Agefi Luxembourg - juin 2026

AGEFI Luxembourg 4 Juin 2026 Économie & Banques L aCommission euro­ péenne a publié le 3 juin le paquet de prin­ temps 2026 duSemestre européen, sonprincipal outil de coordinationdes poli­ tiques économiques et sociales dans l’Union euro­ péenne. Dans un contexte marqué par des tensions géopolitiques persistantes, des défis énergétiques et une concurrence internationale accrue, Bruxelles appelle les Étatsmembres à renforcer leur compétitivité, leur rési­ lience et la soutenabilité de leurs finances publiques. Dans ce cadre, leLuxembourg fait l’objetderecommandationsdétail­ lées visant à adapter son modèle économique aux transformations structurelles en cours. La Commission souligne la nécessité deconcilierunniveaudevieélevé avec des réformes structurelles jugées essentielles pour maintenir ladynamiquedecroissanceàlong terme. Parmi les principales recommandations adressées au Luxembourg figure en premier lieu la question de la viabilité du système de retraites. Bruxelles estime que, compte tenu des évo­ lutionsdémographiques,desajus­ tements seront nécessaires afin de garantir la soutenabilité du sys­ tème sur le long terme. Lelogementconstitueunautreaxe majeur des orientations euro­ péennes. La Commission appelle à une augmentation de l’offre de logements afin de répondre à la pression croissante sur le marché immobilier, un enjeu identifié comme structurant pour la com­ pétitivité et l’attractivité du pays. Sur le plan fiscal, le Luxembourg est encouragé à renforcer sa lutte contre les pratiques de planifica­ tion fiscale agressive, afin de pré­ server l’équité et la transparence dusystèmefiscaldansunenviron­ nement économique de plus en plus intégré auniveau européen. L’innovation et la recherche figu­ rent également au cœur des recommandations. Bruxelles invite le pays à intensifier les investissements dans les activités à forte intensité de recherche et développement, considérées comme essentielles pour soute­ nir la compétitivité à long terme et accompagner la transitionvers une économie plus numérique et plus durable. LaCommissioninsisteparailleurs sur la nécessité de poursuivre la diversificationdusecteurfinancier luxembourgeois et d’accélérer la transformation numérique de l’économie. Ces efforts sont jugés déterminants pour maintenir la positiondupaysdansunenviron­ nement financier mondial en mutation rapide. Les investisse­ ments dans les infrastructures de transportdurablessontégalement encouragés, tout comme la réduc­ tion de la dépendance aux éner­ gies fossiles. Ces recommanda­ tions s’inscrivent dans les objectifs climatiques de l’Union euro­ péenne et dans la volonté de ren­ forcer la sécurité énergétique. Dans le domaine de l’éducation, la Commission appelle à amélio­ rer les performances du système scolaireetàgarantirunemeilleure égalité des chances. Elle met éga­ lement en avant la nécessité de mieux aligner les compétences des travailleurs avec les besoins du marché de l’emploi, afin de réduirelesinadéquationsstructu­ relles. La résilience climatique et la gestion des ressources en eau sontégalementidentifiéescomme des priorités, dans un contexte où les effets du changement clima­ tique deviennent de plus en plus visibles en Europe. Audelà des recommandations spécifiques au Luxembourg, le rapport s’inscrit dansune évalua­ tionplus largedes politiques éco­ nomiques des Étatsmembres. La Commission examine notam­ ment la croissance des dépenses publiques nettes et le respect des règles budgétaires européennes dans le cadreduPactede stabilité et de croissance. Elle introduit également des éléments de flexi­ bilité liés à la sécurité énergétique et aux dépenses de défense, per­ mettant dans certains cas d’adap­ tertemporairementlestrajectoires budgétaires. Cette flexibilité reste néanmoins encadrée afin de pré­ server la soutenabilité des finances publiques. Bruxelles rappelle enfin que le Semestre européen repose sur un cycle annuel de coordination, au cours duquel les États membres ajustent progressivement leurs politiques économiques en fonc­ tion des orientations euro­ péennes. L’objectif affiché reste le même : assurer une croissance durable, renforcer la stabilité macroéconomique et soutenir la création d’emplois dans l’ensem­ ble de l’Union. La Commission invite désormais le Conseil et l’Eurogroupe à examiner ces recommandations,tandisquedes échanges se poursuivront avec le Parlement européendans lespro­ chaines étapes du processus. Source :Commissioneuropéenne Bruxelles pousse le Luxembourg à accélérer ses réformes économiques et sociales © iStock Suite pageUne Les tensions géopolitiques persistantes, l’évo­ lution des politiques commerciales, les fluc­ tuations des taux d’intérêt et les défis liés à la croissance économique mondiale continuent d’influencer lesmarchés financiers.Malgré ce contexte, l’industrie des fonds a démontré sa capacité d’adaptation et de résilience, soutenue par une forte diversification des produits, des investisseurs et des zones géographiques desservies. Les fonds alternatifs continuent égale­ ment de jouer un rôle croissant dans le développement du secteur luxembour­ geois.Lesstratégiesliéesaucapitalinves­ tissement, à la dette privée, aux infra­ structures ou à l’immobilier attirent tou­ jours davantage de capitaux à la recherche de diversification et de rendement à long terme. Le Luxembourg bénéficie dans ce domaine d’un écosystème particulièrement déve­ loppé,combinantexpertisejuridique,administration defonds,servicesdedépositaireetcompétencesspé­ cialisées dans lesmarchés privés. Audelà de sa position de centre de domiciliation, le GrandDuché renforce progressivement son rôle de plateforme internationale de structuration et de dis­ tributiondes investissements. La capacitédes acteurs luxembourgeoisàcommercialiserdesfondsdansdes dizainesdejuridictionsconstitueunavantageconcur­ rentielmajeurdansunsecteur où l’accès aux investis­ seurs devient de plus en plus stratégique. Cette dimension internationale explique en grande partie la place prépondérante occupée par le Luxembourg sur le marché mondial des fonds transfrontaliers. Cetteinternationalisations’accompagned’uneévolu­ tion des comportements d’investissement. Si les actions restent la principale classe d’actifs avec plus de260milliardsd’eurosdefluxnetsen2025,lesinves­ tisseursrecherchentdavantagedediversificationgéo­ graphique et sectorielle. Lesmarchés émergentsgagnent enattractivité tandis quedenouvelles thématiques liées à la résilienceéco­ nomique,àlasécurité,àlasouverainetétechnologique ou encore à la défense suscitent un intérêt croissant. Les ETF demeurent l’un des principaux vecteurs de cette évolution, avec des actifs domiciliés au Luxembourg dépassant désormais 500 milliards d’euros. Le secteur connaît éga­ lement une transformation structurelle sous l’effet des économies d’échelle. Les dix plus grands gestionnaires contrôlent désormais 51 % des actifs transfrontaliers mondiaux, tandis que la taille moyenne desfondsatteintunniveaurecord de 558 millions d’euros. Cette concentration croissante ren­ force la pression concurren­ tielle et favorise les acteurs capables d’investir dans la technologie, la conformité réglementaire et la distribution internationale. L’innovation constitue d’ailleurs l’un des grands moteurs de déve­ loppement de l’industrie. Selon SergeWeyland,latokenisationdesfonds est en train de passer d’une phase expérimentale à une phase de déploiement plus large. Soutenue par les technologies de registre distribué et par les évolu­ tionsducadrejuridiqueluxembourgeois,ellepourrait transformer la manière dont les produits financiers sont créés, distribués et détenus. L’intelligence artifi­ cielle gagne également du terrain dans les fonctions opérationnelles, lagestiondesdonnées, lesprocessus de conformité et les services aux investisseurs. Le Luxembourg entend se positionner à l’avant­ gardede ces évolutions.Aucoursde l’annéeécoulée, l’ALFI a notamment renforcé ses initiatives en matière de digitalisation et lancé le « Member Collaboration Hub », une plateforme collaborative intégrant l’outil d’intelligence artificielle