Agefi Luxembourg - janvier 2026

Janvier 2026 5 AGEFI Luxembourg Économie / Banques T he PwC Business Barome- ter worsened to -1 in De- cember, down from +1 in November. Confidence sets back to negative territory, chal- lenged by sustained uncertainty. At year-end, business confidence in Luxembourg remained slightly nega- tive. The Grand Duchy continued to contend with above-target inflation and subdued business sentiment, despite solid economic and labour market performance. According to STATEC, GDP expanded by 1.1%QoQ and 2.7% YoY in the third quarter, marking a fourth consecutive quarter of growth, levels not seen since 2019. This momentumwas driven by robust investment growth (+12% QoQ) and a modest recovery in household con- sumption (+1.2%QoQ). Growth, how- ever, remained uneven across sectors. December’s expansionwas led primar- ily by financial and insurance activities, while construction lagged amid weak output from property developers. The labour market is also set to perform strongly, with STATEC projecting employment growth to accelerate from 1.1% in 2025 to 1.6% in 2026. Despite these favourable headline indicators, structural pressures continue to weigh on consumer and business confidence. Inflation remains sticky, with prices ris- ing by 3.1% in December, well above the EU’s 2% target. Moreover, as highlighted by the Luxembourg Chamber of Commerce at its year-end press conference, busi- ness confidence has yet to recover to pre-pandemic levels. Persistent chal- lenges, including labour shortages, regulatory burdens, and high labour costs, are constraining growth. Looking ahead, STATEC expects an automatic wage indexation adjust- ment in the third quarter of 2026, which would further raise costs for businesses. In the Euro Area, political uncertain- ty continues to restrain business investment despite a relatively sup- portive macroeconomic backdrop. Inflation eased to 2% in December, while the ECB left its key interest rates unchanged. Nevertheless, busi- ness confidence deteriorated to a seven-month low, as weakening sen- timent in the services sector more than offset improved optimism in manufacturing. The Euro Area Composite PMI dropped to 51.9 in December, indicating continued but moderating growth momentum. Political factors further weighed on sentiment, notably the EU’s approval to proceed with the signing of the Mercosur trade agreement, sched- uled for January 17, which has inten- sified farmer protests and triggered renewed resistance among several Member States. Global business confidence is being shaped by opposing forces. On the supportive side, the Fed’s 25bps rate cut in December has underpinned cautious optimism about the US eco- nomic outlook. However, this senti- ment has been increasingly over- shadowed by rising geopolitical risks in the opening weeks of 2026. The recent US military operation in Venezuela, coupled with President Trump’s expressed interest in the country’s oil reserves, has heightened uncertainty over future oil price dynamics. Further concerns stem from President Trump’s threats of interven- tion in Iran in support of anti-regime protesters, as well as renewed territo- rial claims over Greenland, raising fears of both the escalation of existing conflicts and the emergence of new ones this year. Uncertainty is further compounded by domestic US devel- opments, notably the criminal investi- gation involving Federal Reserve Chair Jerome Powell in connection with the renovation of the central bank’s headquarters. The monthly PwC barometer, in collaboration with AGEFI Luxembourg, is an economic confidence indicator that is intended to be a simple and prag- matic tool aimed at capturing the economic atmo- sphere of the Grand Duchy each month. The indicator is based on a number of sentiment indices published monthly by Eurostat and Sentix, which are based on surveys (businesses, consumers or investors/ analysts). The indicators used are: consumer confidence (EA for euro area and LUX for Luxembourg), industrial confidence (EA and LUX), construction confidence (EA and LUX), financial confidence (EA), retail confidence (EA), services confidence (EA) and the Sentix Index (EA). The evolution of the barometer over the past four years is displayed on the graph below. PwC Market Research Centre, IHS Markit, Sentix, STATEC The monthly PwC Barometer Par Isabelle MATEOS y LAGO, Cheffe Économiste Groupe BNP Paribas L a plupart des années s’effa- cent des esprits dès qu’une autre commence. Pas 2025, année de ruptures historiques au terme de laquelle l’économie fait figure de miraculée. À quoi faut-il s’attendre en 2026 ? Les chocs de 2025 ne seront pas effacés, mais ils ne se repro- duiront pas non plus. On verra plutôt leurs effets se diffuser à travers l’économie mondiale, probablement ni en ligne droite, ni en douceur. Dans le scénario de base, la macroé- conomie restera une zone météorolo- gique relativement favorable. Mais plu- sieurs facteurs sont