Agefi Luxembourg - mars 2026
Mars 2026 3 AGEFI Luxembourg Banques / Assurances Suite pageUne La conséquence a été une envolée des prix du pétroleetdugaz,àrespectivementplusde95dol- lars le baril de Brent et 50 euros leMWh, alimen- tantlescraintesd’unnouveauchocpétroliereténer- gétiquesusceptibledeconduireàunepériodede stagflation, comme en 2022 ou dans les années 70. Les marchés semblent partager cette inquiétude : depuis le 2 mars, on observe une baisse conjointe des marchés actions (MSCI ACWI : –1,5 % en euros) etobligataires(BloombergGlobal Aggregate : –0,3 % en euros), phénomène typiquedesphases de stagflation. Est-ce réaliste ? Cela dépendra de l’intensité et de la durée du conflit. Toutefois, compte tenudu rapport de force régional, favorable à Israël et aux États-Unis, et de la réticence améri- caine à déployer des troupes au sol, il ne s’agit pas de notre scénario central. Une situation temporaire- ment similaire à celle de 2022 ne peut être exclue, mais un choc comparable à celui des années 70 est très improbable : le contexte énergétique mondial est aujourd’hui fondamentalement différent. Vers unnouveau choc pétrolier/énergétique ? La situationactuellen’a eneffet rienàvoir avec celle des années 70. À l’époque, le pétrole représentait près de 50 % de l’énergie primaire mondiale et le Moyen-Orient en était le principal producteur. L’embargo de 1973 avait entraîné une pénurie et une hausse des prix de plus de 1 000 % en une décennie, provoquant des perturbations majeures — comme la circulation alternée des voitures — ainsi qu’une profonde récession et une forte infla- tion. Les banques centrales, à l’instar de la Réserve fédérale US de Paul Volcker, avaient alors répondupar d’importantes hausses de taux au début des années 80. Aujourd’hui, le mix énergétique est bien plus diversifié grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables, développés précisé- ment à la suitedes chocspétroliers. Lepétrole pèse désormais moins de 30 % de la pro- duction mondiale d’énergie primaire etsaproductionestbeaucoupplusdis- persée, les États-Unis étant passés du statutdepremierconsommateuràcelui de premier producteur. De plus, avant le conflit, les coursdupétrole évoluaient à la baisse en raison d’un excédent de production de 3,5 millions de barils par jour, et l’OPEPdisposede capacités excé- dentaires estimées à 5 millions de barils parjour,dequoicompenseraisémentuneéventuelle disparition du pétrole iranien (environ 1,5 million de barils par jour). Touscesélémentsplaidentpourunestabilisationdes cours du brut, à condition toutefois que le conflit ne monte pas en intensité et qu’une fermeture durable dudétroit d’Ormuz ne se produise pas, ce qui pous- serait le pétrole au-delà des 100 dollars et pourrait entraîner une récession mondiale. Le gaz constitue un autre canal de transmission potentiel, comme en 2022. Toutefois, la situation est ici plus favorable : alorsque laguerremenéepar laRussie enUkraine a entraînél’arrêtde144milliardsdemètrescubes(bcm) de gaz russe livrés par pipeline, aujourd’hui le volumeenjeuestd’environ110bcm/anetl’interrup- tion ne devrait être que temporaire. Par ailleurs, l’Europe, la région la plus exposée, a réduit sa dépendance au gaz de 16 %, notamment grâce aux énergies renouvelables, et diversifié ses sources d’approvisionnement —notamment via les États-Unis. En outre, elle dispose de stocks mieux régulés ainsi que demécanismes d’achats groupés. Le conflit auMoyen-Orient a fait passer lesmarchés enmode « stagflation » Dans ce contexte, toutes choses égales par ailleurs, les conséquences économiques et financières du conflit actuel devraient être plus limitées que celles des années 70 et de 2022. Il n’en reste pasmoins que l’incertitude actuelle devrait alimenter la volatilité sur les marchés pétroliers et financiers pendant un certain temps, d’autant que ces tensions géopoli- tiques s’ajoutent à un climat déjà fragilisé par les interrogations autour de l’impact de l’IAsur les éco- nomies et les entreprises. Par prudence, nombre d’investisseurs sont déjà pas- sésen«modestagflation»,réduisantsimultanément leurexpositionauxactionsetauxobligations.Ilssont conscients que les crises auMoyen-Orient ont