Agefi Luxembourg - janvier 2026
AGEFI Luxembourg 6 Janvier 2026 Économie / Banques L e gouvernement luxembour- geois a décidé de renforcer son réseau diplomatique afin d’adapter son action exté- rieure aux enjeux géopolitiques et géoéconomiques actuels. Cette démarche s’inscrit dans la conti- nuité du programme gouverne- mental et vise à défendre efficace- ment les intérêts stratégiques du Luxembourg dans un contexte international enmutation. Les représentations diplomatiques jouent un rôle central dans la mise en œuvre de lapolitiqueétrangère.Ellesaccompagnent lesressortissantsluxembourgeois,soutien- nent les institutions de l’État, le secteur privé et la société civile, contribuent à la promotion de l’image du pays et consti- tuent un instrument clé de la coopération audéveloppement. Afin d’améliorer la cohérence de la poli- tique étrangère, le commerce extérieur a étéintégréauministèredesAffairesétran- gèreseteuropéennesdèsledébutduman- dat. Les bureaux « Luxembourg Trade and Investment » font ainsi pleinement partieduréseaudiplomatiqueetœuvrent àl’attractiondesinvestissements,audéve- loppement des échanges économiques et à l’accompagnement des entreprises luxembourgeoises à l’international. Lecentrefinancierluxembourgeois,pilier de l’économie nationale, bénéficie égale- ment de ce renforcement. L’expertise du ministère des Finances sera mobilisée de manière plus ciblée au sein du réseau diplomatique. Des experts financiers seront détachés dans plusieurs représen- tations à l’étranger afin d’identifier des opportunités, de dialoguer avec les auto- rités locales et de promouvoir la place financière luxembourgeoise. Dans un contexte de fragmentation croissante des échangesinternationaux,ladiversification des partenariats économiques constitue une priorité. Bien que la majorité des échangessefasseauseindel’Unioneuro- péenne, une part significative concerne l’Amérique duNord et l’Asie, ce qui jus- tifie un renforcement ciblé du réseau diplomatique. Enfin, la coopération au développement fait l’objet d’une réorganisation straté- gique, notamment après la fin de la coo- pérationbilatéraledansleSahelcentral.Le réseaudiplomatiqueserastructuréautour de centres régionaux, permettant une actionpluscohérenteetefficace.Cerenfort permettraauLuxembourgdemieuxcoor- donner diplomatie, diplomatie écono- mique, coopération au développement et défense, dans une approche globale et cohérente de son action extérieure. Nouvellesmissions diplomatiques et consulaires Ces dernières années, le Luxembourg a renforcé son réseau diplomatique avec l’ouverture de plusieurs ambassades. Une nouvelle réorganisation prévoit l’ouverture de sept nouvelles missions, le renforcement de structures existantes et la fermeture de trois représentations, avec une mise en œuvre progressive entre 2026 et 2028. Le réseau luxembourgeois comprend actuellement 36 ambassades bilatérales, 13 représentations permanentes auprès d’organisations internationales, 6 consu- lats généraux et 10 bureaux « Luxem- bourg Trade and Investment », ainsi que 5 ambassadeurs non-résidents cou- vrant 18 États. Europe L’Europe reste une priorité centrale. Les missions à Paris, Bruxelles, Londres et Berlinont été renforcéespour soutenir les relations bilatérales et la promotion éco- nomique.Aucune nouvellemission n’est prévue, mais certaines représentations, notamment àLondres et enSuisse, béné- ficieront du soutien d’experts du minis- tère des Finances. Amériques L’Amérique du Nord conserve une importance stratégique. Le Luxembourg est présent àWashington, NewYork, San Francisco et Ottawa. Afin de diversifier cette présence, l’ouverture d’un consulat général à Austin (Texas) est à l’étude, en raison du poids économique de l’État et de son potentiel dans les technologies, la défense, le spatial et la finance. En Amérique du Sud, le Luxembourg envisagel’ouvertured’unconsulatgénéral à São Paulo pour compléter l’ambassade de Brasilia, afin de renforcer les relations économiques et de mieux répondre