Agefi Luxembourg - avril 2026

Avril 2026 9 AGEFI Luxembourg Économie & Tax ParMaximeNINO, Founding Partner –DAXIAN* Q u’il s’agisse de fiduciaires, de banques, de cabinets d’avocats ou d’audit, la conformité n’a jamais été aussi présente auLuxembourg et ail- leurs. KYC, KYT, contrôles AML/CFT, reportings réguliers, screenings, etc. : les dispositifs se sont fortement structurés ces dernières années, sous l’effet d’exigences réglementaires tou- jours plus nombreuses et d’une pression accrue des régulateurs enmatière d’efficacité des disposi- tifs.Mais une questionmérite tou- tefois d’être posée : maîtrise-t-on réellementmieux les risques pour autant ? De la checklist…aux outils automatisés et à l’IA Pendant longtemps, la conformité a reposé sur une logique de “checklist”. Si cette approche reste pré- sente, elle a toutefois profondément évolué. La plu- part des acteurs de la Place s’appuient désormais sur des outils AML/KYC performants : plate- formes d’onboarding, screening automatisé, risk scoring, workflows intégrés, etc. Plus récemment, l’intelligence artificielle s’est invitée danscesdispositifs,promettantuneanalyseplusfine et une détection plus « intelligente » des anomalies. Cette évolution est évidemment globalement posi- tive. Elle renforce l’efficacité des dispositifs, améliore la traçabilité, autorise une certaine formede standar- disationetpermetdetraiterdesvolumesdedonnées sans communemesure avec les approches tradition- nelles historiques. Cependant, elle introduit également un risque plus insidieuxpour leprofessionnel : confondre automa- tisation et compréhension . En effet, si dans la pratique ces outils permettent de valider rapidement des dossiers complets car cohé- rents au regard des critères préalablement paramé- trés - une structure internationale complexe peut ainsi être “validée” enun temps record :UBOs iden- tifiés, screenings effectués, scoringacceptable, check ! - Le risque n’est donc plus seulement opération- nel, il devient cognitif en donnant l’illusion que cequi est validé est nécessairement compris . Il n’en reste pas moins qu’une analyse plus approfondie aurait pu révéler une logique économique fragile, une structuration inutilement complexe ou une ex- position indirecte à une juridiction sensible par exemple - autant d’éléments que les systèmes auto- matisés appréhendent difficilement. Cette évolution est d’ailleurs pleinement intégrée par lesrégulateurs.L’accentestdésormaismissuruneap- proche fondée sur le risque, qui exige avant tout une compréhension réelle des situations, et non une vali- dation purement formelle ou technologique. L’utili- sationd’outils avancésnedispense eneffet pasd’une capacité à expliquer et justifier les décisions prises. Les outils, bien que devenus indispensables, ne remplacent ni le jugement, ni l’esprit cri- tique. Désormais, l’évaluation ne porte plus uniquement sur la qualité des systèmes,mais aussi et avant tout sur la capacité à les utiliser avecdiscernement,notammentdansdessitua- tions atypiques ou complexes. Former ne suffit plus. Il faut entraîner Cette évolution met égale- ment en lumière les limites des formations tradition- nelles, AML/KYC en tête ! Longtemps standardisées, souvent automatisées via des plateformes en ligne et conçues pour répondre à une obligation réglemen- taire, elles apparaissent aujourd’hui inadap- tées aux réalités opérationnelles. Lecomptableparexemple,devradorénavantêtreca- pabled’aller au-delàdesdonnées structurées : analy- ser des flux, détecter des incohérences, questionner desécrituresatypiquesetcomprendrelesschémasfi- nanciers sous-jacents. Le RelationshipManager ,encontactdirectavecleclient, devra quant à lui pouvoir identifier des signaux que les algorithmes ne captent pas : incohérences dans le discours, comportements inhabituels, structures peu intuitives ou changements soudains dans l’activité. Les formations doivent désormais évoluer rapide- ment pour rester pertinentes : formations ciblées par fonction, utilisation de cas pratiques anonymisés, mises en situation, jeuxde rôle, etc. L’objectif ne se li- mite plus