Agefi Luxembourg - mars 2026

AGEFI Luxembourg 4 Mars 2026 Banques / Assurances Suite page Une Cependant, les tarifs ont permis aux États-Unis de récolter plus de 170 mil- liards de dollars de recettes fiscales depuis leur instauration, ce qui a effectivement contribué à financer les mesures de réduc- tion d’impôts et le programme expansion- niste du président. Les droits de douane ont ainsi fonctionné comme un impôt indirect, politiquement plus acceptable car présenté comme étant supporté par l’étranger, alors qu’en réalité, ce sont bien les Amé- ricains qui l’ont financé. Cette taxe a donc contribué à sta- biliser le déficit budgétaire nomi- nal, qui reste proche de 2 000 milliards de dollars, et à améliorer le ratio déficit/PIB d’en- viron 1,5 point entre 2024 et 2025. Quels sont désormais les recours pour Donald Trump ? Les droits de douane constituent donc à ce jour le seul plan de financement crédible pour faire face au programme de dépenses de l’administration, dans un environnement où l’endettement et le dé- ficit du pays sont déjà dans le viseur des marchés financiers. Un abandon total de cette source de re- venus sans révision budgétaire serait, à notre sens, mal perçu par les marchés, et notamment par les marchés obligataires. C’est pourquoi, malgré l’invalidation par la Cour suprême des tarifs imposés unilatéralement sous le fondement de l’IEEPA, Donald Trump a an- noncé un nouveau tarif universel de 10 % sur l’en- semble des importations en s’appuyant, cette fois, sur la section 122 du Trade Act of 1974. Ce dispo- sitif permet au président américain d’imposer un tarif maximumde 15 %pour une duréemaximale de 150 jours. Pour prolonger cette durée, un ac- cord du Congrès serait nécessaire. Cet article de loi a été rédigé à l’origine pour permettre de corriger, via l’imposition de tarifs douaniers, un déséquilibre grave de la balance des paiements. Or, les États-Unis ne connais- sent pas de crise de balance des paiements au sens strict ; ils font face à un déficit commercial structurel. L’utilisation de cette section pourrait donc être juridiquement contestée. D’ailleurs, les juristes de la Maison-Blanche avaient déjàmis en garde l’adminis- tration Trump sur l’utilisation de cette disposition il y a un an. Cependant, au vu du temps que prennent les recours juridiques, la durée de 150 jours sera très certainement déjà écou- lée avant qu’un quelconque verdict ne soit pro- noncé, permettant à Donald Trump de remplacer, au moins temporairement, les tarifs existants. À court terme, le taux moyen pondéré des droits de douane américains passerait ainsi d’environ 13 % à 10 %, voire potentiellement à 12 % si Do- nald Trump décidait d’appliquer le maximum de 15 % autorisés par cette section 122. Mais au-delà de ces chiffres, c’est surtout l’environnement d’in- certitude qui domine désormais. En effet, après ces 150 jours, le président américain pourra s’appuyer sur d’autres articles de loi comme la section 232 du Trade Expansion Act, qui autorise des mesures pour des motifs de sécurité nationale, ou encore la section 301 du Trade Act, qui permet de lutter contre les pratiques commerciales jugées déloyales. Toutefois, ces mécanismes nécessitent des en- quêtes préalables et des justifications techniques beaucoup plus longues et laborieuses. Ils ne per- mettent plus la même réactivité politique que l’IEEPA et empêchent Donald Trump d’utiliser les tarifs comme une épée de Damoclès au-dessus de ses partenaires (ou adversaires). Quels enjeux pour lamacro et lesmarchés ? Plusieurs éléments seront à surveiller dans les pro- chains mois afin d’évaluer les impacts sur l’écono- mie américaine et sur les marchés financiers. En premier lieu, la Cour suprême a laissé en sus- pens une question cruciale : celle de savoir si les 170 milliards de dollars déjà perçus devront être remboursés ou non par l’administration améri- caine. Cela ouvre la voie à une phase contentieuse potentiellement longue et qui a d’ailleurs