à la présence de ressortissants luxembour- geois. Des experts financiers seront déployés dans les représentations améri- caines et sud-américaines. Asie L’Asie est un partenaire économique majeur. Une ambassade a été ouverte à Singapour en décembre 2025, intégrant un bureau « Luxembourg Trade and Investment».LeLuxembourgétudieéga- lement l’ouverture d’un consulat général à Mumbai, rattaché à l’ambassade de New Delhi, ainsi qu’un consulat général à Hong Kong à un stade ultérieur. Ces postesvisentàrenforcerleséchangeséco- nomiques et financiers, avec l’appui d’ex- perts duministère des Finances. Afrique L’Afrique demeure une priorité straté- gique, notamment dans les domaines de la coopération au développement, de la transitionénergétiqueetdelastabilitégéo- politique. La fermeture des ambassades de Niamey, Bamako et Ouagadougou entraîne une réorientation de la présence luxembourgeoise,sansdésengagementde larégion.L’ambassadeàDakarcontinuera d’assurer un rôle régional. Le Luxembourg envisage l’ouverture d’une ambassade à Nairobi, afin de ren- forcersaprésenceenAfriquedel’Est,ainsi qu’une autre à Pretoria, pour développer les partenariats enAfrique australe, grâce à un système de co-accréditations. Source :ministèredesFinances Le Luxembourg renforce son réseau diplomatique ©MA (de g. à dr.) Xavier Bettel, Vice-Premier ministre, ministre des Affaires étrangères et du Commerce extérieur, ministre de la Coopération et de l'Action humanitaire ; Gilles Roth, ministre des Finances Par Pierre de LAUZUN, membre fondateur et membre duConseil d’administration de Geopragma L a nouvelle Stratégie de sécurité nationale, qu’a sortie l’administration Trump ennovembre dernier, a suscité une émotion considérable enEurope, et a été largement commentée.Mais il faut aller au-delà de ces commen- taires trop souvent convenus et plutôt révélateurs des a priori des uns oudes autres. Une visiond’ensemble nationalemais pragmatique Au niveau du positionnement global, le fait majeur est bien sûr l’abandon de toute préten- tion idéologique d’ensemble, de la grandecroisadedesdémocraties,etdurôledesÉtats- Unis à sa tête. L’idée est au contraire la priorité que chaque État doit à ses intérêts nationaux, présentée même comme la meilleure solution pour tous au niveau global. Certainsenontdéduitquecelaaboutiraitàunehausse de la conflictualité ainsi qu’au partage du monde en sphèresd’influences.Orsionpeutdébattredesconsé- quencespossibles, cen’est pas cequedit viser le texte. D’unepart, cette conceptionnouvellen’est pasnéces- sairementbelligèneparprincipepuisqu’elleproclame enmêmetempsl’importancedelapaix.Onsaitl’atta- chement de Trump à se présenter comme faiseur de paix,cequeledocumentrappelle–mêmesidansson optique cela n’exclut pas des opérations militaires ponctuellesmaismusclées (Iran, Venezuela). D’autre part, le comportement de ce même Trump est fondamentalement transactionnel, et dominé par les considérations économiques –vues sous unangle brutal. D’où l’importance centrale dans tout le docu- ment de la sécurité des approvisionnements (hydro- carbures notamment), et de la liberté des mers. C’est en partie cet accent mis sur ces divers aspects qui expliquel’absencededésignationexplicitedelaRussie ou de la Chine comme adversaires stratégiques ou comme menace radicale, qu’on attendait naturelle- ment dans un tel document. C’est n’est qu’en creux qu’une tellemenace apparaît, ainsi enmer de Chine, et traitée sous l’angle de la liberté desmers. On ne voit pas non plus se dessiner une idée de par- tage dumonde envéritables zones d’influence hégé- moniques.Certes,enAmériquelatine,letextepropose une version durcie de la doctrine Monroe et exclut toute présence jugée dangereuse d’une puissance autre.Maiscen’estpasparcequ’unpartageglobaldu monde en sphères serait explicitement promu ; c’est la conséquence logiqueduprimat national, visant à assurer unedéfense renforcéedes intérêts américains, tant en termes d’ap- provisionnement, de sécurité que de lutte contre