Agefi Luxembourg - juillet août 2026
Juillet / Août 2026 3 AGEFI Luxembourg Économie Suite pageUne En contrepartie, le président américain est re venu à des positions plus favorables concer nant l’Ukraine, en se déclarant prêt à poursuivre l’engagement américain dans l’ef fort de guerre. Je le répète souvent : il faut faire la distinction entre Donald Trump et les États Unis. Les ÉtatsUnis assurent encore près de 60 % des dépenses militaires de l’OTANet restent, de très loin, la pre mière puissance militaire, énergé tique, technologique et logistique. Les Européens ont donc tenté de mettreleuregoetleursfrustrations de côté. Ils savent désormais que, face auxmenaces actuelles, aucun État ne peut agir seul et que tous les membres doivent avancer dans le mêmesens.Laréaffirmationdel’article5dutraitéde Washington, selon lequel une attaque contre un État membre est considérée comme une attaque contre tous, constitue unmessage fort envers laRussie. AL : Ça bouge un peudans tous les sens, lesAméri cains ont annoncé le retrait de 5 000 soldats d’Alle magne. RG :Ilfautéviterlesréactionsémotionnellesetregar der les réalités stratégiques. J’entends régulièrement parlerde souveraineté économique etmilitaire.Mais lasouveraineténesedécrètepas,ellesefinance.Mark Ruttes’estfélicitéquetouslesmembreseuropéensde l’OTANaient enfin atteint l’objectif de consacrer 2% de leur PIB à la défense. Il ne faut pas oublier que cet engagement date du sommet du pays de Galles en 2014. Pendant plusdedixans, beaucoupdepays eu ropéens sont restés en dessous de cet objectif parce qu’ilscomptaient,defacto,surlagarantieaméricaine à bon compte. Les ÉtatsUnis demeurent de très loin leprincipalcontributeurmilitairedel’Alliance.Àeux seuls, ils représentent encore près des deux tiers des dépenses de défense de l’OTAN. Sans parler de leur avance technologique dans des domaines devenus essentiels, qu’il s’agisse du spatial, des satellites, des capacitésderenseignementoudessystèmesdecom munication. La véritable question n’est pas de savoir si 5 000 soldats quittent l’Allemagne, mais de savoir si l’Europe est prête à assumer davantage sa propre sécurité tout en réussissant à maintenir l’alliance transatlantique qui reste encore aujourd’hui le pilier de la défense occidentale. AL : LaChinepeutelle êtreunpartenaire crédiblede l’Union européenne ? RG :LaChineresteavanttoutunconcurrentdansde nombreux domaines stratégiques. Elle ne peut pas nous fournir l’énergie dont elle manque ellemême : le blocage dudétroit d’Ormuz est davantage unpro blème chinois qu’européen. Elle n’a pas apporté de soutien sur le plan sécuritaire face à la guerre en Ukraineenprofitantmêmedelasituationpourache ter à meilleur compte de l’énergie à la Russie. Et elle est avant tout un concurrent industriel de l’Europe, aux pratiques parfois déloyales.Autrement dit, pour l’Europe, la rivalité est d’abordchinoise alors que la complémentarité bien négociée reste très sou vent américaine. AL : Les consommateurs souffrent à la pompe. Que font les gouvernements français et belge ? RG : Il faut éviter de céder à l’alarmisme de certains commentaires médiatiques. Leprixdescarburantsestsansdoute le prix le plus visible du quotidien : affichéenpermanencedanslessta tionsservice, il influence directe ment le moral des consomma teurs. On a vu qu’après l’annonce du cessezlefeu entre les États Unis et l’Iran, le cours duBrent est rapidement retombé à un niveau inférieur à celui observé en 2021, preuve que les marchés pétroliers peuventsedétendretrèsrapidementetqu’ilestdonc inutile d’alimenter la panique. En outre, j’entends beaucoup parler dans les médias de « superprofits »des groupes énergétiques comme TotalEnergies. Or, ces entreprises ne bénéficient pas mécaniquement de la hausse des prix : une part très importante du prix payé à la pompe correspond aux taxes et aux accises perçues par les États. En France, les droits d’accises sont de l’ordre de 60%. Une large part de leur profit provient actuellement de leurs ac tivitésde tradingétant donné lavolatilitédesprixdes différents carburants. Dans le même temps, les Etats sontfortementendettésetleursmargesdemanœuvre sontdonctrèslimitéespourprendreenchargelesur coût de cettehaussedesprixénergétiquesdont onne peut enoutre estimer la durée. AL : L’avenir estil au toutélectrique ? RG : Je crois qu’il faut éviter les raisonnements sim plistes. L’électricité n’est pas une solution en soi ; tout dépend de la manière dont elle est produite. Au jourd’hui encore, 67%de l’énergie consommée dans l’Union européenne provient de sources fossiles. Même pour l’électricité, que l’on présente souvent commetotalementdécarbonée,37%delaproduction européenne reposeencore sur legaz, le charbonou le pétrole.LaFranceestmieuxlotiegrâceàsonparcnu cléaire,maiscen’estpaslasituationdetoutel’Europe. Siunevoitureouunvéloélectriqueneproduisentpas d’émissions localement, il faut aussi regarder com ment l’électricité a étégénérée enamont. Le risque est parfois de déplacer les émissions plutôt que de les supprimer.Lejouroùnousdisposeronsd’uneélectri citéabondante,compétitiveetréellementbascarbone, la transition sera beaucoup plus crédible. C’est pour quoi je le répète souvent : ce