Agefi Luxembourg - mars 2026
Mars 2026 9 AGEFI Luxembourg Banques / Assurances Par Philippe LEDENT, Senior Economist, ING Belgique-Luxembourg L a guerre est avant tout un drame pour ceux et celles qui la vivent de près. Mais s’agis- sant d’un conflit auMoyen- Orient, les répercussions économiques sont mon- diales et potentiellement majeures. On s’intéres- sera ici au dilemme au- quel les banques centrales font face compte tenu de ce conflit : la hausse des prix de l'énergie entraînera-t-elle une augmentation de l'inflation, nécessitant des hausses de taux d'intérêt, ou les banques centrales sont-elles plus préoccu- pées par l'impact négatif de la crise de l'énergie sur la croissance économique ? Il y a quelques années encore, les banquiers cen- traux s'accordaient à dire que l'on ne pouvait pas faire grand-chose contre un tel choc externe et que l'inflationprovoquée par une crise énergétique était transitoire. En fait, la hausse des prix de l'énergie est une sorte de taxe externe sur les entreprises et les consommateurs : nous devons payer plus cher le pétrole et le gaz aux fournisseurs étrangers, ce qui nous laisse moins de pouvoir d'achat pour les biens et services nationaux. Ce choc inflationniste peut donc aussi avoir des conséquences déflationnistes, par ladestruction de la demande. Dès lors, si la banque centrale relève les taux d'intérêt, cela ne fera qu'aggraver le ralentissement de la demande intérieure. Mais lorsque, après la pandémie, les problèmes de la chaîne d'ap- provisionnement mondiale, puis l'invasionde l'Ukrainepar la Russie, ont fait grimper l'in- flation enEurope, cette doctrine a été mise à rude épreuve. En mai 2022, l'inflation était déjà supérieure à 8 %, mais la Banque Centrale Européenne (BCE) avait encore un taux directeur de -0,5 %. Lorsque l'infla- tion hors prix de l'énergie a également approché les 4%, la banque n'en pouvait plus et a commencé à relever agressivement les taux d'intérêt. Cet épi- sode a clairement causé un traumatisme et pourrait également affecter la politique future enmatière de taux d'intérêt. Il est intéressant de noter qu'en 2023, le service d'études de la BCE élaborait déjà un scénario de guerre au Moyen-Orient, qui impliquerait la fer- meture du détroit d'Ormuz. Ils ont alors supposé quedans ce scénario catastrophe, les prixdupétrole seraient 57 % plus élevés et les prix du gaz naturel 74 % plus élevés que dans leur scénario de base, et ce pour une période prolongée. Selon leur modélisation, cela aurait alors réduit la croissance économiquede 0,7point de pourcentage et aurait augmenté l'inflation de 0,9 point de pour- centage, ce qui aurait un effet stagflationniste. En appliquant ce scénario à la situation actuelle, cela signifie que le prix du pétrole se situerait autour de 100 dollars le baril pour l’ensemble de l’année et le prix du gaz à 52 euros par mégawatt/heure. Mais si ce scénario catastrophe en termes de prix de l’énergie correspond aux niveaux actuels, la question du timing est cruciale : si la guerre devait se terminer dans quelques semaines, les prix de l'énergie diminueraient graduellement. On ne gar- derait pas ces prix une année entière. Par ailleurs, au plus longtemps les prix restent élevés, au plus grand est le risque que leurs effets percolent dans l’économie et qu’on se retrouve avec une hausse généralisée des prix. Dès lors, la nervosité des banquiers centraux est clairement perceptible. La présidente de la BCE, Mme Lagarde, a déjà déclaré que la BCE ne ferait pas dérailler l'inflation cette fois-ci. Le président de laBundesbank,M. Nagel, a également laissé enten- dre que la BCE réagirait clairement si la guerre au Moyen-Orient stimulait sensiblement l'inflation. Et pour être clair, nous pensons que l'inflationpourrait bien atteindre 3%, voire plus, dans lesmois à venir. Il sera particulièrement important de voir dans quelle mesure l'inflation hors prix de l’énergie (inflation sous-jacente) se redressera également, car cela signifiera que le choc énergétique percole effectivement dans l’économie. Si tel est le cas, la BCE n'attendra pas un an de plus pour relever les taux d'intérêt. Mais enmême temps, tous lesmembres duConseil des gouverneurs de la BCE indiquent qu'il est maintenant trop tôt pour réagir. Il y a encore trop d'incertitudes.N'oublions pas nonplus que la situa- tion de départ est complètement différente. En 2022, la politique de taux d'intérêt négatifs de la BCE était encore très stimulante. Relever les taux ne faisait que rendre la politiquemonétaire un peu moins