déjà com- mencé avec plus de 2 000 plaintes déposées. En pratique, les entreprises importatrices de- vraient déposer des demandes de remboursement auprès de l’U.S. Customs and Border Protection (CBP), l’agence chargée de la perception des droits de douane. Ces demandes pourraient ensuite faire l’objet de litiges devant la U.S. Court of Internatio- nal Trade, juridiction spécialisée dans les diffé- rends commerciaux et douaniers. En parallèle, le Congrès des États-Unis pourrait également intervenir par voie législative afin d’encadrer ou limiter les modalités de rembour- sement, compte tenu des montants potentielle- ment très élevés en jeu. Unremboursement,mêmepartiel,decesrecettesdé- graderait immédiatement la situation budgétaire du pays et obligerait le Trésor américain à émettre de nouveauxfinancementsobligataires,cequiaggrave- rait davantage la trajectoire d’endettement. Dans le même ordre d’idée, si les nouveaux tarifs ne permettaient pas de générer des recettes équi- valentes au programme précédent, le déficit et l’endettement seraient également orientés à la hausse. Les marchés obligataires, notamment sur les par- ties longues de la courbe des taux, pourraient alors exiger une prime de risque supplémentaire face à cette détérioration des finances publiques. Cela aurait pour conséquence une augmentation des taux d’intérêt et une accentuation dumouve- ment de pentification de la courbe des taux aux États-Unis. Le dollar pourrait également être de nouveau boudé par les marchés financiers. D’une manière plus générale, il faut s’attendre à davantage de volatilité sur les marchés, car la si- tuation tarifaire est devenue beaucoup moins li- sible depuis la décision de la Cour suprême, ce qui peut sembler contre-intuitif. Nous savons que Donald Trump aura besoin de ces recettes douanières pour financer ses dé- penses, et donc que de nouveaux tarifs seront mis en place, mais nous ignorons quelles sec- tions de loi seront finalement retenues et appli- quées. Ce qui semble néanmoins probable, c’est que les nouveaux tarifs soient plus ciblés, à la fois géographiquement et sectoriellement, ce qui créera davantage de disparités de performance et de volatilité entre les différents pays et sec- teurs économiques. Enfin, du fait qu’ils devront être davantage docu- mentés, étudiés et justifiés, il est possible que ces nouveaux tarifs perdurent de manière plus pé- renne dans le temps, pesant plus lourdement sur l’économie, le moral des consommateurs et celui des entreprises. Rappelons enfin que l’administration de Joe Biden n’avait jamais supprimé les droits de douane mis en place par Donald Trump sur la Chine lors de son premier mandat. Thomas VEIT, Head of Fixed Income, Senior Portfolio Manager, Spirit Asset Management Tarifman et le retour de l’incertitude commerciale A près une progression du PIB en volume attendue à 1,0 % en 2025 et 1,7 % en 2026, l’économie devrait retrou- ver un rythme de croissance légè- rement supérieur à 2 % en moyenne d’ici 2029. Le marché du travail se redresserait lente- ment, avec une augmentation de l’emploi proche de 2,0 % et un taux de chômage ramené à 5,2 % en 2029. Cette amélioration serait portée principalement par les services marchands, même si le secteur financier poursuivrait une croissance modérée. La présente actualisation des prévisions àmoyentermeprolongecellesprésentées dans la Note de conjoncture (NDC) 2- 2025,enétendantl’horizon jusqu’en2029. La trajectoire 2025-2027 reprend donc directement les chiffres publiés dans la NDC 2-2025, à l’exception de l’inflation, de l’échellemobile des salaires et du coût salarial moyen, qui ont été révisés sur la base des dernières prévisions d’inflation (STATNEWSN°5 du 9 février 2026). Contexte international : hypothèses et révisions La mise à jour des prévisions de moyen terme repose notamment sur la révision des hypothèses internationales fournies par Oxford Economics (OE). L’horizon 2025-2027 demeure inchangé et corres- pond