à transmettre des règles, mais bien à déve- lopper des réflexes opérationnels et une réelle capacité d’analyse critique, y compris face aux résul- tats produits par les outils. Vers unnécessaire rééquilibrage Plusieurs évolutions concrètes semblent dès lors s’imposer. D’abord, clarifier le rôle des outils : des facilita- teurs, pas des validateurs. Un scoring ou une alerte algorithmique ne constitue pas une conclu- sion, mais un point de départ dans l’analyse. Ensuite, redonner la priorité à l’analyse humaine dans les processus : revue critique de dossiers complexes, validation renforcée sur certaines structures, remise en question systématique des situations atypiques et documentation du raison- nement suivi. Cela suppose également de renfor- cer la collaboration entre équipes, ne pas hésiter à confronter les analyses, à échanger avec ses col- lègues et à croiser les regards pour affiner la com- préhension des situations. Il est également essentiel de mieux former à l’in- terprétationdes résultats . Comprendre ce que fait un outil… mais aussi ce qu’il ne fait pas, notam- ment ses limites en matière de contextualisation, de jugement et d’intention. Enfin, renforcer une véritable culture duquestion- nement . Un dossier validé, même via des outils avancés, ne signifie pas l’absence totale de risque. La prudence reste de mise. La checklist a montré ses limites. L’automatisation – IAentête-apermisdefranchiruneétapesupplémen- taireenmatièred’efficacitédutraitementdesdonnées. Mais cette évolution, aussi sophistiquée soit-elle, ne change pas la nature du défi : comprendre le risque et conserver la capacité à l’analyser et à le challenger – une capacité qui reste, fondamentalement, humaine. * DAXIAN est un cabinet de conseil accompagnant les institutions financièresdansleurtransitiond’uneconformitéformelleàunegestion efficace des risques Compliance : l’illusion du contrôle à l’ère de l’automatisation et de l’IA Par Philippe LEDENT, Senior Economist, ING Belgique-Luxembourg L e choc protectionniste américain de 2025 a été historique. Un an après LiberationDay, on peut effectivement affirmer que les exportations européennes vers les États-Unis ont dimi- nué. Néanmoins, l’impact du choc a été partiellement amorti par l’augmentation des droits de douane sur les autres fournisseurs des États- Unis, si bien que malgré la di- minution des exportations observées, l’Europe conserve une position globalement intacte sur le marché améri- cain. Par contre, avec des tarifs convergeant vers 15 % en 2026 pour la plupart des « par- tenaires » des États-Unis, la compétitivité de l’Europe risque de se détériorer. Choc protectionniste Au bout d’un processus chaotique, les droits de douane américains ont fortement augmenté en 2025. Pour l’UE, le taux effectif des droits de douane est passé à 8,5 %, soit une augmentation de 7,2 points de pourcentage par rapport à 2024. Malgré le tarif extérieur commun de l’UE, les ni- veaux effectifs varient d’un pays à l’autre en raison des différentes structures d’ex- portations et des exemptions en vigueur. Ainsi, la France, la Belgique et les Pays-Bas ont été confrontés à une charge tarifaire ef- fective environ deux fois moindre que celle de pays comme l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne. Flux commerciaux en dents de scie Compte tenu des différents tarifs en vigueurs aux diffé- rents moments de l’année, les exportations de l’UE vers les États-Unis ont suivi une évo- lution très inégale en 2025. À la veille de Liberation Day, les exportateurs se sont empressés de faire traverser l’Atlantique à leurs cargaisons en prévi- sion de l’augmentation des droits de douane, ce qui a permis d’accroître temporairement les expor- tations de 35 % par rapport à l’année précédente. Cet effet de “front-loading” a été particulièrement prononcé en Irlande (produits pharmaceutiques). Toutefois, une fois que les droits de douane plus élevés sont entrés en vigueur, le commerce entre l’UE et les États-Unis s’est considérablement affai- bli. Les exportations de l’UE vers les États-Unis, à l’exclusion de