AGEFI Luxembourg - septembre 2020 - pages gratuites

Septembre 2020 31 AGEFI Luxembourg Emploi / RH ParJean-PierreGOMEZ,ResponsabledesAffaires Publiques et Réglementaires, SociétéGénérale Securities Services au Luxembourg L a crise financière de 2008 a eu pour conséquence la mise en place d’une série de directives et de règle- ments au sein de l’Union Eu- ropéenne (UE) pour, entre autres, mieux réguler le secteur financier, protéger d’avantage l’investisseur et favoriser la croissance et la création d’emplois. En marge de ces rè- glements, s’est posée la question des régimes de retraite actuels et fu- turs pour les citoyens euro- péens. Il existe plusieurs systèmes de retraite en Europe et ils diffèrent d’un pays à l’autre. Il y a bien entendu la retraite lé- gale, le plan souscrit ou proposé par l’em- ployeur en faveur de ses salariés et la retraite complémentaire que le citoyen contracte de sa propre initiative. D’après une étude réalisée en 2018 par l’Autorité Européenne des Assurances et des Pensions Pro- fessionnelles (AEAPP) (1) , 27% des citoyens euro- péens âgés de 25 à 59 ans, soit 67 millions d’individus, auraient souscrit à un plan de retraite complémentaire. De façon à compléter l’offre ac- tuelle, la Commission européenne a proposé en juin 2017 la mise en place d’un produit paneuro- péen d’épargne-retraite individuelle (PEPP). Il s’agit là d’un produit de retraite individuel non professionnel souscrit volontairement par un épargnant en vue de sa retraite. Il est conçu pour accumuler du capital à long terme, les possibilités de retrait anticipé du capital en sont limitées et po- tentiellement pénalisées. Pourquoi un PEPP ? L’objectif premier de ce produit est de permettre à tout citoyen européen de bénéficier, à l’âge de sa retraite, d’un revenu complémentaire lui permet- tant de vivre plus aisément. Un second objectif est d’intérêt économique : celui du financement d’entreprises par l’épargne. Les montants souscrits dans ce type de plan de retraite permettront de financer à long terme un certain nombre de projets européens pour les entreprises. L’épargnant pourra choisir parmi six options d’in- vestissement proposées par le fournisseur de PEPP en début du contrat et aura la possibilité de modifier son choix aumoins une fois tous les cinq ans. Le règlement européen prévoit que toutes les options d’investissement soient conçues «sur la base d’une ga- rantie ou d’une technique d’atténuation des risques, qui assurent aux épar- gnants PEPPune protection suffisante». Le PEPP propose également une pos- sibilité de portabilité des comptes en cas de changement de domicile d’un épargnant au sein de l’Europe. L’épar- gnant nouvellement installé dans un autre Etat membre pourra alors faire ou- vrir un sous-compte de son PEPP : une section nationale correspondant aux exi- gences juridiques et aux conditions d’utilisation liées aux éventuelles inci- tations fixées au niveau national. L’épargnant continuera ainsi à souscrire au produit de retraite qui répon- dra aux exigences locales. Quels acteurs proposeront le PEPP? Pour être distribué, le PEPPdoit être enregistré au registre public centralisé tenu par l’Agence Euro- péenne des Assurances et des Pensions Profes- sionnelles (AEPP). Différents fournisseurs de produits financiers peu- vent le proposer : les compagnies d’assurance, gestionnaires d’actifs, banques, les institutions de retraite professionnelle et entreprises d’investisse- ment fournissant des services de gestion de por- tefeuille, ainsi que les sociétés de gestion et gestionnaires européens de fonds d’investisse- ment alternatif. En plus de ces acteurs traditionnels, une nouvelle catégorie de distributeurs apparaît avec les ‘’ Big Tech’’ (Facebook,Amazon) et les sociétés dites ‘’ Fin- tech ’’. La possibilité de distribuer le PEPP est vue par ces acteurs comme une opportunitéde pénétrer le marché des plans de retraite privés. Nous assis- terions alors à ladiversificationde l’offrede services des BigTech comme celle de plus petites sociétés, les Fintech . Elles saisiront cette occasiond’offrir unpro- duit relativement bonmarché, innovant et durable. Des partenariats entre ces sociétés et les gérants d’actifs financiers sont à prévoir. Des écueils à la mise en place du PEPP ? Depuis 2012, l’UE s’est dotée des réglementations nécessaires au renforcement de la protection de l’investisseur, de façon à normaliser l’ensemble des activités de l’industrie financière. En 2015, l’Union des Marché des Capitaux mise en place a mentionné l’objectif de créer plus de croissance et d’emplois en Europe. Force est de constater que l’atteinte de cet objectif est à ce jour mitigé dans la mesure où la croissance escomptée n’est pas au rendez-vous. Depuis la crise financière de 2008, en raison des taux d’intérêt proches de zéro voire négatifs le ci- toyen européen n’investit que très peu dans les produits financiers. Les investisseurs continuent de favoriser les liquidités, dépôts bancaires ou in- vestissements immobiliers face au faible rende- ment des marchés de capitaux. Ce détournement des marchés est un frein à la reprise de la crois- sance alors que les dépôts bancaires