise à Ottawa. Cette étape majeure témoigne d'une volonté claire et réciproque: renforcer le dialogue poli- tique, intensifier les échanges écono- miques et approfondir encore davantage les relations entre les deux pays. Il convient également de souligner l'ouver- tureauLuxembourg,depuisle1 er janvier, du programme de master en gestion financièredel'UniversitéMcGill,l'unedes institutions académiques les plus presti- gieuses au niveau international. Cette implantation constitue une avancée majeure pour le rayonnement acadé- mique et financier dupays. « Le Luxembourg et le Canada sont liés par une histoire, une amitié et un parte- nariat qui se sont renforcés au fil des décennies, et nous partageons un même attachementauxvaleursdeladémocratie, de l'État de droit et du multilatéralisme. Ensemble, le Luxembourg et le Canada ont une forte volonté d'approfondir leur coopération transatlantique, qu'il s'agisse desécurité,dedéfense,definance,del'es- pace ou encore de l'innovation. Notre ambition est claire: construire, avec le Canada, une relation encore plus forte et tournée vers l'avenir », a déclaré le Premierministre Luc Frieden. ÀBoston,lePremierministreaégalement visité le Biodesign Lab de l'Université de Harvard. Cette visite a notamment per- mis de mettre en lumière des projets visantàdévelopperdessolutionstechno- logiquesinnovantesdestinéesàaméliorer la mobilité et l'autonomie au quotidien des personnes âgées, ainsi que des patients atteints de la maladie de Parkinson ou ayant subi un accident vas- culaire cérébral. Ces projets illustrent l'excellence acadé- mique, de l'innovation appliquée et l'en- gagement de jeunes talents luxembour- geois dans la recherche de solutions concrètes face aux défis liés au vieillisse- ment et aux pathologies neurologiques. * Relire le discours complet de Luc Frieden sur ce lien : https://urls.fr/fimqjp Source : ministère d'État Luxembourg à l’assaut des partenariats transatlantiques ©ME L e Luxembourg a participé au troisième sommet de lamer duNord, organisé le 26 jan- vier 2026 àHambourg, avec une dé- légation conduite par le Premier ministre Luc Frieden et leministre de l’Économie, des PME, de l’Éner- gie et duTourisme LexDelles. Cette rencontrede haut niveaua réuni les chefs d’État, chefs de gouvernement et ministres de l’Énergie de neuf pays euro- péens – Belgique, Danemark, France, Grande-Bretagne, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, Norvège et Islande – autour d’unobjectif central : accélérer la coopéra- tion en matière d’éolien offshore en mer du Nord et renforcer la coordination des infrastructuresénergétiqueseuropéennes. Bienquenonriverainde lamerduNord, leLuxembourgest directement concerné par les décisions prises dans ce cadre. En tantqu’économiefortementindustrialisée et importatrice nette d’énergie, le Grand- Duché a un intérêt stratégique à soutenir une approche concertée auniveau régio- nal. L’enjeu est triple : sécuriser l’appro- visionnement, diversifier les sources d’énergie et accélérer la transitionversun système énergétique durable, compétitif et résilient. Le sommet a mis en avant une vision intégrée de l’avenir énergétique euro- péen.Lesparticipantsontdéfendulepas- sage d’une logique nationale, où chaque parc éolien offshore alimente principale- mentsonproprepays,àunmodèlefondé surdes réseaux interconnectés. Cesparcs seraient capables de fournir simultané- ment de l’électricité et de l’hydrogène renouvelable à plusieurs États. Une telle architecture permettrait d’optimiser la production, de mutualiser les capacités et de renforcer la flexibilité du système énergétique européen, tout en favorisant l’émergence d’un marché transfrontalier de l’électricité propre. Au-delàdes considérations climatiques et industrielles,lasécuritédesinfrastructures énergétiques a occupé une place centrale dans les discussions. Dans un contexte marqué par des actes de sabotage et des menaces hybrides visant des installations critiques en mer du Nord, les États parti- cipantsontsoulignélanécessitéd’unecoo- pération renforcée pour protéger câbles sous-marins,plateformesoffshoreethubs énergétiques. La résilience et la souverai- neté énergétique de l’Europe dépendent désormais aussi de la sécurisation de ces actifs stratégiques. À l’issue du sommet, Luc Frieden a signé une déclaration politique commune réaf- firmant l’engagement du Luxembourg à contribuer activement audéveloppement des énergies renouvelables enEurope et à soutenir les projets de coopération régio- nale. Il a insisté sur le fait que, dans un environnement géopolitique instable, la souverainetéetlasécuritéénergétiquepas- sent par une intégration accrue des mar- chésetdesinfrastructures,aveclesrenou- velablescommepiliercentral.Desoncôté, LexDellesasignéla «HamburgDeclaration of EnergyMinisters » , unedéclarationd’in- tentionvisantàaccélérerlamiseenœuvre deprojetstransfrontaliersdansledomaine des énergies renouvelables et des infra- structuresénergétiques.Cecadredoitfaci- liter la concrétisationdeprojets communs et renforcer la coordination entre les États participants. Enmarge du sommet, leministre luxem- bourgeois a également consolidé la coo- pérationbilatéraleavecleDanemark.Avec sonhomologuedanois, il a signéun traité visant à intensifier la collaborationdans le développement des énergies renouvela- bles jusqu’en 2030. Cet accord s’inscrit dans la continuité d’un partenariat exis- tant, notamment en matière de transferts statistiques d’énergie renouvelable. Concrètement, le traité prévoit un renfor- cement de ces transferts afin d’aider le Luxembourgàatteindresesobjectifsnatio- naux. La contribution financière luxem- bourgeoise est estimée à environ50,6mil- lionsd’eurospourunvolumeminimalde 3500GWhsur lapériode 2025-2030, pou- vantatteindre165,44millionsd’eurospour un volume maximal de 11 300 GWh. Ce mécanismepermetauGrand-Duché,mal- grél’absenced’accèsdirectàlamer,depar- ticiper au développement de l’éolien offs- horeetdesécuriserdesvolumesd’énergie renouvelable pour soutenir ses engage- ments climatiques et la compétitivité de ses secteurs industriels énergivores. Enfin, la délégation luxembourgeoise comprenait plusieurs entreprises actives dansl’énergie,l’ingénierieetlesinfrastruc- tures, parmi lesquelles ArcelorMittal/ Sotel,Creos,JanDeNul,lePortdeMertert et GeoXYZ. Leur présence souligne l’in- térêt du tissu économique national pour les opportunités industrielles, technolo- giques et logistiques liées à l’essor des renouvelables enmer duNord. Pour le Luxembourg, la transition éner- gétique européenne représente ainsi à la fois un impératif stratégique et un levier de développement économique. Source :ministèred'État/ministèrede l'Économie Un engagement renforcé pour la transition énergétique européenne ©MECO

RkJQdWJsaXNoZXIy Nzk5MDI=