Agefi Luxembourg - juillet août 2026

Juillet / Août 2026 11 AGEFI Luxembourg Économie ParDr. BrunoCOLMANT,Membre de l’Académie royale de Belgique D amienErnst, ingénieur, profes­ seur d’université, spécialiste mondialement reconnude l’énergie, de l’intelligence artificielle et des systèmes complexes, etmoi avons voulu consigner dans ce livre une conversationnée d’une inquié­ tude commune : celle de voir le monde entrer dans une zone de rupture où les anciennes grilles de lecture ne suffisent plus à com­ prendre ce qui advient. Conversationauseuilduchaosn’estpasunessaiaca­ démique classique. Ce n’est pas davantage unmani­ festepolitiqueniuneméditationabstraitesurl’avenir. C’est un dialogue. Un échange vif, direct, parfois in­ quiet, souvent fulgurant, entre deux regards diffé­ rents,maiscomplémentaires.Damienpenselemonde à partir de ses systèmes matériels : l’énergie, les ré­ seauxélectriques,lesinfrastructures,lesmines,lescen­ tres de données, les machines, les technologies militaires,lesdrones,l’intelligenceartificielle.Pourma part,j’yinterrogelamonnaie,ladette,l’État,l’inflation, le capital, la fiscalité, l’épargne, la transmission inter­ générationnelle et la fragilisationdu contrat social. Nous ne sommes pas partis d’une théorie. Nous sommes partis d’un sentiment : quelque chose se dé­ fait, quelque chose se dérègle, quelque chose devient presque impossible à nommer. L’époque paraît satu­ rée de crises qui ne se succèdent plus simplement, mais s’additionnent, se contaminent et se renforcent. Uneguerrelocaledérèglelesmarchésmondiaux.Une criseénergétiquerévèlelavulnérabilitéindustriellede l’Europe. Une innovation technologique bouleverse le travail, l’éducation, la monnaie, la souveraineté et même lamanièredepenser. Unedettepublique trop lourde déplace silencieusement le poids du présent surlesgénérationsfutures.Rienn’estisolé.Toutcom­ munique. Tout se propage. Le chaos dont il est question dans ce livre n’est donc pasundésordresuperficiel.Ilnes’agitpasd’unsimple désarroipolitiqueoud’uneinquiétudeconjoncturelle. Le chaos désigne ici un système devenu si complexe, si interdépendant, si sensible aux chocs qu’il est presqueimpossibled’enprévoirlestrajectoires.Nous vivonsdansdessociétésd’unesophisticationextrême, mais cette sophistication ne nous protège plus. Elle nousrendparfoisplusvulnérables.Nousavonsajouté descouchesderégulation,definance,detechnologie, d’intermédiation et d’optimisation, au point que la moindre faille locale peut désormais devenir une dé­ faillance systémique. L’un des fils majeurs de ce livre est la situation des jeunesgénérations.Jesuisfrappéparleurfatiguemo­ rale. Elles ont souvent fait tout ce que la société leur demandait:étudier,travailler,s’adapter,êtremobiles, être productives, accepter l’incertitude. Pourtant, le monde ne leur ouvre pas réellement la porte. L’accès aulogementsecomplique,lecoûtdelavieaugmente, ladettepubliques’accumule,lessystèmesdepension reposent de plus en plus lourdement sur leurs épaules, et voici maintenant que l’intelligence artifi­ ciellemenaceunepartiedesemploisparlesquelselles auraient dû entrer dans la vie active. Il ne s’agit pas seulement d’une question économique. Il s’agit d’une crise de projection. Une société qui empêchesajeunessedeseprojeterfinitparaffai­ blir sonpropre avenir. La question du travail traverse donc tout l’ou­ vrage. Depuis deux siècles, le travail a été le socleprincipaldel’intégrationsociale,du revenu, de la dignité, de la protection sociale et du financement de l’État. Mais que devient ce modèle lorsque l’IAetlarobotiquepeuventremplacer non seulement des gestes répétitifs, maisaussidestâchescognitives,rédac­ tionnelles, analytiques, juridiques, fi­ nancières ou administratives ? Que devient une société si une part croissante de larichesseestproduitepardesmachinesappartenant à un nombre restreint d’acteurs ? Comment financer unÉtatsociallorsquesabasefiscalereposeencorelar­ gement sur le travail humain, alors que la valeur se déplace vers le capital technologique ? Cette interrogationconduit àune réflexionplus large surlepartagedesgainsdeproductivité.L’intelligence artificielle peut créer une richesse considérable. Elle peut accélérer la recherchemédicale, améliorer l’effi­ cacité énergétique, automatiser des tâches pénibles et ouvrir de nouveaux champs scientifiques. Mais cette richesse ne sera socialement acceptable que si elle est partagée.Sielleseconcentresurquelquesplateformes, quelques monopoles, quelques détenteurs d’infra­ structures numériques, elle ne produira pas une so­ ciété d’abondance. Elle produira une société de fracture. L’ouvrageest également traverséparune in­ quiétude anthropologique. L’intelligence artificielle n’est pas seulement une technologie productive. Elle peut transformer notre rapport à lamémoire, au lan­ gage, au jugement, au savoir, à la relationhumaine et même au réel. Nous sommes déjà guidés par des al­ gorithmesquidécidentdecequenouslisons,voyons, aimons, craignons oudésirons. Demain, ces systèmes pourront produire nos textes, orienternosdécisions,simulernosrelationsetcombler nos solitudes. Le risque n’est pas uniquement écono­ mique.Ilestexistentiel.L’êtrehumainpourraitdevenir pluspassif,plusamnésique,plusdépendant,plusvé­ gétatif, davantage administré par des machines que conduit par sa propre intériorité. C’est pourquoi la question de la souveraineté cognitive me semble es­ sentielle.Unesociétélibren’estpasseulementuneso­ ciété qui contrôle ses frontières, sa monnaie ou son énergie. C’est aussi une société capable de préserver l’autonomiedu jugement humain. Si nousdéléguons notre mémoire, notre langage, notre attention et nos choix à des systèmes opaques, nous perdrons pro­ gressivement la capacité de construire un monde commun. Or il n’y a pas de démocratie possible sans attention partagée, sans langage commun, sans confrontation réelle des idées. Enfin, ce livre est profondément européen. L’Europe y apparaît comme un continent vulnérable, morale­ ment fatigué, industriellement affaibli, énergétique­ ment dépendant, militairement impréparé et technologiquement exposé. La Chine, Taïwan, les ÉtatsUnis,leretourdelaforcemilitaire,laguerredes drones, la fragilité de l’euro, la perte de souveraineté industrielle et la dépendance numérique constituent l’arrièreplandecetteréflexion.L’Europealongtemps cruque ledroit, le commerce et lamémoirede ses ca­ tastrophessuffiraientàlaprotéger.Maislemondere­ devient brutal. Et dans unmonde brutal, la faiblesse n’est jamais respectée longtemps. Conversation au seuil du chaos ne prétend pas offrir de solution simple. Il refusemême cette tentation, car les réponses simples sont souvent le premier men­ songeadresséauxsociétésinquiètes.Sonambitionest autre : relier ce que l’époque sépare. Montrer que la crisedutravail,lacrisedel’État,l’essordel’IA,ladette publique,l’énergie,lamonnaie,lagéopolitique,ledé­ sarroi des jeunes et la fragilisation de l’individu ap­ partiennent à unemême architecture de rupture. Celivreestdoncunetentativedelucidité.Ilnecherche pas à rassurer artificiellement. Il cherche à nommer. Et nommer, à une époque confuse, est déjà une ma­ nière de résister. Car ce qui n’est pas nommé est subi. Ce qui est pensé peut encore être infléchi. NdlR : livredisponib lesurhttps://www.racine.be/fr/auseuilduchaos Conversation au seuil du chaos L es 7 et 8 juillet 2026, le Pre­ mierministre, Luc Frieden, le VicePremierministre,minis­ tre desAffaires étrangères