AGEFI Luxembourg - novembre 2022

Par Bruno COLMANT, Docteur en Économie appliquée, Membre de l’Académie Royale de Belgique L a situation sociale, économique et mili- taire inspire les plus grandes inquiétudes. La guerre aura d’évidentes graves répliques, puisque le choc énergétique s’inscrit dans un contexte de faible croissance et d’inégalités so- ciales croissantes après le tsunami du Covid. Mais derrière toute crise socio-économique cou- vera toujours, sous la braise, une crise de l’euro. Certes, l’euro n’est pas mis existentiellement en cause, mais des différences entre les dynamiques écono- miques des pays apparaissent à nouveau, alors qu’elles avaient été camouflées par des années de déluges monétaires autorisés par l’achat, par notre banque centrale, la BCE, de 30% des dettes publiques de la zone euro, ce qui a porté son bilan à plus de 3.000 milliards d’euros (soit 6 fois le PIB de la Belgique, plus d’une fois le PIB français). Certains pays, telle l’Italie, expriment des inflexions politiques qui conduisent immédiate- ment à une augmentation de ses taux d’intérêt, tandis que l’Allemagne tire profit des prix du gaz, en refusant un accord européen, tout en aidant ses entreprises à garder un niveau de compétitivité que d’autres pays, plus endettés, ne peuvent pas s’autoriser. L’Allemagne sera en récession l’an pro- chain, tout en étant frappée d’une inflation de 7%. Cela affectera toute l’Europe, mais ce qui est à risque, c’est l’industrie allemande, dont l’im- portance reste toujours proche du quart de son PIB. L’Allemagne a tiré un grand profit de l’euro, qui lui a épargné de devoir pro- céder à de multiples réévaluations du Deutsche Mark. Cela lui a permis de ren- forcer ses exportations, déjà qualitative- ment supérieures dans le domaine indus- triel. Mais ce n’est pas tout, ce pays a bénéfi- cié, plus que tout autre, du gaz russe. Aujourd’hui, l’Allemagne s’oppose à revoir la tarification du gaz, tout en injectant, en deux ans, 200 mil- liards d’euros dans ses industries afin d’alléger le coût de leurs intrants énergé- tiques. Ce montant est gigantesque : cela représente 2,6% de son PIB annuel. L’Allemagne procède donc, de manière déguisée, à une dévaluation interne grâce à la robustesse de ses finances publiques. On se souviendra que c’est ce qu’elle avait imposé aux pays du Sud européen, asphyxiés par leur endettement public, il y a dix ans. À l’époque, il fallait sauver l’euro. Aujourd’hui, c’est l’Allemagne qui s’enfuit de l’euro. Mais ce n’est pas tout : la BCE, dont la mission principale est le maintien d’une inflation autour de 2%, a complètement échoué puisque l’inflation sera, en 2022, supérieure à 10%, et probablement de l’ordre de 4-5%pendant les prochaines années. Toute cette construction monétaire fut fondée sur la certitude (erronée) qu’une augmentation de taux d’intérêt combattrait l’inflation, ce qui est évi- demment inopérant pour combattre une inflation importée de biens critiques non substituables. Et quel est le futur de cette situation ? À mon avis, c’est très clair : à un certain moment, la BCE arrêtera progressivement d’acquérir la dette publique des États de la zone euro. Les États devront donc se rabattre vers les marchés finan- ciers à des conditions très hétérogènes (peut-être comparables à ce qui fut constaté il y a une dizaine d’années) avant de demander aux banques commerciales qu’ils supervisent de les financer à des conditions anormalement avanta- geuses. Ce sera donc l’épargne privée qui sera canalisée vers le financement bancaire et assuran- tiel des États. On appelle cela pudiquement une répression financière. Ce sera, en vérité, une éta- tisation croissante des banques. Pas par la prise de contrôle de leur actionnariat, mais par la «canalisation» de leurs actifs. Les banques s’y opposeront, mais comme Herman Van Rompuy, alors Premier ministre belge, me l’avait confié en 2008, lors du krach ban- caire, lorsque je présidais la Bourse de Bruxelles : les États ne pardonneront JAMAIS aux banques ce qu’elles ont infligé à l’État. Et puis, il faudra assurer la cohérence de la mon- naie unique. PRIX DU NUMÉRO : EUR 4,50 Le Journal Financier de Luxembourg NUMERO 10/372 ISSN1561-8366 Sommaire t Economie / Banques Le climat des affaires luxembourgeois s’assom- brit (Baromètre Chambre de Commerce) p.3 Stabilité du secteur de la banque de détail en 2021 (Enquête ABBL et CSSF) p.13 t Assurances « La transformation digitale constitue un défi permanent » (Jean ELIA, SOGELIFE) p.18 t Immobilier Virtual Land in the Metaverse (C. RHEIN, G. DALLY, DLAPiper) p.22 t Fonds d’investissement