des menaces diverses (drogues, migrants). On ne voit dès lors pas dans le texte que les États-Unis s’in- terdisent d’intervenir oùque ce soit,même si ce n’est plus par idéologie : aucune zone d’influence n’est reconnue à qui que ce soit d’autre. D’ailleurs,quantauxautreszones, larelativisationduMoyen-Orient n’estqu’apparente,etl’intérêtéco- nomique reste fort ; et l’impor- tance de l’Asie, notamment côtière,estmaintenue.Ilnes’agit pas non plus d’assumer une hégémonie globale, d’autant que cette dernière impliquerait unecertaineresponsabilitédel’hégémon envers ses vassaux : or ce n’est pas l’idée du texte. Les aspects géographiques et idéologiques Quant à l’Europe, le traitement très particulier qui lui est fait est justifié par la proximité culturelle et poli- tique, plus que comme l’appartenance de celle-ci à une zone d’influence. Il n’y a pas non plus dans le texte le désengagement pur et simple que beaucoup yont vu–même si le soutiendevient plus condition- nel. Ni de vassalisation au sens propre, dumoins pas plus qu’auparavant même si là aussi le rapport est plus brutal ; encore moins l’idée que l’Europe serait unennemi.Bienentendu, onretrouve le couplet dés- ormais central sur le partage des frais et de l’effort de défense ; mais il n’est pas nouveau, même s’il est manié plus agressivement. Plus nouveau est le fait que la mention de l’affinité culturelle et politique reconnue entre elle et les États-Unis tende à déplacer la motivation géopolitique : si on suit le texte, l’Europe est toujours une cousine, maismoins unenjeustratégique.Corrélativement, le texte insiste commeonsait avec force sur cequi est perçucomme sa décadence sur bien des points : économie, migrants, wokisme, patriotisme etc. Il y a là un clair mépris, mais aussi à sa façon, une demande de redressement. Cela expliquedéjà enpartie ledécou- plage relatif sur des dossiers comme l’Ukraine. Mais le découplage le plus marqué avec l’Europe est idéologique ; il y a rupture du consensus relatif auparavant affiché des deux côtés. Lemessage est : 1. Nous nous redressons, faites de même. 2. Vous êtes plus atteints que nous, avec votre machin bruxellois, votre goût pour les grandes phrases, et votre irresponsabilité. 3. Nous aiderons ceux chez vous qui vont dans le bon sens, les vrais patriotes (ce qu’on comprend comme débouchant sur un soutien aux populistes ou à « l’extrême droite » – même si les modalités n’en sont pas claires). Remarquons cependant encore qu’en réalité, cette opposition idéologique traverse les États-Unis autant que l’Europe. Après tout, le wokisme et l’idéologie DEI (NdlR : Diversity, Equity, and Inclusion) ont été développés là-bas (quelles qu’en soient les sources intellectuelles européennes) avant d’être réexportés enEurope.Decepointdevue,laruptureidéologique entre les partenaires ne serait confirmée par la suite que si chacun d’eux persistait dans sa voie actuelle surladurée,cequinevadesoinid’uncôténidel’au- tre. Mais ceci étant noté, la divergence en cours ne peut être sous-estimée, car elle n’a pas de précédent. Etlesréactionseuropéennes,plutôtréservéescôtéoffi- ciel, effarouchées côté commentateurs, sont sympto- matiques de la sidérationqu’elles révèlent. Enunsens,cediscoursnouveau,quelquepeuagressif, met à sa façon en évidence les présupposés progres- sistes enEurope, politiquement corrects et prétendu- ment unanimes. Pourtant l’évidence électorale de la montéede ce qu’ony appellepopulismemontre que cette unanimité vaut surtout pour l’Europe officielle. Inversement la scène américaine est de son côté loin d’être acquise au trumpisme, et peut donc encore changerd’orientation.Maisdanscecas,ilestpeupro- bableque l’avenir débouchera sur un retour aux rela- tions euro-américaines antérieures : l’idée que l’Europeestdésormaishorsducoupestrépanduelà- bas, non sansmotifs. Quelques remarques On n’insistera pas ici sur les défauts du trumpisme, que ce texte met aussi en évidence : la brutalité et le ton peu diplomatique voire cynique, peu propre