et du Commerce extérieur, Xavier Bettel, et laministre de laDéfense, Yuriko Backes, ont participé auSommet de lʹOTANqui sʹest tenu àAnkara. AuSommet,lesleaderspolitiquesdelʹAl­ liance atlantique ont discuté de lʹorienta­ tion politique de lʹOTAN, transformant lʹengagement financier, pris au Sommet delaHaye,encapacitésetforcesmilitaires quicontribuentàlaposturededissuasion et défense de lʹAlliance. Dans ce contexte, lePremierministreLuc Frieden a souligné lʹimportance du prin­ cipede la solidarité entreAlliés, tout ense prononçant en faveur de lʹambition dʹun pilier européen plus fort au sein dʹune OTANplus forte. Lors du Sommet, auquel le président Ze­ lensky a été associé, les Alliés ont réitéré leursoutienàlʹUkraine,àsasouveraineté, son intégrité territoriale, au droit interna­ tional, y inclus au droit à la légitime dé­ fense. Face à un monde plus instable, les Alliés se sont engagés à continuer les in­ vestissements dans les capacités de dé­ fense,lʹindustrieetlʹinnovation,quiconsti­ tuentdesélémentscléspourlasécuritécol­ lective de lʹespace euroatlantique. Le Luxembourg, ensemble avec le Ca­ nada,proposelacréationdelaBanquede ladéfense, de la sécurité et de la résilience (DSRB), une institution financière multi­ latérale visant à mobiliser des capitaux privéspoursoutenirlasécuritécommune parlebiaisdʹuneindustrierenforcée.Lors du Sommet de lʹOTAN à Ankara, neuf pays −Albanie, Belgique, Canada,Grèce, Lettonie, Luxembourg, Roumanie, Tür­ kiye et Ukraine − se sont engagés à sou­ tenir cette initiative. Le Premier ministre a également pré­ senté cette initiative lors dʹune table ronde dans le cadre du NATO Summit Defence Industry Forum (NSDIF) le 7 juillet. « Lʹunion fait la force. Une plus grande spécialisation parmi les pays se­ rait aubénéficede lʹAlliance et de chaque Allié. Le Luxembourg, pour sa part, pourrait ainsi contribuer davantagedans les secteurs de la finance et de lʹespace au profit de notre sécurité collective », atil déclaré lors du Sommet. Le VicePremier ministre a participé pour sapart àune sessionde travail avec les partenaires de lʹinitiative dʹIstanbul (ICI), à laquelle ont été invités les repré­ sentants du Bahreïn, du Koweït, du Qatar, et des Émirats arabes unis. Le ministre Bettel a également participé au Conseil OTANUkraine, lors duquel il a réitéré le soutien du Luxembourg au pays : « Il est essentiel que lʹUkraine soit dans la meilleure position possible au moment des négociations de paix. Le soutiendesmembres de lʹOTANest cru­ cial à cet égard. » Lorsdʹundînerdetravaildesministresde la Défense de lʹOTAN, auquel ont égale­ ment assisté leurs homologues de lʹAus­ tralie, de la Corée du Sud, du Japan et de laNouvelleZélande, laministre Backes a souligné que «l e Luxembourg assumera pleinement sapart du fardeaudedéfense collective, en contribuant des forces et en investissant dans de nouvelles capacités militaires de pointe ». Au NSDIF, la ministre Backes a participé à une cérémonie dʹannonces et de signa­ ture de programmes multinationaux de lʹOTAN: lʹadhésionde laFinlande à lʹUnitémulti­ nationale dʹavions MultiRole Tanker Transport(MRTT)etlʹannoncedelalivrai­ sonprochaine dudixième aéronefMRTT de lʹunité, lʹannonce de la nouvelle plateforme GlobalEyedeSaabpourremplacerlaflotte des aéronefs AWACS de lʹOTAN dans le cadre du programme iAFSC (initial AllianceFutureSurveillanceandControl), la signature de lʹadhésion du Luxem­ bourg au projet à haute visibilité Defence Critical RawMaterials de lʹOTAN, visant à renforcer la résilience des chaînes dʹap­ provisionnement de défense au sein de lʹAlliance. Source :ministèredʹÉtat Le Luxembourg affirme son rôle au sommet de l'OTAN ©MAE

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