financent déjà l’économie réelle. Le PEPP saura-t-il convaincre les citoyens désireux d’épargner à long terme pour leur retraite, s’il n’est pas possible de garantir aux épargnants une ren- tabilité ou des performances suffisantes ? Les cy- cles économiques de plus en plus courts des investissements actuels sont-ils compatibles avec les investissements financiers à long terme ? Aussi comment avoir l’assurance que ce nouveau produit ne soit pas pénalisé par rapport à d’autres produits domestiques d’épargne retraite ? Bénéfi- ciera-t-il notamment du même traitement fiscal ? Enfin, notons que le règlement PEPP ne prévoit pas la possibilité de transformer son plan de re- traite privé domestique existant en PEPP. Les challenges de l’AEAPP Le règlement sur le produit d’épargne européen a été adopté le 20 juin 2019 par le Parlement euro- péen et le Conseil de l’Europe avec une publica- tion au journal officiel de l’UE du 25 juillet 2019. L’AEAPP doit encore soumettre à la Commission européenne des projets de normes techniques en vue de leur adoption au moyen d’actes délégués. Cesmesures techniques dites de niveau 2 sont né- cessaires pour transposer les textes et mettre en place la distribution de ce nouveau produit. Pour arriver à cet objectif, l’AEAPP a lancé le 24 février dernier une consultation publique sur les princi- paux aspects du dispositif. Les parties prenantes de cette consultation comme les gérants d’actifs et assureurs vont ainsi contribuer à lamise enœuvre de ce règlement PEPP. Une base réglementaire fa- vorable et adaptée aux épargnants européens sera alors instaurée. Le PEPP pour anticiper un éventuel problème de retraites en Europe Les systèmes de retraite en Europe sont complexes et variés. Fruits de l’histoire du dialogue social de chaque pays, ils reposent sur trois piliers : les ré- gimes publics de retraite liés aux revenus, les ré- gimes privés de type professionnel et les plans de retraite individuels. Tout en constatant que le pre- mier pilier est appelé à rester majoritaire dans le dispositif des retraites, la Commission observe que la plupart des Etats membres de l’UE ont mis en place des réformes explorant d’autres voies. LaDirective 2014/91/UE sur les fonds de pension applicable depuis janvier 2019, date butoir de transposition en droit local pour les Etatsmembres de l’UE marque la volonté de la Commission eu- ropéenne de fournir des retraites plus sûres au ni- veau européen. LePEPPconfirme cettenécessitédedévelopper des formesd’épargne retraite complémentaire en raison notamment de l’anticipation de la diminution des prestations des systèmes publics de retraite. Et le Luxembourg ? Au sein de l’UE, le Luxembourg reste leader de la domiciliation, de ladistribution et des services pres- tés aux fonds d’investissement (2) . Ce secteur croît et continuera de croître avec la volonté d’augmenter l’épargne salariale et de favoriser un régime euro- péen de plan de retraite privé ou salarial. Avec son savoir-faire reconnu dans la gestion et la distribution des OPCVM*, qui mieux que le Luxembourg – où sont domiciliés à ce jour 11 fonds de pension (3) – pour participer au dévelop- pement économique de ce nouveau produit ? En capitalisant sur son expertise spécifique à l’indus- trie européenne, le pays pourrait devenir une plate-forme de création et de distribution des PEPP au sein de l’UE. Les obligations de désignation d’une banque dé- positaire qui pèsent sur les fournisseurs de PEPP vont se traduire par un gain d’activités des ser- vices de banque dépositaire. Vraisemblablement, des opportunités vont s’ouvrir également pour la banque privée et la banque de détail. Prochaine étape Le coût total d’un PEPP «basique» serait plafonné à 1%du capital accumulé, bien au-dessus du coût d’investissement appliqué actuellement en Eu- rope (de 30 à 40 points de base). L’une des condi- tions importantes du succès du PEPP est néanmoins son traitement fiscal qui se doit d’être favorable. Sachant cela et compte tenu du fait qu’un certain nombre de clarifications sont encore attendues, le premier PEPP ne devrait pas voir le jour avant 2022. * OPCVM : organisme de placements collectif en valeurs mobilières 1) Source : https://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2018/06/19/ pensions-council-agrees-its-stance-on-pan-european-pension-product / 2) Source : ALFI (Association Luxembourgeoise des Fonds d’Investissement) 3) Source : ALFI PEPP: le plan de retraite privé européen labellisé par l’UE Q u’est-ce que la «quatrième révolution industrielle» évoquée par de nombreux experts ? Matt Moberg de Fran- klin Templeton explique com- ment le rythme actuel de l’innovation permet des gains de productivité et accélère la crois- sance économique. L’innovation, présente depuis les dé- buts de l’humanité, n’a pas toujours progressé de façon prévisible ou li- néaire, mais par étapes successives. Les périodes propices aux nouvelles idées et technologies coïncident avec une croissance économique forte et soutenue. Ce qu’il faut prendre en considéra- tion : Du début de l’ère chrétienne à 1820, la croissance du monde occiden- tal a été d’environ 6% par siècle. (1) À titre