Agefi Luxembourg - janvier 2026

AGEFI Luxembourg 28 Janvier 2026 Fonds d’investissement L e terme wealthy est omnipré- sent dans les discours finan- ciers. Il recouvre pourtant des réalités hétérogènes. Derrière l’éti- quette, un marché mondial en recom- position, porté par la création de richesse, la concentration patrimo- niale et une transformation rapide des attentes des clients. Les don- nées récentes permettent d’en dresser une cartographie claire et d’identifier les dynamiques structurantes à l’œuvre. Définitions et segmentation : de quoi parle-t-on ? Le wealth se définit avant tout par le patri- moine, et non par le revenu. Les grandes études internationales retiennent une approche fondée sur les actifs détenus, selondes conventions désormais largement partagées. Quatre segments structurent classiquement les ni- veaux : - Le mass affluent regroupe des ménages dispo- sant d’un patrimoine financier significatifmais en- core très limité. Les besoins restent largement standardisés. - Les affluent, ou emerging wealthy , correspondent à une phase de bascule. Le patrimoine atteint le seuil à partir duquel apparaissent des enjeux de structuration, de fiscalité et de diversification inter- nationale. - LesHNWI ( High-net-worth Individuals ) sont définis comme les individus disposant d’aumoins unmil- lion de dollars d’actifs liquides à investir. Ils consti- tuent le cœur historique du wealthmanagement. - LesUltraHNWI ont unpatrimoine important qui se valorise au-delà de 30millions de dollars consti- tués par plusieurs générations dans des multi juri- dictions. La méthodologie de l’estimation du patrimoine n’est toutefois pas neutre. Les rapports distinguent le net worth du concept des actifs à investir, qui ex- clut généralement la résidence principale et certains actifs non financiers. Cette distinction conditionne les comparaisons internationales et peut masquer des écarts importants selon la structure patrimo- niale des ménages. Taille et géographie : où se concentre la richesse ? Les données confirment une tendance de fond : la richesse mondiale pro- gresse, malgré des phases de volati- lité. Après le repli de 2022, la richesse globale a rebondi en 2023. La crois- sance a été positive dans la majo- rité des régions, y compris en termes réels, une fois l’inflation prise en compte. Les États-Unis concentrent de loin le plus grand nombre de millionnaires. Près de 40%des individus disposant d’un pa- trimoine supérieur à un mil- lion de dollars y résident. La Chine continentale arrive en deuxième position, devant leRoyaume- Uni. Cette hiérarchie illustre le poids structurant des grands marchés domestiques. La lecture régionale apporte toutefois des nuances. L’Asie-Pacifique est la zone où la richesse a le plus progressé depuis la crise financière de 2008. Cette dynamique s’est accompagnée d’une hausse ra- pide de l’endettement, enparticulier dans certaines économies émergentes. L’Europe présente un profil plus contrasté. La ri- chessemoyennepar adultedemeure élevée,mais la croissance est plus lente et hétérogène. Les effets de change jouent un rôle significatif dans les comparai- sons, notamment entre zones dollar et euro. Dynamiques de croissance : marchés, concentration et internationalisation La croissance du wealth management repose sur deuxmoteursdistincts: Lepremiermoteur est l’effet desmarchés. Lahaussede lavaleur des actifs finan- ciers et immobiliers alimente mécaniquement la progression des encours sous gestion. Les phases de rebond boursier se traduisent par une augmentation rapide des AUM, sans création de ri- chesse nouvelle au sens strict. Le second moteur est la croissance organique, liée à l’épargne, à l’entrepre- neuriat et à la transmission patrimoniale. Sur le long termecefacteurestdéterminantpourlastructuration dumarché.Unconstatressortnettementdesdonnées del’OCDE:laconcentrationdupatrimoinedemeure très élevée. Enmoyenne, les 10 % les plus riches dé- tiennent environ la moitié du patrimoine total dans les pays développés. Les actifs financiers sont encore plus concentrés au sommet de la distribution. Cette concentration soutient mécaniquement la croissancedes segmentsHNWI etUHNWI. Elle fa- vorise également l’internationalisation des patri- moines. Les flux cross-border se multiplient, portés par la recherche de diversification juridique, fiscale et financière. Dynamiques de besoins et de produits : vers plus de sophistication L’évolutiondes besoins s’inscrit dans un environne- mentderendementsplusincertains.Larecherchede performance demeure centrale, mais elle s’accom- pagned’une attentionaccrue aurisque, à la liquidité et à la structuration. Les solutions standardiséesper- dent en attractivité au profit d’approches personna- lisées. Les private markets occupent une place croissante dans les allocations. Private equity, dette privée et actifs non cotés répondent àunedouble at- tente : diversification et recherche de rendement dans un contexte de normalisationmonétaire. Parallèlement, ladigitalisation transforme la relation client. Les outils numériques gagnent du terrain, tant pour le reportingquepour l’allocationet le