Agefi Luxembourg - janvier 2026
Janvier 2026 40 AGEFI Luxembourg Informatique financière Par Claus JEPSEN, CTO, Unit4 S oyons honnêtes : les producteurs de cinéma ne se bousculent pas pour réaliser des thrillers sur l’in- telligence artificielle qui se déroulent dans les départements financiers des entreprises. Il s’agit là d’undomaine où l’intelligence artificielle (IA) se heurte à une résistance féroce, et les directeurs financiers ne se laissent pas facilement convaincre. Toutefois, le chan- gement arrive. Si beaucoup s’accordent à dire que l’IApermet d’automatiser effi- cacement les tâches de routine et de libé- rer le personnel, lui permettant de se consacrer à des travaux générant davantage de valeur, certains départements se prêtentmanifestementmieux que d’autres au déploiement de cette technologie. La finance peut sembler être un cas à part ; une équipe de professionnels plus dubitatifs, peu enclins à s’enthousiasmer pour l’IA.Mais pourquoi cette hésitation ? La première raison est que les départements finan- ciers sont beaucoup moins susceptibles d’être conquis par la fièvre de l’IAqui a gagné lemarché. Ils possèdent ce que l’on pourrait appeler un superpouvoir d’immunité contre l’engouement généralisé. Les directeurs financiers expérimentés font abstraction du bruit ambiant et adoptent une vision à long terme de l’entreprise, surveillant méticuleusement les coûts, le retour sur investis- sement et les risques. Ils sont également très conscients de la volatilité qui entoure l’IA, et notamment des statistiques qui incitent à la fois à l’optimisme et à la prudence. Par exemple, la hausse des investissements consacrés à l’IA devrait se poursuivre cette année, et de nombreux chefs d’entreprise se montrent optimistes, selon une étude réali- sée par EY. Cette étude révèle que 34 % des entreprises qui investissent déjà dans l’IA prévoient des dépenses d’un montant de 10 millions de dollars ou plus en 2025. Toutefois, la route est semée d’embûches. Au moins 30 % des projets de déploie- ment d’IA générative (GenAI) seront abandonnés à l’issue de la démonstration de faisa- bilité, d’ici la fin de 2025, en raison de la qualité insatis- faisante des données, de l’in- suffisance des contrôles liés au risque, de l’escalade des coûts ou d’une valeur opéra- tionnelle incertaine, indique Gartner. Cependant, il existe de puissants scénarios d’uti- lisation de l’IA que les départements financiers peuvent adopter et dont ils peuvent réaliser la valeur. Il ne s’agit pas pour eux de renoncer à leur pouvoir et leur influence, mais plutôt de maîtriser la puissance de l’IA. Quels sont les avantages pour les départements financiers ? Dernièrement, un rapport d’étude IDC InfoBrief commandéparmonentreprise,Unit4,asuggéréque l’IApermet de relever les principaux défis auxquels sont confrontés les directeurs financiers : accélérer la prise de décision (26 %), gérer la conformité et le risque (24 %) et devoir gérer un trop grand nombre de réunions et de rapportsmensuels (22%). Si le gain de temps et l’amélioration des résultats ne manquent pas de séduire les directeurs finan- ciers, la dépendance excessive à l’égardde l’IAet la pertede contrôle suscitent, quant à elles, des inquié- tudes compréhensibles. Le département financier n’est pas un environnement de bac à sable ; il veille sur la pierre angulaire de l’entreprise. Une IA trop ambitieuse, créée dans la précipita- tion, peut manquer de nuance dans ses prises de décision et compromettre l’entreprise. Il n’est donc guère surprenant que les directeurs finan- ciers exigent davantage des scénarios d’utilisation de l’IA. Ils ont besoin de propositions convain- cantes, présentant des avantages importants et des risques limités. Établir un « super scénario d’utilisation » Avant qu’une idée ne prenne forme, il est essentiel que l’IA repose sur des fondations solides. Pour réduire les erreurs et éviter les biais, les directeurs financiers doivent s’assurer de disposer d’une vue unifiée, en temps réel, des données de l’ensemble de l’entreprise. Ce critère est essentiel pour renfor- cer la confiance dans l’IA. Ensuite, les directeurs financiers ont tout intérêt à identifier des « super scénarios d’utilisation » pré- sentant ces trois caractéristiques : - La fonctionnalité d’IA travaille aux côtés du per- sonnel, sans le remplacer, et génère des informa- tions pertinentes et exploitables en temps réel. -L’adoption de l’IA permet au département finan- cier d’apporter une valeur plus tangible à l’entre- prise, par exemple, en identifiant desmoyens d’ac- croître l’efficacité ou d’augmenter les recettes. - L’IA renforce la résilience, élève la capacité d’adaptation de l’entreprise et encourage l’inno- vation. Un bon point de départ Les déploiements d’IA peuvent fournir une assis- tance aux équipes financières, par exemple, en leur adressant des messages d’alerte lorsque des déci- sions concernant les dépenses sont infondées. Ils permettent également d’automatiser la prise