histo- riquementétééprouvantespourlesmarchés:leS&P 500 a perdu 36 % au début des années 70, puis 48 % en 1974, 19% en 1979 et a également connu des cor- rectionssubstantielleslorsdesdeuxguerresduGolfe. Pour autant, quitter totalement les marchés pour se remettre en liquidités serait probablement la pire décision, notamment si l’on tient compte du risque inflationniste. D’autant que les rebonds ont toujours été plus rapides et plus intenses : +74 %, +126 % et +229 % des années 70 et 80. Ces épisodes rappellent qu’il ne faut pas céder à lapanique. Ce typed’événe- ment géopolitique a historiquement eu un impact limitédansletempsetresterinvestidemanièrediver- sifiée s’est révélé bien plus efficace que de rester en cash. À titre d’exemple, après les deux guerres du Golfe, un portefeuille diversifié affichait une sur- performance moyenne de 13,5 % après un an et de 28,6 % après trois ans par rapport aux liquidités. Quelle diversification dans l’environnement actuel ? Dans ce contexte, il est essentiel de tirer les enseigne- ments des périodes de stagflation passées pour gui- dernoschoixd’allocationtactique.Lesphasesdestag- flation—ou de craintes de stagflation, comme dans les années 70, en 2022 ou depuis début mars — ont toutes été marquées par une baisse simultanée des actionsetdesobligations,rendantinopéranteladiver- sificationpassive. Il faut donc réduire la directionna- lité du portefeuille en adoptant une position neutre sur les actions et les obligations, tout en gérant acti- vement chaque poche d’actifs. Du côté des actions, il convient de privilégier les sec- teurs capables de fixer leurs prix grâce à une demande inélastique : les soinsde santémais aussi la technologie — en particulier les logiciels. Ces entre- prises fonctionnent de plus en plus sur des modèles d’abonnement, que ce soit pour le cloud ou les logi- ciels de bureautique, avec des revenus récurrents oscillant entre 60 % et 90 %, ce qui les rend relative- ment peu sensibles au cycle. Chez les géants du sec- teur commeMicrosoft ouOracle, lapart des revenus récurrents tourne autourde 75%. Par ailleurs, ce sec- teur a fait l’objet d’un mouvement de défiance exa- géré et sa valorisation est devenue plus attractive, avec un ratio cours/bénéfices passé de 24 à 22. Au seinde la poche obligataire, il faut privilégier des maturités courtes pour limiter l’impact d’unehausse des taux, ainsi que des obligations offrant des cou- ponsplus élevés, susceptiblesd’amortir cettehausse. Ces caractéristiques se retrouvent notamment dans lesobligationsd’entreprises,qu’ellessoient investment grade ou high yield . Enfin, il est indispensable d’élargir l’exposition au- delàdes classesd’actifs traditionnelles, versdes actifs dits « réels », plus tangibles : matières premières — en particulier l’or —, infrastructures ou immobilier, dont lesfluxde trésorerie sont généralement indexés sur l’inflation. Vincent JUVYNS, Chief Investment Strategist ING D’un scénario « Goldilocks » à celui de « stagflation » ? L e Luxembourg soutient l’action coor- donnée de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) visant àmettre sur le marché une partie des stocks stratégiques de pétrole afinde stabiliser lesmarchés et ga- rantir la sécurité d’approvisionnementmon- diale. Dans un contextemarqué par les tensions auMoyen-Orient et les perturba- tions du trafic dans le détroit d’Ormuz, le Grand-Duché affiche sa solidarité avec les autres paysmembres de l’organisation. Le11mars, les 32Étatsmembresde l’AIEont décidé à l’unanimité demettre progressivement en circula- tion jusqu’à 400millionsdebarilsdepétrole issusde leurs réserves d’urgence. Cette action collective vise à atténuer les tensions sur le marché mondial du brutetàcompenserlesperturbationsdutransiténer- gétique provoquées par le conflit au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz, un point straté- gique du commercemondial de l’énergie. L’initiative intervient alors que les marchés pétro- liers restent volatils. Les prix du brut ont fortement progressé depuis le début du conflit, les investis- seurs redoutant des perturbations durables de l’ap- provisionnement. Endébut de semaine, la perspec- tive d’un recours aux réserves stratégiques