intégralement aux prévisions publiées dans la NDC 2 2025. En revanche, les années 2028 et 2029 ont été actualisées sur base des nouvelles hypothèses. Par rapport à la précédente prévisionàmoyenterme,lacroissancedu PIBréeldelazoneeuroestdésormaisplus élevéeen2025(1,3%contre0,8%aupara- vant), mais plus faible en 2026 (0,8 % contre 1,0 %). Sur l’horizon 2027-2029, le PIB réel de la zone euro convergerait vers un rythme de croissance d’environ 1,6%. Cette révision s’inscrit dans une dyna- miquededemandede servicesplus sou- tenue en 2025 désormais estimée à 2,0% (contre 1,8 % auparavant), suivie d’un ralentissement en 2026 à 1,9 % (contre 2,1 % précédemment). À moyen terme, la croissance de la demande de services se situe autour de 2,5 % enmoyenne. S’agissant de la demande mondiale de biens, les nouvelles hypothèsesd’Oxford Economics sont légèrement plus opti- mistes à court terme : +3,0 % en 2025 (contre +1,0 % auparavant) et -0,1 % en 2026 (contre -0,7%précédemment). Pour le reste de l’horizon, OE anticipe toute- fois une croissance proche de 2,0 %, au lieu de 2,5 %dans l’exercice précédent. Les hypothèses relatives aux marchés boursiers, représentées par l’indice Euro Stoxx 50, sont légèrement révisées à la hausse pour 2026, notamment en raison d’une performance nettement supé- rieureauxattentes en2025 (10%de crois- sance annuelle). Pour les années suivantes, laprogression de l’indice boursier est en revanche légè- rement revue à la baisse (juste au-dessus de 1 %par an). Concernant les taux d’intérêt, les taux courtsdemeurentprochesde2%surl’en- semble de l’horizon (sans révision). Les taux longs, en revanche, sont désormais attendus à un niveau plus bas : 3,2 % en 2025puis 3,3%pour le restede l’horizon, soit une révision à la baisse d’environ 0,2 point de%enmoyenne. Enfin, les hypothèses sur les prix de l’énergie sont revues à la baisse. Le prix du pétrole convergerait ainsi vers 72 USDlebaril en2029, contre 75USDdans la projection précédente. Activité : perspectives pour le Luxembourg Du côté des comptes nationaux, aucune nouvelle donnée annuelle n’a été intégrée depuis la NDC 2-2025. La première estimation pour l’ensemble de l’année 2025 sera publiée début mars 2026. Comme annoncé dans la NDC 2-2025, le STATEC a maintenu sa prévision de croissance du PIB à 1,0 % pour 2025, mais abaissé celle pour 2026, de 2,0 % à 1,7 %. Cette révision reflète la détérioration de l’environnement externe (notam- ment la croissance plus modérée en zone euro et le ralentissement anticipé pour la demande de services). Sur l’ho- rizon à moyen terme (2027 à 2029), la croissance moyenne du PIB est abais- sée marginalement de 2,3 % à 2,2 %. Cette révision s’explique par une crois- sance potentielle légèrement plus faible et des perspectives à moyen terme moins favorables : une croissance plus modérée du PIB en zone euro, une demande étrangère de services moins vigoureuse et un environnement bour- sier peu dynamique. Les composantes duPIB réel ne sont que marginalement ajustées. La consomma- tion finale des ménages progresserait à un rythme légèrement inférieur à 2%en moyenne. L’investissement total resterait orienté à la hausse, avec une croissance proche de 5 %par an enmoyenne. La consommation publique demeure- rait dynamique, légèrement supérieur à 3%enmoyenne, en lien avec une pro- gression des effectifs du secteur public plus importante qu’anticipé auparavant. Le commerce extérieur serait moins dynamique que par le passé pour le Luxembourg, mais afficherait une reprise graduelle vers des rythmes supérieurs à 3 % par an en moyenne, tant pour les exportations que pour les importations de biens et services. Du côté de la production, la valeur ajoutée brute (VAB) du secteur financier reste- rait sur l’horizon sur un rythme de croissance autour de 1,5%enmoyenne. La VAB du secteur non financier mar- chand augmenterait à un rythme légè- rement supérieur à 2,5 % en moyenne, en amélioration par rapport à la ten- dance