suivi patrimonial. Les premiers usages de l’IAgénérative visent à améliorer la productivité des équipes et la qualitéduconseil, sans remettre encause le rôle cen- tral de l’expertise humaine. Dynamiques intergénérationnelles : le choc de la transmission Le facteur le plus structurant pour les décennies à venir reste la transmission patrimoniale. Les esti- mations convergent vers un transfert massif de ri- chesse au cours des vingt à trente prochaines années. Une part significative s’opère d’abord au seindes couples, avant de bénéficier à la génération suivante. Les montants en jeu se chiffrent en di- zaines de milliers de milliards de dollars à l’échelle mondiale. Les travauxde l’OCDEmontrent que les héritages et donations contribuent à renforcer la concentrationpatrimoniale. Lesménages déjà aisés reçoivent des montants plus élevés et plus fré- quents que les autres. Pour les acteurs duwealthmanagement, l’enjeu est majeur. La transmission constitue aussi unmoment de risque commercial. Les héritiers n’ont pas néces- sairement les mêmes attentes, ni les mêmes réfé- rences, que la génération précédente. Le risque de perte de clients est réel. Anticiper ces transitions de- vient un avantage compétitif clé. Implications business : unmarché plus sélectif Toutes les clientèleswealthnevalent pas lapeine en termes de rentabilité et de stabilité. Les segments HNWI et UHNWI concentrent l’es- sentiel de la valeur économique. Ils justifient des investissements élevés en expertise, en ingénierie patrimoniale et en solutions sur mesure. À l’in- verse, lemass affluent repose sur desmodèles plus industrialisés, à faible marge unitaire. Les canaux gagnants sont ceux capables d’orchestrer des éco- systèmes complexes. Banques privées internatio- nales, family officers et plateformes spécialisées tirent parti de leur capacité à intégrer conseil, struc- turation et accès à une large gamme de solutions d’investissements et de ingénieries patrimoniales. Côté produits, la segmentation est nette. Les solu- tions liquides dominent encore les portefeuilles intermédiaires. Les patrimoines plus élevés privi- légient une combinaison d’actifs liquides, de non cotés et de solutions structurées, avec un arbitrage fin entre rendement voir performance, maîtrise du risque et horizon de placement. Conclusion Le wealth landscape ne se résume pas à une accumu- lation d’actifs. Il reflète des dynamiques écono- miques, sociales et générationnelles profondes. Croissance de la richesse mondiale, concentration patrimoniale, internationalisationet transmission re- dessinent les contours dumarché. Pour les acteursduwealthmanagement l’enjeun’est plus seulement de capter des encours. Il est de com- prendre ces dynamiques, d’anticiper les ruptures et de s’adapter àune clientèleplus exigeante, plusmo- bile à l’internationale. Diana DIELS, Président LUXEMBOURG FOR FAMILY OFFICE https://luxembourgforfamilyoffice.lu/ Wealth management : cartographie d’un marché en recomposition By Leïla KAMARA, Kamara Advisory* O n 4 December 2025, the Euro- pean Commission appro- ved a set of measures known as the “Market Integra- tion Package” (2025/0383). The package consists of proposals designed to enhance European competitiveness by providing “its citizens with greater ac- cess to financial instruments to grow their wealth”. Drawing upon these decisions and recent articles published on the “Retailization” trend, this article examines the potential for retail in- vestors within the sustainable financemarket. The trend of retailization ― referring to the increased access for retail investors to alternative assets and strategies historically limited to Institutional In- vestors―has been expanded since approximately 15 years (O’Brien et al.,2025). The Market Integration Package The Market integration package is a suite of mea- sures fully integrated into the Savings and Invest- ments Union (SIU), as announced by the European Commission on 19 March 2025. The strategy’s primary goal is to better connect indi- vidual savings with investment needs. Currently, European citizens hold about €10 trillion in bank deposits; meanwhile, investment needs are esti- mated at €800 billion per year by 2030, largely to support SMEs and innovative companies. In the context of significant markets fragmentation and a lack of competitiveness, the EU is missing out on potential economies of scale. According to the European Commission Press Release (4 De- cember 2025), “in 2024 the market capitalization of stock exchanges amounted to 73% of EU GDP, compared to 270% in the US.” Conversely, the US National Security Strategy (November 2025) noted that Continental Europe’s “has been losing share of global GDP — down from 25 percent in 1990 to 14 percent today — partly owing to national and transnational regulations that under- mine creativity and industriousness”. The Proposal emphasizes technolog- ical innovation, specifically Dis- tributed Ledger Technology (DLT), to transition from traditional cen- tralized systems to decentral- ized databases like blockchain. The initiative aims at facili- tating investors’ access to a wide range