avait toutefois contribué à faire retomber les cours après un pic avoisinant les 120 dollars le baril. Fondée en 1974 à la suite du premier choc pétrolier pour ren- forcer la sécurité énergétique des pays industriali- sés, l’AIE dispose aujourd’hui d’importantes réserves mobilisables en cas de crise. Les États membres détiennent plus de 1,2 milliard de barils de stocks publics d’urgence, auxquels s’ajoutent environ 600 millions de barils détenus par l’indus- trie sous obligation gouvernementale. Selon le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, les défis actuels sur le marché pétrolier sont « d’une ampleursansprécédent»,cequijustifielelancement d’uneactioncollectived’urgenced’uneampleuriné- dite. Ladécisionconstitue laplus importantemobili- sation de stocks jamais décidée par l’organisation. Dans le cadre de la procédure prévue par l’AIE et à la suite des échanges avec les partenaires européens, legouvernement luxembourgeois seprononcera sur une éventuelle mise en circulation d’une partie des stocks de sécurité du pays ainsi que sur les volumes concernés. À ce stade, aucune difficulté d’approvi- sionnementn’aétéconstatéesurleterritoirenational. Leministre de l’Économie, des PME, de l’Énergie et du Tourisme, Lex Delles, a souligné que le soutien duLuxembourgà cette initiative collective témoigne de l’engagement du pays envers la solidarité inter- nationale. Selon lui, l’action coordonnée de l’AIE contribue à limiter la hausse des coûts du pétrole et à garantir la sécurité d’approvisionnement, notam- ment dans les régions dépendantes des flux transi- tant par le détroit d’Ormuz. Cette voie maritime constitue un passage stratégique pour l’économie mondiale : environ20millionsdebarilsdepétrole et deproduitspétroliersy transitent chaque jour. Toute perturbation prolongée dans cette zone peut avoir des répercussions importantes sur lesmarchés éner- gétiques internationaux, enparticulier pour les pays asiatiques très dépendants de ce corridor maritime. Plusieurs grandes économies ont déjà annoncé leur participation à l’opération. Le Japon prévoit de débloquer environ 80millions de barils issus de ses stocks publics et privés, tandis que l’Allemagne contribuera à hauteur de près de 20 millions de barils. Le Royaume-Uni devrait pour sa part libérer environ 13,5 millions de barils. Les États-Unis et le Japondevraient figurer parmi les principaux contri- buteurs. Selon plusieurs sources diplomatiques, Washington a joué un rôle déterminant dans l’accé- lération de cette décision. Les autorités américaines plaident pour une utilisation rapide des réserves stratégiques afin de limiter la hausse des prix du pétrole et de rassurer les marchés. Les ministres de l’Énergie du G7 avaient d’ailleurs indiqué la veille soutenir l’utilisation de ces stocks pour répondre à la situation actuelle. Malgré l’an- nonce de cette initiative, lesmarchés pétroliers res- tent prudents. Certains acteurs estiment que l’effi- cacité de l’opération dépendra surtout du rythme auquel les stocks seront libérés. Par exemple, la mise sur lemarché de 100millions de barils sur un mois représenterait environ 3,3 millions de barils par jour, soit une fraction des quelque 20 millions de barils transitant habituellement chaque jour par le détroit d’Ormuz. L’ampleurde l’opérationdépasse largement lespré- cédentes interventions de l’AIE. Lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, l’organisation avaitmobilisé environ182millionsdebarils endeux étapes. Levolume annoncé représentedoncplusdu double de cette réponse d’urgence. Plus largement, la situation actuelle rappelle la vul- nérabilité persistante de l’Europe face à sa dépen- dance aux importations d’énergies fossiles exposées à des risques géopolitiques. Pour le Luxembourg, cet épisode souligne l’importanced’accélérer la tran- sitionénergétiqueafinderenforcerlarésilienceéner- gétique nationale et européenne à long terme. Source : avec Reuters et ministère de l'Économie Le Luxembourg soutient la mobilisation des réserves pétrolières de l’AIE ©Freepik ,QTGFQ WJFHM QTHFQ JILJ 3 %H\RQG Q ULYDWH 5LVL J DERYH FR JH ZLWK O DO FODUL T( \XLW W PSOH[L \ W\
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