à préparer unmonde apaisé ; l’obsessionde la transac- tion et du commerce ; l’assurance prématurée qu’on entreraitdansunenouvellephased’Amérique« great again »;etpeut-êtresurtoutl’absencedestratégiestruc- turelle (de politique industrielle notamment, mais aussi de suivi dans les opérations) etc. Deux points sont en revanche à souligner plus parti- culièrement. Lepremierestlaquestiondésormaiscentraledesnou- veaux principes sur lesquels se construira l’équilibre internationaldedemain.L’insistancetrumpiennesur l’intérêt national, même tempérée par le souci affiché de la paix, exprime au fond une réalité permanente qui n’avait jamais disparu. Ce qui est plus nouveau est de lemettre en avant de façon aussi nue et froide ; même si c’est entre autres pour éliminer l’emballage idéologiqueoujuridiquequiétaitdemiseauparavant. Or un tel changement n’est pas neutre, s’il devient permanent.D’uncôté, commebeaucoup l’ont noté, il peut justifier chez d’autres puissances un degré plus élevé d’agressivité et de cynisme –même si en réalité agressivité et cynisme sont déjà bien répandus : la Russien’apasattenducelapourintervenirsursapéri- phérie, sans parler des comportements américains. D’autre part, il s’accompagne en l’espèced’unusage excessif du pur rapport de forces pour obtenir des avantages dissymétriques et pour certains mani- festement iniques, ainsi enmatière douanière entre Amérique et Europe.Même l’accentmis sur le com- merce est vu sur le mode agressif et confrontation- nel. De ce point de vue, autant le fait de balayer la vision antérieure, pseudo-bienveillante et en réalité agressive voire hypocrite, de la démocratie et des droits de l’homme, est en soi plutôt bienvenu, autant on ne peut que déplorer que ce n’est pas remplacé par une perspective satisfaisante, offrant une vraie perspective de paix : en un mot, le réa- lisme n’implique pas de renoncer à toute idée de bien commun. Je publierai d’ailleurs dans les mois qui viennent un petit livre sur ce sujet. Le second point vise justement l’idéologie, et ici la balle est dans le camp européen : va-t-il se raidir dans sonattachement à la supposéegrande croisade du bien contre le mal – dont il n’a d’ailleurs les moyens ni militaires, ni technologiques, ni indus- triels ?Cequi vadans ce sens est lediscours répandu enEurope selon lequel l’AmériquedeTrumprejoin- drait le campdesméchants, autoritaires et agressifs, avec en leur centre laRussie et laChine. D’où la ten- tation, face à cette « coalition » menaçante, de la mutation de l’Europe en un étrange « Camp des Saints ». Mais en réalité, les idéologues sont les Européens. Russes etChinoispeuvent êtrede réelles menaces, évidemment, surtout les seconds –notam- ment en économie ; mais c’est par une politique de puissance à l’ancienne, pas à la façon idéologique de l’URSS.De cepoint devue, le trumpisme est plus réaliste, même si on peut douter de son succès à terme, qui demanderait un tout autre effort sur la durée, notamment en économie. Il se déduit de ces deux points que la tâche d’un pays comme la France est de se redéfinir, sur la base d’une mutation mentale majeure, en sortant du cadredepensée actuel, lequel n’a jamais été véri- tablement justifié, mais qui est désormais complé- tement décalé de la réalité. C’est la voie d’unpatrio- tisme renouvelé, lucide et exigeant, qui s’attache à retrouver une place digne sur la scène actuelle, sans que cela sacrifie aucun idéal véritable – car l’idéal n’a de sens que fondé sur le réel. Et le réel com- mence par la capacité à agir. Publiéchez Geopragma le13 janvier2026 https://geopragma.fr/trump-et-sa-strategie-de-securite-nationale- changeons-notre-logiciel/ Le texte entier de la “National Security Strategy of the United StatesofAmerica”estaccessiblesurlesitedelaMaisonBlanche https://www.whitehouse.gov/wp-content/uploads/2025/12/2025- National-Security-Strategy.pdf Trump et sa stratégie de sécurité nationale : changeons notre logiciel
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