accommodante. Aujourd'hui, le taux direc- teur de 2 % est considéré comme neutre. End’autres termes, si les tauxd'intérêt devaient être relevés, celapèseradavantage sur la croissance éco- nomique. Alors quelle est la probabilité que cela se produise ? On observe en tout cas que les marchés financiers commencent à envisager sérieusement une hausse des taux d'intérêt en Europe au cours desmois d'été. Les prochaines réunions duConseil des Gouverneurs s’annoncent donc particulière- ment intéressantes… Un nouveau dilemme pour les banques centrales L a Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg ont signé le 9 mars unnouveau traité Benelux destiné à renforcer la lutte contre la fraude sociale transfronta- lière et le dumping social. L’accord vise à améliorer la coopération entre les trois États afinde faciliter les inspections conjointes, accélérer l’échange de données de sécurité sociale et renforcer le recouvre- ment des prestations ou cotisations indûment versées. Le texte a été signé par Hans Vijlbrief, ministre néerlandais des Affaires sociales et de l’Emploi, Frank Vandenbroucke, ministre belge des Affaires sociales et de la Santé publique, ainsi que par les ministres luxembour- geois Marc Spautz, en charge du Travail, et Martine Deprez, ministre de la Santé et de la Sécurité sociale. Selon Frank Vandenbroucke : « Nous devons lutter contre la fraude socialenon seulement dans notre propre pays, mais aussi en Europe. Ce traité Benelux ren- force considérablement notre capacité à agir au-delà des frontières et à augmen- ter les chances d’interpellation.» Le ministre belge souligne également que l’objectif est de «défendre une Europe équitable, offrant une concurrence loyale aux entreprises ». Le ministre belge chargé de la lutte contre la fraude sociale, Rob Beenders, insiste lui aussi sur la dimension trans- frontalière du phénomène : « La fraude sociale mine notre État-providence. La fraude ne s’arrête pas aux frontières, et notre approche non plus. Avec ce traité, leBeneluxpeut servir de région test pour un contrôle plus rigoureux au sein de l’Union européenne. » Du côté luxembourgeois, Marc Spautz estime que l’accord transforme « la volonté politique en capacité d’action », tout en mettant au cœur de ses priorités « la protection des travailleurs, le soutien aux entreprises loyales et la préservation de notremodèle social ».MartineDeprez rappelle pour sa part que « dans un espace Benelux où les mobilités profes- sionnelles sont quotidiennes, la justice sociale ne peut s’arrêter aux frontières ». La secrétaire générale du Benelux, Ariadne Petridis, souligne également l’importancedudispositif:«Notresécu- rité sociale est un bien précieux et un pilier de solidarité. Avec ce traité, nous renforçons la transparence et la coopé- rationentreadministrations afinde lut- ter plus efficacement contre la fraude sociale et le dumping social. » Le traité crée notamment un cadre pour organiserdescontrôlesetinspectionscoor- donnés.Lesservicesd’inspectionpourront mener des contrôles simultanés sur un même dossier et les inspecteurs pourront assister, comme observateurs, à des ins- pectionsmenéesdansunautrepays.Cette coopération vise notamment à détecter plusrapidementlesconstructionsfraudu- leuses et les sociétés « boîtes aux lettres ». L’accord renforce également la surveil- lance du détachement des travailleurs. Les doutes concernant le formulaire A1, quidéterminelepaysdanslequellescoti- sationssocialesdoiventêtreversées,pour- rontêtreexaminésplusrapidementgrâce à un échange renforcé d’informations entrelesautorités.Lacoopérationestaussi étendue aux prestations sociales. Les ins- titutions pourront s’interroger plus rapi- dement sur certaines situations et renfor- cer les procédures de récupération des cotisations ouprestations versées à tort. Au-delà de la lutte contre la fraude, le traité prévoit une attention particulière aux conditions de travail. Les contrôles porteront également sur la sécurité, l’hy- giène et le respect de conditions de tra- vail décentes afin d’éviter que de mau- vaises pratiques sociales ne deviennent un avantage concurrentiel. Les échanges de données se feront dans le respect du règlement européen sur la protection des données (RGPD). Une fois ratifié par les trois pays, le traité pourrait aussi servir de modèle pour renforcer la coopération au sein de l’Union européenne. Source :ministèrede laSantéetde laSécuritésociale Le Benelux s’allie contre la fraude sociale (de g. à dr.) Frank Vandenbroucke, Liesje Schreinemacher, Martine Deprez, TomKöller, Marc