de décisions avec des informations en temps réel et de réduire les difficultés liées aux paiements, grâce à l’automatisation de la facturation et des appro- bations. Parallèlement, l’accès rapide à des données fiables, générées par IA, peut contribuer à assurer la transparence et la conformité. Toutefois, j’aime- rais vous proposer un autre super scénario d’utili- sation qui mérite d’être pris en considération. Dans le monde volatile d’aujourd’hui, l’IA peut permettre au département financier d’endosser un rôle plus stratégique, à travers la planification et l’analyse financières. En termes simples, les informations générées en temps réel par IA peu- vent aider le département financier à assurer la narration des performances et de la santé finan- cière de l’entreprise. Les solutions de planification et d’analyse finan- cières existantes, améliorées par IA, peuvent inté- grer et consolider différentes sources de données, permettant aux équipes financières d’identifier les causes profondes, les modèles cachés et les dépendances dissimulés derrière les chiffres essentiels de l’entreprise. Par ailleurs, l’IA peut aider les équipes financières en fournissant des analyses de données prédictives avancées. Elle permet de générer des scénarios et des simulations fondés sur l’évolution des condi- tions dumarché, les changements réglementaires, les facteurs opérationnels ou les problématiques affectant la chaîne d’approvisionnement. Elle peut ainsi s’avérer particulièrement utile pour aider l’en- treprise à accroître son efficacité, à gérer les risques et à s’adapter aux événements, même inattendus. Un rôle de soutien essentiel Le département financier piloté par IAde demain devrait être un endroit calme. Pour revenir à notre analogie cinématographique, l’IA n’est ni l’adversaire, ni le personnage princi- pal. Au lieu de cela, elle joue un rôle de soutien essentiel, aidant discrètement les équipes finan- cières à emprunter un chemin plus sûr vers le succès de l’entreprise. Concrètement, cela se traduit par moins de sensa- tions fortes et un plus grand nombre de scénarios prévisibles et satisfaisants. Les Oscars attendront. À quoi pourrait ressembler le « département financier piloté par IAde demain » ? Par Laurence CLAUDE, Fondatrice de Wonder Executive Image* C haque année, les tendances offrent un cadre de lecture utile pour comprendre les évolutions observables au- jourd’hui dans lemonde professionnel. Elles ne sont ni des injonctions ni des recettes, mais des in- dicateurs. Elles révèlent ce qui est désormais valorisé, attendu, ou au contraire remis en question dans la manière d’exercer son rôle, de communiquer et d’incar- ner une fonction de leadership. Pour 2026, unmouvement sedessine avec clarté, en particulier dans les environnements exécutifs et fi- nanciers:unerechercheaccruedesobriété,delisibi- lité et de cohérence. Cette évolution traverse de manièretransversalel’imageprofessionnelle,lestyle vestimentaire,laposturemanagérialeetlescodesde communication. Elle ne repose pas sur une rupture spectaculaire, mais sur une clarificationprogressive desrepèresdéjàenplace.Lestendances2026confir- ment ainsi une évolution en cours depuis plusieurs années : l’image professionnelle devient un outil de gouvernance professionnelle personnelle, bien plus qu’un simplemarqueur de style. Les tendances 2026 : annoncer clairement le cap Les tendances observées pour 2026 convergent au- tourdequelquesprincipesforts:moinsdedémons- tration,moins de contrastesmarqués, davantagede continuité,declartéetdemaîtrise.Dansuncontexte professionnel marqué par l’accélération, la com- plexitéet l’incertitude, la lisibilitédevient unevaleur stratégique. Elle concerne autant la structuration d’un discours que l’image renvoyée dans un cadre professionnel. Les dirigeants et cadres ne sont plus attendussurleurcapacitéàimpressionner,maissur leur aptitude à créer des repères stables, rassurants et cohérents. Les évolutions les plus structu- rantesnesemanifestentdoncpaspardeseffets visibles ou des codes radicalement nouveaux, mais par des ajustements subtils dans la ma- nièred’utiliseretd’incarnerlescodesexistants. Pantone : un indicateur transversal, bien au-delà de lamode Chaque année, le PantoneColor Ins- titute annonce une couleur censée refléter l’air du temps. Cette an- nonce repose sur un travail de veille approfondi, mené sur plusieurs mois, qui croise des signaux issus de do- maines variés : design, ar- chitecture, communication visuelle, environnements de travail, marketing, comportements culturels et évolutions sociétales. La couleur de l’année n’est pas pensée comme une tendance à imposer, mais comme une synthèse. Elle ne crée pas le mouvement, mais rend visible un mouvement déjà existant. Une fois annoncée, elle devient un repère partagé, que les différents secteurs inter- prètent et déclinent selon leurs propres contraintes, notamment dans les univers profes- sionnels les plus normés. DeMochaMousse àCloudDancer : une