Cop27:Lesinvestisseursobligatairesnepeuvent resterpassifs(V.JUVYNS,J.P.MorganAM) p.27 Des taux de croissance positifs malgré de mul- tiplesventscontraires(G.WAGNER,BLI) p.29 t Emploi / RH Le secteur financiers connaît un changement historiquede sonmarchédu travail (LFF) p.39 Année 2022, quel bilan pour le recrutement ? (NicolasHURLIN, TheRecruiter) p.41 t Informatique financière Digital Banking Maturity: Gap between best and the rest widens (Deloitte report) p.48 Sommaire détaillé en page 2 www.agefi.lu 41, Zone Industrielle, L-8287 Kehlen - Tel: +352 305757 1 - Fax: +352 24611564 - Email: agefi@agefi.lu Les braises d’une crise de l’euro Manque de substance ou perte d’intérêt fiscal ? Par Typhanie AFSCHRIFT, Professeure à l’Université Libre de Bruxelles, Avocate (1) L e Luxembourg a pendant longtemps été le paradis des holdings. Après la loi du 31 juillet 1929, qui avait ins- titué un régime spécial pour les sociétés de participations fi- nancières pures (commu- nément appelées «holdings 1929»), ce type de sociétés, qui bénéficiaient d’une exonération totale de tout impôt direct au Luxembourg, a connu un succès mondial. L’on sait que suite à une décision, qui aurait pu être davantage discutée, de la Commission eu- ropéenne de 2006, le Luxembourg a accepté de re- noncer à ce système, que les autorités européennes avaient considéré comme discriminatoire. Le lé- gislateur luxembourgeois a alors créé la «société de gestion de patrimoine familial » (SPF), ayant le même objet et les mêmes avantages, mais qui ne pouvait avoir pour actionnaire que des personnes physiques agissant dans le cadre de la gestion de leur patrimoine privé. Le Luxembourg connaît toujours le régime des Soparfi, qui ne bénéficie en réalité d’aucun avantage fiscal, mais seulement du système d’exemption de participation conforme à la directive européenne. Elle est pleinement impo- sable, mais, moyennant des conditions strictes, et relativement lourdes, les dividendes et les plus-values sur participations qu’elle réalise sont exonérés. Ce n’est pas là un véri- table avantage fiscal, mais un simple évitement légal de la dou- ble imposition. Premier écueil : l’évolution de la directive mère-fille Tandis que la SPF perdait pratiquement tout attrait, en raison, d’une part, de la généralisation de l’échange automatique d’informations fiscales (sys- tèmes CRS et FATCA)*, et d’autre part, de la multiplication des régimes de transparence dans les pays tiers, pour les revenus de ce type de sociétés, la Soparfi a vu, elle aussi, son attractivité diminuer sensiblement au cours des années. Il en est ainsi en raison de l’évolution même de la directive «mère-fille » sur laquelle s’appuie son régime. Non seulement celle-ci prévoit des conditions assez lourdes d’exonération des dividendes et des plus-values, mais en outre, depuis 2015, elle com- porte une mesure anti-abus spécifique. Celle-ci empêche les États membres d’accorder les avan- tages de cette directive « à un montage ou à une série de montages qui, ayant été mis en place pour obtenir à titre d’objectif principal ou au titre d’un des objectifs principaux, un avantage fiscal allant à l’encontre de l’objet ou de la finalité de la présente directive, n’est pas authentique, compte tenu de l’ensemble des faits et cir- constances pertinents» . Et on précise en outre qu’il en est ainsi lorsque le montage « n’est pas mis en place pour des motifs com- merciaux valables qui reflètent la réalité économique» . Suite en page 5 NOVEMBRE 2022 KeyTakeaways: - The PwC Business Barometer decreased by 6 points last month, reaching a level of -24 by the end of October. - High inflation and rising interest rates are affecting Luxembourg’s household consumption,with the latter recording a 0.4% quarter-on-quarter drop during Q2. - At the eurozone level, the manufacturing sector contracted for the 5th consecutive month in October and is leading the economic downturn. - The IMF forecasts that global economic growth will decrease to 3.2% in 2022 and to 2.7% in 2023, with the GDP contraction in the US and the Eurozone signifi- cantly influencing these estimates. Les sociétés holdings sont-elles menacées de disparition? The Monthly PwC Barometer (FRQRPLF &RQILGHQFH LQGLFDWRU LQ FROODERUDWLRQ ZLWK $*(), /X[HPERXUJ 9HRLFQB*idgaab+[L\L Inflation and deteriorating outlook result in lower confidence www.pwc.lu Read more on page 13 5(*8/$725< &203/Ζ$1&( 6(17Ζ1(/ www.deloitte.lu Détailenpage11 t G estmen v sal In er Univ be mem a a. eu ef oup r of r What will your legacy be? Build your career with us

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