l’Irlande, ont chuté de 4,1%en 2025, bien que les exportations vers le reste du monde aient augmenté d’environ 1,5% l’année dernière. Cette forte différence suggère que le choc protec- tionniste a eu un impact négatif important sur le commerce UE-USA Choc négatif dans l’absolu, mais positif face aux concurrents Ceci étant, d’autres éléments que les tarifs imposés à l’UE doivent être pris en compte. En décompo- sant par régression les différents effets, on peut ex- pliquer la contraction évoquée ci-dessus de la manière suivante : tout d’abord, il y a bel et bien eu un effet immédiat et important des droits de douane américains. Après Liberation Day, l’aug- mentation des droits de douane a provoqué une forte baisse de la demande, entraînant une dimi- nutiondes échanges entre l’UE et les États-Unis (de l’ordre de 10% !). Néanmoins, cet impact négatif a été plus que com- pensé par la forte augmentation des droits de douane auxquels ont été confrontés les fournis- seurs concurrents de l’UE sur lemarché américain, tels que la Chine et l’Inde. En conséquence, l’UE a effectivement regagné du terrain par rapport à l’augmentation des tarifs qui lui était destinée. Enfin, les tarifs douaniers ont également affecté le commerce par le biais de canaux non tarifaires. L’incertitude accrue a conduit à un report d’inves- tissements et d’exportations, ainsi qu’à une baisse des volumes d’échanges en raison de l’augmenta- tion des charges administratives et de mise en conformité. Plus de certitude, mais des tarifs plus élevés enperspective Dans ce contexte, l’accord commercial (en cours de ratification) entre l’UE et les États-Unis apporte plus de clarté et de prévisibilité. La fixation des droits de douane à 15%devrait réduire l’incertitude de la po- litique commerciale et atténuer les frictions non tari- faires, en diminuant les coûts demise en conformité pourlesentreprisesquiexportentverslesÉtats-Unis. Cette clarté a toutefois un prix. La fixation d’un tarif de 15% implique probablement un taux tarifaire ef- fectif plus élevé que les 8,5 % observés en 2025. En conséquence, la position concurrentielle relative de l’UEdevrait s’affaiblir en 2026, car les concurrents de l’Europesurlesmarchésaméricains,telsquelaChine, l’Inde et l’Indonésie, bénéficieront relativement plus de l’arrêt de la Cour suprême des États-Unis et du recul des droits de douane liés à LiberationDay. Dans l’ensemble, la hausse des tarifs et la détériora- tionde lapositionconcurrentielle relative l’emporte- ront sur les avantages d’une plus grande certitude en2026. End’autres termes, le chocprotectionniste a peut-être étémoins dramatique que ce que l’on crai- gnait initialement,mais lesdégâts économiques sont déjà évidents et devraient se prolonger en 2026. La diversificationdes échangesversdespartenaires tels que leMercosur et l’Inde est une réponsepolitique à lafoisnécessaireetbienvenue,maiscesmarchésn’at- teignent pas encore la profondeur du marché amé- ricain. Cela renforce l’importance du renforcement dumarché intérieur de l’UE en tant que priorité po- litique clé pour l’avenir. Le choc protectionniste américain « fête » son premier anniversaire infor page fo de 2026 Luxembourg Individual Tax Guide The 2026 edition of the Luxembourg Individual V mation r more dicated Tax Guide plicable to d matters, WDLQLQJ mployers, isit our 3rd pillar deduction increased to €4,500/y ear (from €3,200); social security rate now 11 . 55% due to pension contributions rising from 8% to 8.5%. outlines the key changes and current rules ap personal income tax, social security, and relate UHȵHFWLQJ UHFHQW OHJLVODWLYH XSGDWHV ZKLOH PDLQ Luxembourg’s attractiveness for individuals, e and cross border workers. CARRIED INTEREST REFORM PENSION UPDATE EMPLOYMENT TAX INCENTIVES 50% ta x e x e m pt io n for inpatriate LQFRPH DQG SURȴW sharing bonuses. © 2026 Deloitte General Services, SARL Contractual CI taxed at ~12% H΍HFWLYH UDWH HTXLW\ EDVHG &Ζ may qualify for f u ll c ap i ta l g a i ns e x e m pt io n (conditions apply). 100% 50% €4,500 €3,200

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