ALFIBot. L’association poursuit également ses efforts pour développer les compétencesdusecteur, notamment à traversdesprogrammes spécialisésdans lagestion d’actifs et lesmarchés privés. Surleplanréglementaire,l’année2025aétémarquée par de nombreux chantiers européens touchant notamment la directiveAIFMD II, les outils de ges­ tion de liquidité, la lutte contre le blanchiment, DORA, SFDR ou encore les évolutions des infra­ structures de marché. Ces réformes traduisent la volonté du Luxembourg de maintenir un environ­ nement juridiqueet réglementaire compétitif tout en répondant aux exigences croissantes des investis­ seurs et des autorités de supervision. La finance durable demeure par ailleurs un axe stra­ tégique majeur. Le Luxembourg continue de figurer parmilesprincipauxcentreseuropéenspourlesfonds durables, aussi bien sur les marchés publics que pri­ vés. Si les exigences réglementaires deviennent plus complexes, elles contribuent également à renforcer la transparence et la crédibilité des produits proposés aux investisseurs. Audelà de la croissance des actifs, l’ALFI met égale­ ment l’accent sur un enjeuplus large : lamobilisation de l’épargne européenne. L’association souligne l’im­ portance de mieux orienter l’épargne des ménages vers les marchés de capitaux afin de financer l’inno­ vation, les infrastructures, la transition énergétique et la compétitivité de l’économie européenne. Cette réflexion s’inscrit dans ledébat plus large sur l’Union de l’épargne et de l’investissement portée par les ins­ titutions européennes. Les fonds luxembourgeois franchissent de nouveaux records L eministre des Finances, Gilles Roth, a participé du 11 au 12 juin 2026 aux réunions de lʹEurogroupe et duConseil des affaires économiques et financières (ECOFIN) auLuxembourg. Lors des réunions de lʹEurogroupe, les ministres des Finances ont examiné les évolutions macroéconomiques et budgé­ taires de la zone euro. En présence de la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, ils ont également échangé sur les conclusions du FMI concernantlespolitiqueséconomiquesde la zone euro, ainsi que sur les défis struc­ turels et les priorités stratégiques visant à renforcer la sécurité énergétique et la rési­ lience de lʹEurope. LorsdelasessionduConseilECOFIN,les ministresdesFinancesontainsiarrêtéleur position visant à étendre le champ dʹap­ plicationdumécanismedʹajustementcar­ boneaux frontières (MACF) auxproduits en aval, tout en renforçant les dispositifs de lutte contre le contournement. Les discussions ont également porté sur lepaquetrelatifàlʹintégrationdesmarchés et à la supervision. Par ailleurs, les minis­ tres des Finances ont tenu un premier échange de vues sur le paquet de prin­ tempsdelaCommissioneuropéenne,pré­ senté le 3 juin 2026 dans le cadre du Semestre européen. Le Conseil ECOFIN a également fait le point sur les derniers développements de lʹagression menée par la Russie contre lʹUkraine et sur leurs conséquences éco­ nomiques et financières. Gilles Roth a commenté : « LʹEurope doit poursuivre lʹapprofondissement de son marché intérieur et favoriser la mobilisa­ tiondesinvestissementsindispensablesau renforcement de sa compétitivité et de sa croissance. Pour y parvenir, nous devons veillerànepascréerdenouvellescouches réglementairesouadministrativesquifrei­ neraient la libre prestation des services financiers au seinde lʹUnion. » Enmargedes réunions,GillesRothapar­ ticipé aux réunions annuelles du Conseil desgouverneursduMécanismeeuropéen de stabilité (MES) et de la Banque euro­ péennedʹinvestissement(BEI).Leministre a également rencontré son homologue irlandais,SimonHarris,afindʹévoquerles priorités de la présidence irlandaise du Conseil de lʹUE, qui débutera au1 er juillet. Source : ministère des Finances Gilles Roth aux réunions de lʹEurogroupe et du Conseil ECOFIN au Luxembourg « L’Europe doit éviter les freins à sa compétitivité » Gilles Roth, ministre des Finances du Luxembourg et Pierre Gramegna, directeur général duMES ©UE

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