susceptibles de changer la donne. Il est donc très probable que 2026 ne sera pas plus calme au jour le jour que l’année précé- dente. Cela ne signifie pas pour autant que ceux qui garderont la tête froide ne pourront pas obte- nir de bons résultats. Contrairement aux craintes initiales, il n’y a pas eu de récession – une croissance solide a prévalu presque partout – ni d’inflation incontrôlée. Les marchés du travail se sont révélés résilients, tan- dis que les marchés, tant boursiers qu’obliga- taires, ont offert des rendements solides, en par- ticulier dans les marchés émergents. Pourtant, 2025 a été marquée par des séismes géoéconomiques. Certains étaient véritablement inattendus, mais la plupart ont cristallisé des évo- lutions en cours depuis plusieurs années. La fron- tière entre alliés et adversaires est devenue floue. L’ordre économiquemultilatéral, vieux de 80 ans, a été brisé par son principal architecte. L’exceptionnalisme américain et le rôle de valeur refuge du dollar ont semblé remis en question, et le dollar s’est déprécié de 11% en termes effectifs nominaux, la plus forte baisse depuis 1973. L’optimisme suscité par l’intelligence artificielle (IA) est devenu unmoteur clé des investissements et des valorisations boursières. La loi GENIUS aux États-Unis a permis aux sta- blecoins et à la finance basée sur la technologie des registres numériques (DLT) de sortir de l’ombre. Les illusions de l’Europe sur sa puissance et sa souveraineté mondiales ont volé en éclats, mais ses ambitions ont été ravivées et elle a enfin com- mencé à se positionner pour le redressement mas- sif nécessaire à leur réalisation. En fin de compte, les puissantes forces de l’éco- nomie de marché et les réactions des politiques monétaires, fiscales et structurelles aux chocs géoéconomiques qui ont frappé ont compensé l’incertitude qu’ils ont suscitée. À quoi faut-il s’attendre en 2026 ? Les chocs de 2025 ne seront pas effacés, mais ils ne se reproduiront pas non plus. On verra plutôt leurs effets se dif- fuser à travers l’économie mondiale, probablement ni en ligne droite, ni en douceur. Dans le scénario de base, la macroéconomie restera une zone météorologique relativement favorable. Mais plusieurs fac- teurs sont susceptibles de changer la donne. Notre scénario de réfé- rence [1] reste globalement inchangé Une croissance stable aux États-Unis et dans la zone euro – respectivement autour de 1,9%et 1,6%, soit l’écart le plus faible depuis des années, et mieux répartie qu’en 2025 dans la zone euro –, ainsi que dans la plupart des économies émergentes ; un léger ralentissement en Chine, au Japon et au Royaume-Uni. L’inflation restera bien supérieure à la cible au Japon, au Royaume-Uni, aux États- Unis et dans de nombreuses économies émer- gentes, mais elle évoluera dans la bonne direction dans la plupart des cas, et restera à la cible en zone euro. Les baisses de taux des banques centrales seront beaucoupmoins nombreuses à l’échellemondiale, mais la politique monétaire aura atteint une posi- tion neutre après avoir été restrictive pendant trois ans. La politique budgétaire, quant à elle, sera aussi globalement neutre. Elle entrainera, ce faisant, une poursuite de la hausse des ratios de dette/PIBdans la plupart des pays et exercera une pression haus- sière supplémentaire sur les rendements obliga- taires de long terme. Les inconnues connues Réserve fédérale américaine Le président Trumpdevrait annoncer très prochai- nement son choix pour la succession de Jerome Powell à la présidence de la Fed au terme de son mandat enmai. Il s’agit d’une décision importante. Toutefois, dans l’état actuel des choses, ellene repré- sente pas le plus grand risque pour l’indépendance de la Fed : en effet, les candidats shortlistés ont tous les qualifications techniques et l’expérience requises, et ils devront convaincre unemajorité des membres des organes décisionnels de la Fed [2] pour emporter les décisions de cette dernière. La décision attendue de la Cour suprême sur le pouvoir du Président de révoquer les gouver- neurs de la Fed sera tout aussi importante, voire davantage, car une décision en faveur de la Maison Blanche ouvrirait la voie à des change- ments fondamentaux dans la gouvernance de la Fed. L’audience aura lieu ce mois-ci et une déci- sion devrait être rendue d’ici la fin du printemps. Jusqu’à présent, les marchés ne semblent pas douter de la capacité de la Fed à maîtriser l’infla- tion ; si cela venait à changer, la pression à la baisse sur le dollar s’intensifierait et la prime de terme des rendements obligataires à long terme augmenterait encore, accentuant la pente de la courbe des taux. Commerce mondial La Cour suprême des États-Unis devrait rendre très prochainement son verdict sur la légalité de la quasi-totalité des droits de douane bilatéraux imposés par le président Trump l’année dernière. La probabilité d’une décision défavorable est éle- vée. Un tel verdict déclencherait une nouvelle vague