des années récentes, portée par une demande internationale de services plus dynamique. Àmoyen terme, les émissions de gaz à effet de serre diminueraient de plus de 7%par an, sous l’effet de l’électrification croissante et de la baisse des livraisons de produits pétroliers, marquant une transition vers une consommation éner- gétique moins intensive en carbone. Marché du travail : emploi et chômage Après unnet refroidissement dumarché du travail entre 2023 et 2025, avec une croissancede l’emploi total limitée àprès de 1 % et un taux du chômage appro- chant 6%en2025, une améliorationpro- gressive est attendue àmoyen terme. La croissance de l’emploi remonterait gra- duellement pour se rapprocher de 2 % en 2029, tandis que le taux de chômage reculerait pour atteindre 5,2 %. En termes de composition, l’emploi des résidents progresserait autour de 1,6 % à l’horizon 2029 et celui des frontaliers entrants d’environ 2,3 % en moyenne. Bien qu’il s’agisse d’un redressement marqué par rapport au point bas de 2024, ces rythmes demeurent nettement inférieurs à ceux observés entre 2000 et 2019, période où la croissance moyenne de l’emploi des résidents dépassait 2 % et celle des frontaliers 4 % par an. En cohérence avec le ralentissement du marché du travail, les entrées migra- toires se sont également tassées, notam- ment depuis 2024, pour s’établir à un peu plus de 22 000 personnes en 2025, tandis qu’environ 17 000 personnes ont quitté le pays. Le solde migratoire devrait toutefois repartir à la hausse, portant la croissance de la population d’environ 1,0 % en 2025 à 1,6 % en 2029. Inflation et salaires L’inflation au Luxembourg en 2026 et 2027 serait freinée par des effets de base négatifs liés à la composante éner- gétique. La baisse des prix de l’électri- cité conjuguée au recul des prix du pétrole, à l’appréciation de l’euro, ainsi qu’à la baisse attendue des prix du gaz, exerceraient une pression désinflation- niste marquée. Dans ce contexte, les prix de l’énergie reculeraient de 6,3 % en 2026 et de 3,5%en 2027, contribuant significativement au ralentissement de l’inflation globale. À l’inverse, les tensions sur l’inflation hors énergie se renforceraient tempo- rairement en 2026. Dans ce contexte, la hausse attendue des prix alimentaires ainsi qu’une inflation soutenue des ser- vices contribueraient à une inflation sous-jacente élevée en 2026 (2,2 %). L’inflation générale au Luxembourg serait de 1,8 % en 2026 et conserverait ce niveau en 2027. Selon ces prévisions, la prochaine indexation des salaires s’appliquerait au 2 e trimestre 2026, sui- vie d’une nouvelle tranche au 3e tri- mestre 2027. À moyen terme, l’inflation devrait se stabiliser autour de 2%, en ligne avec la cible de la Banque centrale européenne. L’espacement des tranches indiciaires limiterait les hausses salariales directe- ment liées à l’évolution des prix (à l’in- verse de ce qui s’est produit en 2023 où trois tranches ont été déclenchées) réduisant ainsi les potentiels effets de second tour sur l’inflation. Par ailleurs, le coût salarial demeure- rait sur une progression encore supé- rieure à 3 % en 2026 (pour la sixième année consécutive), mais celle-ci tom- berait ensuite dans une zone plus proche des 2 % par an. Source : STATEC Projections à moyen terme du STATEC Le Luxembourg sur la voie de la reprise entre 2025 et 2029 920 82 2 2 2.3 )eumlon veB ( IP ficpésu (o %n eontiuolvE 520 420 4022-5 199 2 2 2.9 0.4 1.0 t) nemmeréffi éi d 0 7 6202 202 2 1.7 2.1 2. 5.8 1.5 2.3 )MED A.é f de, ivtc a.po p e la d%( e gmaôhe c dxuaT r ieu ért l inatoi t lompE 3.0 1.0 1.1 4.6 5.8 5.9 Prix à la consommation (IPCN) 2.1 2.1 2.2 Echelle mobile des salaires 2.0 2.5 1.7 Coût salarial moyen 3.1 3.5 3.6 Emissions de gaz à effet de serre 1 - - - 8.1 7.4 7.8 4.0 1.6 1.8 1.9 1.9 5.8 5.6 5.4 5.2 1.8 1.8 1.9 2.3 2.3 1.9 1.9 2.3 3.3 2.0 2.1 2.5 - - - - Résumé des prévisionsmacroéconomiques pour le Luxembourg

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