continuité assumée Les choix opérés par Pantone ces dernières années traduisent une recherche constante de stabilité et de lisibilité. MochaMousse ,uneteintebrunechaleureuse, annoncée pour 2025, exprimait déjà une volonté de chaleurmaîtriséeetdenaturalité.Pour2026,Pantone a annoncé CloudDancer , un blanc doux, nuancé. Ce choix peut sembler discret, presque évident. Il est pourtant très révélateur. Il s’inscrit dans une conti- nuité lisible, marquée par une préférence pour des couleursdurables, structurantes et rassurantes, plu- tôt que par une recherche de rupture ou de provo- cationvisuelle. Dans les environnements financiers, cettecontinuitéchromatiquerépondàuneexigence forte : créer un cadre visuel stable, compatible avec des attentes élevées enmatière de crédibilité, de sé- rieux et de gouvernance. Ce que «CloudDancer » implique concrètement dans un vestiaire exécutif Lorsqu’ontravaillel’imageetlestyleprofessionnels, desteintescommeCloudDancersontnaturellement plus simples à intégrer dans une garde-robe exécu- tivequedes couleursplus audacieuses. Elles offrent une base lisible, sobre et structurante, particulière- ment pertinentedans des contextes auxdress codes fortement normés. Pour autant, CloudDancer ne se pensepasentotallook.Laprofondeuretlecaractère d’une tenue ne viendront pas de la couleur elle- même,maisdesstructures(coupes,volumes,lignes), des matières (textures, tissages, finitions), ou de sa combinaison avec d’autres neutres ou nouveaux neutres.Lesaccessoiresdeviennentalorsl’espacepri- vilégié pour introduire de la nuance : tons sobres pourlesfonctionslesplusnormées,couleursplusaf- firmées lorsque le rôle, le contexte ou le message le permettent ; toujours dans une logique stratégique. Tailoring : continuité, mais niveaud’exigence renforcé Sur le plan vestimentaire, 2026 ne marque pas une rupture avec les tendances observées depuis 2024– 2025. Le tailoring reste la colonne vertébraleduves- tiaire exécutif. Costumes, vestes structurées, pantalons nets, manteaux architecturés demeurent incontournables, en particulier dans la finance. La différence se situe dans la précision des coupes, l’équilibre entre structure et confort, et la cohérence globalede la silhouette. Onne cherche plus une au- torité rigide ou démonstrative, mais une autorité maîtrisée, stable et durable. Le vêtement devient un support de crédibilité, au servicede laposture et du rôle, sans jamais prendre le dessus sur lemessage. Lamatière commemarqueur silencieux de statut Dans unvestiaire volontairement sobre, ladifféren- ciation passe de plus en plus par la matière. Laines froides,flanellesfines,cachemire,cuirsmatsougrai- nésdeviennentdesindicateurssilencieuxdesérieux etdemaîtrise.Pourlesdirigeantsetcadresfinanciers, cela implique un recentrage stratégique : investir moins dans la variété et davantage dans des pièces capables de tenir dans le temps, tant visuellement quesymboliquement.Laqualitéperçueresteunlan- gage à part entière. Quiet luxury, accessoires et gouvernance professionnelle personnelle La tendancedu quiet luxury s’imposenaturellement dans les environnements exécutifs. Elle repose sur une élégance discrète, sans logos ni démonstration. Lestylenechercheplusàdistinguer,maisàsoutenir. Dans ce cadre, les accessoires jouent un rôle straté- gique. Chaussures impeccables, montres aux lignes épurées,sacsstructurésetfinitionssoignéespermet- tent d’introduire de la personnalité sans rompre les codes. Chaque choix visuel répond à une intention claire.L’imageprofessionnelledevientainsiunlevier de lisibilité et participe àune formede gouvernance professionnellepersonnelle,enclarifiantleposition- nement, en soutenant la crédibilité et en installant une autorité calme, cohérente et durable. Posture exécutive : une présence plus ancrée et plus lisible Cette recherche de sobriété et de lisibilité se traduit également dans la posture. En 2026, les tendances valorisent une présence plus ancrée, plus calme, moins démonstrative. La posture exécutive ne re- pose plus sur l’affirmation constante de l’autorité, mais sur la stabilité, la maîtrise des gestes, la cohé- renceentrelecorps,laparoleetl’image.Danslesen- vironnements financiers, cette posture participe pleinementàlacrédibilitéperçue.Ellerassure,struc- ture la relation et soutient l’autorité professionnelle. Conclusion Les tendances 2026 ne dictent pas ce qu’il faudrait porter. Elles offrent un cadre. Celui d’un monde professionnel qui privilégie la clarté à l’effet, la co- hérence à la démonstration et la maîtrise à l’osten- tation. L’imageprofessionnelledemeure le support d’une réflexion stratégique. Elle s’inscrit dans une logique de gouvernance professionnelle person- nelle et accompagne un leadership plus conscient, plus lisible et durable. * laurence@wonderexecutiveimage.com www.wonderexecutiveimage.com Tendances 2026 : la sobriété comme nouveau langage du leadership Leadership, Influence, Performance
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