de comparaison, la production réelle des États-Unis a doublé tous les 32 ans au cours du XX e siècle. (2) Aupa- ravant, la production réelle doublait en douze siècles. Les économistes parlent de révolutions industrielles, qu’ils ont appelées, sans effort de créativité, première, deuxième, troisième et quatrième révolution in- dustrielle, la première remontant à 1760. Nous vivons actuellement la qua- trième révolution industrielle, qui rythme l’innovation du marché actuel. Faisant suite à la troisième révolution industrielle, révolution numérique qui a débuté au milieu du XX e siècle, elle implique de nombreuses technologies et estompe les frontières entre les uni- vers physique, numérique et biolo- gique. L’accroissement de la productivité augmente la créationde richesse Les avancées technologiques et indus- trielles augmentent la productivité éco- nomique, qui est un fondement de la création de richesse. Selon le prix Nobel d’économie Paul Krugman : «La productivité n’explique pas tout, mais, à long terme, presque tout, parce que la capacité d’un pays à améliorer son niveau de vie au fil du temps dépend presque entièrement de sa capacité à augmenter sa productivité par travailleur. (3) Aujourd’hui, unAmé- ricain atteint en seulement 11 heures par semaine la productivité de 40 heures de travail hebdomadaire dans les années 1950. (4) Exemples d’augmentation de productivité dans le monde réel - Au début de ma carrière, j’étais audi- teur de banque. À l’époque, seuls les responsables haut placés dans la hié- rarchie pouvaient accorder des prêts. Généralement, les prêts étaient accor- dés par des commissions réunissant des responsables à rémunération éle- vée, qui étudiaient dossiers et chiffres et délibéraient pendant des heures. Aujourd’hui, avec les scores FICO (de crédit individuel), une demande de crédit inférieure à 50.000 USD ne né- cessite plus aucune intervention hu- maine. Son traitement est entièrement informatisé. (5) - À l’époque décrite par la série télévi- sée Mad Men , qui se déroule pendant les années 1960 et 1970, le prix de la publicité était fixé en fonction de la surface utilisée dans un magazine ou sur la base d’une annonce télévisée de 30 secondes. Les ventes dépendaient fortement de la réponse humaine et il était entendu qu’une grande partie des budgets publicitaires étaient dépensés «en pure perte». Dans le marché publi- citaire américain actuel, qui pèse 600 milliards d’USD par an, Google, Face- book et consorts utilisent des algo- rithmes pour optimiser le revenu, mais aussi le rendement des investisse- ments de leurs clients. Aujourd’hui, l’espace publicitaire acheté sur Inter- net constitue le support publicitaire le plus automatisé, mais aussi le plus ef- ficace. Il peut être efficace pour l’image de marque ou en publicité directe. - La détermination du prix des pro- duits est un aspect essentiel de toute activité. Ce sont généralement les res- ponsables commerciaux et financiers et les dirigeants qui déterminent en- semble les prix pour optimiser le pro- fit. Il s’agissait auparavant d’un exercice d’analyse exigeant une impor- tante participation humaine. Au- jourd’hui, la détermination du prix de marchés énormes est entièrement au- tomatisée. Le prix des produits et ser- vices proposés par des compagnies aériennes, des sociétés de vente en ligne et des hôtels, notamment, est désormais déterminé par des ma- chines. Ces sources de recettes ma- jeures de notre économie sont au- jourd’hui entièrement automatisées. Le prix peut ainsi varier en fonction de la disponibilité du stock en temps réel, de la demande immédiate et même de la météo. Les algorithmes visent à op- timiser l’élasticité de la demande de centaines de produits en temps réel. Cette tendance à l’accroissement de la productivité, fruit de la quatrième ré- volution industrielle, n’en est qu’à ses débuts, à notre avis. Au cours de la prochaine décennie, nous prévoyons d’importantes efficiences ou améliora- tions de produits grâce à la technolo- gie dans de nombreux domaines, tels que l’assurance, le diagnostic médical, la distribution automobile, la concep- tion industrielle, le prix et l’échange du capital et l’analyse des données. Matthew J. MOBERG, Senior Vice President, Portfolio Manager, Research Analyst, Franklin Equity Group, Franklin Templeton 1) Source: Maddison, A. Poor until 1820 , The Wall Street Journal, 11 janvier 1999. 2) Source: Gordon, R., 2016, The rise and fall of American growth: The U.S. Standard of Living since the Civil War, Princeton University Press. 3) Source: Krugman, P., 1990, The Age of Dimin- ished Expectations: U.S. Economic Policy in the 1990s , Cambridge : MIT Press. 4) Source: Brynjolfsson, E. et A. McAfee, 2014, The SecondMachine Age: Work, Progress, and Prosperity in a Time of Brilliant Technologies , New York : W. W. Norton & Company. 5) Source: Bayston, et al., Digital innovations— pinpointing fixed income credit risks , Franklin Tem- pleton Thinks: Fixed Income Markets, 6 septembre 2019. La quatrième révolution industrielle ne fait que commencer Les trois premières révolutions industrielles

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