d’incertitude car l’administration serait contrainte de trouver d’autres bases juridiques et de reconfigurer son filet tarifaire, en ciblant des produits plutôt que des pays. Cela creuserait par ailleurs le déficit fédéral américain, surtout si le gouvernement devait rembourser les droits de douane déjà perçus. Il en résulterait alors vrai- semblablement une politique budgétaire nette- ment stimulante, accompagnée d’une hausse des taux d’intérêt à long terme. Un autre événement important pour la politique commerciale des États-Unis sera la renégociation de l’accord avec le Canada et le Mexique (USMCA), qui pourrait avoir des répercussions sur des pays tiers, notamment la Chine. Néanmoins, en dehors des États-Unis, de nom- breux pays devraient poursuivre leurs efforts, relancés en 2025, pour libéraliser leurs échanges commerciaux. Au Royaume-Uni, l’opinion publique étant désormais majoritairement en faveur d’un rapprochement commercial avec l’UE, des progrès en la matière sont probables. Le principal risque négatif est une recrudescence des mesures de protection contre les exportations chinoises, qui continuent de gagner des parts de marché à l’échellemondiale. L’expérience de 2025 suggère que la Chine pourrait riposter en impo- sant des restrictions à l’exportation sur des com- posants essentiels aux chaînes d’approvisionne- ment mondiales, ce qui pourrait entraîner des perturbations de la production et des pressions inflationnistes. Intelligence artificielle L’engouement pour le développement et l’adop- tion de l’IA va-t-il se poursuivre, soutenant la flambée des actions des entreprises liées à l’IA et entraînant potentiellement des pénuries d’énergie (aux États-Unis) et de semi-conducteurs (dans le monde entier), alimentant les pressions inflation- nistes ? Ou assisterons-nous à une correction (suite à une baisse d’optimisme quant aux profits ou les gains de productivité générés), qui freine- rait brutalement la croissance de l’économie amé- ricaine et d’autres, notamment enAsie, largement alimentées par le boom de l’IA ? Géopolitique La perspective d’un cessez-le-feu durable entre la Russie et l’Ukraine semble plus proche que jamais. Bien que son calendrier et sa solidité restent très incertains, la paix apporterait des dividendes géoé- conomiques importants pour la région, tant grâce à la réduction de la prime de risque qu’aux efforts de reconstruction et aux investissements continus dans la sécurité de la région. 2026 sera également une année riche en élections : nationales en Colombie (mars et mai), en Hongrie et au Pérou (avril), au Liban (mai), en Suède (septembre), au Brésil et en Israël (octobre) ; aux États-Unis (novembre) et probablement au Japon ; locales avec de possibles répercussions nationales en France (mars) et au Royaume-Uni (mai). Les inconnues inconnues Découvertes scientifiques majeures Nous vivons actuellement un âge d’or pour la science. L’IA et la puissance de calcul toujours croissante accélèrent le rythme des découvertes dans tous les domaines scientifiques. Les sciences de la vie, les matériaux et l’énergie propre sont toutes mûres pour des avancées décisives suscep- tibles d’avoir un impact économique majeur. Guerres et changements de régime Le monde est davantage sujet aux conflits armés, en l’absence d’une puissance hégémonique mon- diale désireuse de dissuader l’agression ou d’un Conseil de sécurité de l’ONU fonctionnel. Par ail- leurs, l’année a débuté avec l’exfiltrationpar la force dudictateur gouvernant leVenezuela, augmentant mécaniquement les risques de changements de régimes soudains ailleurs, pour des raisons internes ou externes, avec des conséquences tou- jours imprévisibles. L’histoire nous enseigne que de tels événements, aussi perturbateurs soient ils pour ceux qui les vivent, n’ont pas nécessairement d’impactmacroé- conomique en niveau mondial, sauf lorsque des chaînes d’approvisionnement essentielles, notam- ment celles du pétrole, sont perturbées. Il est donc très probable que 2026 ne sera pas plus calme au jour le jour que l’année précédente. Mais cela ne signifie pas pour autant que ceux qui gar- deront la tête froide ne pourront pas obtenir de bons résultats. Les économistes y seront aidés par la célébration des anniversaires de deux des ouvrages fondateurs de notre discipline : La richesse des nations d’Adam Smith (250 ans en mars) et La théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la mon- naie de JohnMaynard Keynes (90 ans en février). [1] Voir https://miniurl.be/r-6lcw [2] Selon le sujet, ces organes sont leConseil des septmembres de la Fed et, pour la politique monétaire notamment, le Comité fédéral de l’ openmarket (FOMC) composé de 19mem- bres, dont lesmembres duConseil et 12 présidents régionaux de la Fed, parmi lesquels 5 ont le droit de vote (selon un sys- tème de rotation annuelle). Perspectives économiques 2026 : Temps clair mais gardez vos ceintures attachées

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