Spautz,Ariadne Petridis, Hans Vijlbrief ©ministèrede laSantéetde laSécuritésociale T he PwCBusiness Barometer slightly continued its conse- cutive improvement to +8 in February, up from+1 in January, indicating a firmer recovery in confidence as the year progresses. Despite the confidence increase, the outlook remains cautious amid rising geopolitical tensions and an uncertain economic outlook. Business confidence in Luxembourg has beensupportedbytheconsumercompo- nent, benefiting from the broader stabili- sation of prices across the country. Inflation stood at 1.3% in February, largely reflecting a decline in energy prices, particularly following the earlier reduction in electricity tariffs. Despite the stabilisation, a reversal of the trendmay emerge in the near term. The joint attack by Israel and the US on Iran, whichbeganon28February, couldexert renewed upward pressure on inflation. In the days following the start of the of- fensive, oil prices surpassed the $100 mark due to the partial closure of the Strait of Hormuz, through which roughly20%of global oil supplies transit eachday.Oil prices retreatedon9March after a statement byPresident Trump in- dicating that the war was “very com- plete.” However, uncertainty remains elevated as strikes continue. Should the conflict persist, energy prices could rise again, generatingsignificant inflationary pressures worldwide. Additional challenges to the economic outlook stem from developments in the labour market. Luxembourg’s unem- ployment rate rose to 6.3%in January, its highest level since 2021. Combined with a potential resurgence in inflation, this couldweighonprivateconsumptionand economic growth in the comingmonths. Nevertheless,despitetherisksassociated with the current geopolitical environ- ment, Luxembourg’s reaffirmed AAA rating and stable outlook fromMoody’s and S&P Global provide reassurance re- garding the country’s overall economic resilience and fiscal strength. Inflation in the Euro Area stood at 1.9% inFebruary,slightlyhigherthanthe1.7% recorded in January, but still below the 2% target. The increase was primarily driven by services, where prices rose by 3.4%. In contrast, energyprices declined by 3.4%, marking the sixth consecutive month of decreases in this category. However, inflationary pressures could intensify in the coming months if the conflict in Iran leads to higher energy prices, potentially pushing inflation in the economic bloc above the 2% target. February data also indicated the sharpest rise in input costs since April 2023, which could feed through to con- sumer prices in the months ahead. In this context, central banks acrossEurope have come under increasing market pressure to tighten monetary policy. Money markets are now pricing in the possibility of interest rate increases by the ECB before the end of the year. IntheUS,evenbeforethejointstrikewith Israel on Iran, the high cost of living and softeninglabourmarketpointedtoanaf- fordability crisis taking hold. The US economy lost jobs in February, and the unemployment rate edged up to 4.4%. The inflation figure for February came out at 2.4%, in linewith expectations, but still higher than the 2% target. As oil prices directly affect consumer costs, af- fordability concerns are likely to worsen rapidly.Furthermore,thejobmarkethas- n’t shown significant signs of slowdown, meaning that Fed officials might not be sufficientlyconcernedtocutinterestrates in the coming meetings. This is further supportedbyafresh10%globaltariffim- posedbyTrump’sadministration,which came as a retaliation measure following the decision of the Supreme Court to strike down earlier tariffs. The monthly PwC barometer, in collaboration with AGEFI Luxembourg, is an economic confi- dence indicator that is intended to be a simple and pragmatic tool aimed at capturing the economic atmosphere of the Grand Duchy each month. The indicator is based on a number of sentiment indices published monthly by Eurostat and Sentix, which are based on surveys (businesses, consumers or investors/ analysts). The indicators used are: consumer confidence (EA for euro area and LUX for Luxembourg), indus- trial confidence (EA and LUX), construction con- fidence (EA and LUX), financial confidence (EA), retail confidence (EA), services confidence (EA) and the Sentix Index (EA). The evolution of the barometer over the past four years is displayed on the graph below. PwCMarketResearchCentre, IHSMarkit,Sentix,STATEC The monthly PwC Barometer
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