n’est pas l’électricité qui noussauve,maislamanièredontnouslaproduisons. AL :Quepensezvousde cesmarchés qui vont de re cord en record ? RG :Ilfautd’aborddistinguerlemarchédanssonen semble de certains secteurs spécifiques, notamment latechnologie.Unegrandepartiedesrecordsobservés aujourd’hui provient de sociétés qui ont démontré depuis des années leur capacité à dépasser les at tentes des investisseurs. Ce qui est frappant, c’est l’écart persistant entre les ÉtatsUnis et l’Europe. Les ÉtatsUnis continuent d’attirer les investissements grâceà leurpragmatisme, leur capacitéd’innovation et un environnement généralement plus favorable auxentreprises.Lesmarchésreflètentaussicetteréa lité économique. AL :Quandvouscomparezlasituationdel’économie françaiseaveccelledenosvoisinseuropéensoupeut être la Belgique, estce que ça vous inquiète ou estce qu’on est finalement à l’image de ce qui se passe ail leurs enEurope ? RG :Leproblèmen’estpasseulementlarépétitionde chocs exogènes que traverse aujourd’hui l’Europe, mais surtout l’incertitude que ces crises génèrent. Si nous savions combiende temps le conflit auMoyen Orient vadurer, nous pourrions beaucoupmieux en mesurerlesconséquencessurl’inflation,lestauxd’in térêtetlacroissance.Cetteincertitudepèsesurlecoût du financement de tous les pays européens, et pas seulement de la France ou laBelgique. Ladifférence, c’estquecertainspaysdisposentencoredemargesde manœuvrebudgétairesalorsqued’autresétaientdéjà fortement endettés avant de devoir financer la dé fense, la transition énergétique ou d’autres investis sements stratégiques. Cela se traduit par une prime derisqueplusélevéeetuneattentionaccruedesmar chés et des agences denotation. Je fais régulièrement référence à l’Espagne, pour y être intervenu en tant qu’expertdepuislacriseimmobilièreen2012.L’exem ple espagnol montre qu’il ne faut pas être défaitiste et que des solutions certes courageuses existent. Après des réformes difficiles menées avec constance pendant plus d’une décennie, l’Espagne récolte au jourd’hui les fruits de ses efforts. La leçon est simple : les investisseurs ont besoinde visibilité, de stabilité et de cohérencedans les politiques publiques. Si l’on s’y tient dans la durée, avec des politiques volontaristes etdesmesuresrigoureuses,laFrance,toutcommeses voisinseuropéens,pourrontalorseuxaussientrevoir demeilleurs jours devant eux. AL : On parle beaucoup des terres rares, le ministre français de l’Économie et des Finances, Roland Les cure a annoncé en mai un « plan de résilience » face aumonopole chinois (de raffinage) des terres rares. RG :Lesterresraresillustrentparfaitementlescontra dictions européennes. On parle aujourd’hui de sou veraineté industrielle et technologique,maispendant des années nous avons accepté de dépendre de la Chine pour l’extraction et surtout le raffinage de ces minerais stratégiques. La Chine dispose certes des plus importantes réserves connues au monde, avec environ44millionsdetonnesd’oxydesdeterresrares, loin devant le Brésil (21 millions) et les ÉtatsUnis (moins de 2millions).Mais sonvéritable avantage ne vient pas seulement des réserves : il vient surtout du raffinage, dont elle contrôle près de 90 % à l’échelle mondiale. Il faut être cohérent. Si laChine a pris cette positiondominante, c’est aussi parcequ’elle a accepté des procédés industriels particulièrement polluants quenousnevoulionspluscheznous.Nousavonsex ternaliséunepartiedenotrepollutionpourbénéficier desproduitsfinis. Produire localement est une ambi tionlégitime,maisilfautalorsaccepteretsurtoutgérer demanière transparente les contraintes industrielles, environnementales et sociales qui y sont associées. « Ce n’est pas l’électricité qui nous sauve, mais la manière dont nous la produisons » L e Luxembourg se hisse au troisième rang des centres financiers interna tionaux selon lʹindice International Financial Centres publié en juillet par New Financial. Avec 45%de son activité financière réalisée à lʹinter national, le GrandDuché se classe derrière le RoyaumeUni (56 %) et Hong Kong (50 %). Lʹétude confirme également sa sixième place mondiale en termesdevolumeglobaldʹactivitéfinancière,unrang quʹil occupe depuis 2015. Entre 2015 et 2025, son activité financière internatio nale a progressé de 36 %, soit plus du double de la moyennedesvingtprincipauxcentresfinanciersinter nationaux (17 %). Ces résultats témoignent du rôle centralquejoueleLuxembourgdanslafinanceinter nationale et de lʹattractivité croissante de sa place financière.NewFinancialclasseparailleursleGrand Duché parmi les juridictions les plus attractives pour les services financiers, grâce à son environnement réglementaire,lasoliditédesesinstitutionsetlaqualité de ses infrastructures. Source : Luxembourg for Finance. Le Luxembourg, troisième centre financier mondial Kirchberg© LuxembourgCity Comply. Lead. Optimise. Reduce emissions Strengthen reputat ion Lead the industry toward a sustainable future We bring you long-standing expertise in Carbon Footprint Assessment and Decarbonisation Strategy to support you in achieving your sustainability goals and contributing to Europe’s net-zero ambitions.
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