of investment opportunities and enabling companies to raise cross- border capital. Another key initiative is to transition from national rules to a unified European trading venue―“single rule book”―facilitating the admission of securities and new members across borders. In addition, the amendments streamline the Marketing regulation enabling UCITS, AIFMs, EuVECA and EuSEF manage- ment companies to comply with a single rule, eliminating country-specific hurdles. These amendmentswould directly enable quicker access to a broader range of financial instruments. NewAsset Classes in Sustainable Finance As part of the SIU strategy, Defense has become a priority sector. Investment in defense is now in- cluded in the European Sustainable Develop- ment Plan. While the Green Deal (2019) focused on climate neutrality by 2050, recent geopolitical shifts have expanded the scope of sustainable in- vestment. Thus, in accordance with the Clean In- dustrial Deal (January 2025), the Commission issued the InvestEU omnibus proposal (26 Febru- ary 2025). This proposal (1) mobilizes an addi- tional €50 billion in investment; (2) reduces reporting requirements; and (3) includes Defense as an eligible sector. This shift is supported by the Defense Readiness Omnibus (17 June 2025), which clarified the defi- nition of excluded assets. While “controversial weapons” were explicitly forbidden for Paris- aligned Benchmarks, their status regarding active management within sustainable investments re- mained ambiguous. The updated scope now fo- cuses strictly on “prohibited weapons”—those banned by international arms conventions to which EU Member States are signatories. This clarity is intended to help the EU mobilize €800 billion in defense spending between 2026 and 2030. Furthermore, the SFDR 2.0 proposal (2025/0361) aligns its exclusions with these Om- nibus definitions and introduces measures to re- duce the reporting burden for asset managers by removing certain Principal Adverse Impact (PAI) indicators. Simplified andAdvantageous TaxTreatment As part of the SIU strategy, on 30 September 2025, the Commission introduced the initiative Savings and InvestmentAccounts (SIA). Given that EU cit- izens have some of the highest savings’ rates in the world, the SIA aims to encourage retail investors to fund strategic priorities like the digital, green, social and defense transitions. To stimulate this, the proposal includes (1) Tax ex- emptions applied directly to the SIA; (2) Tax de- ductions on the income injected into the SIA; and (3)Access to alternative instruments by removing barriers to capital movement across EU, to enable households diversify their portfolios in infrastruc- ture projects, unlisted companies, and start-ups. Barometers to Measure the Growth of Retailization The growth of European Long-Term Investment Funds (ELFTIs) is a strong barometer of retail in- terest in alternatives. While the initial 2015 regu- lation struggled ― reaching only €2.4 billion in Asset Under Management in 2021 ― the ELTIF 2.0 (2023/606) framework streamlined require- ments to make themmore attractive and accessi- ble to the retail market. The initial ambition of such funds seems to reach its goal to contribute to “steering Europe onto a path of smart, sustainable and inclusive eco- nomic growth by raising and channeling capital towards long-term projects in the real economy, including towards investments that promote the European Green Deal” (ALFI, 2020). Indeed, 55 new funds were recorded in one year representing an estimatedmarket of €20.5 billion by the end of 2024. In the first three quarters of 2025, 82 additional ELTIF were launched, with Luxembourg leading as the primary domicile with 44 new products. (Scope Fund Analysis re- port, 2025). The retailization of finance is also manifesting in new products, such as the Luxembourg Defense Bond launching in January 2026. Accessible for as little as €1,000 with a 3-year maturity, it offers tax exemptions for residents. The rise of digital platforms like Trade Repub- lic—which now serves 10 million customers across 18 countries—facilitates this trend. By of- fering commission-free access to international markets, these platforms have mainstreamed the concept of “liquid alts” (liquid alternatives) over the last years. This infrastructure, combinedwith new regulatory frameworks, suggests a future “boom” in retail participation in previously re- stricted asset classes. Key Take Aways Consequently, the EU is unlocking a €10 trillion opportunity by redirecting stagnant deposits to- ward the real economy, bridging the gap with €800 billion annual investment needs. As a legal game-changer, the Defense Readiness Omnibus removes the “grey zone” of investment, providing certainty to fund managers regarding the inclu- sion of defense sector in sustainable portfolios. The upcoming SFDR delegated regulationwill signifi- cantly reduce the administrative burden on asset managers. The retailization trend is already here, and further initiatives will incentivize its growth through tax advantages, confirming the significant potential for sustainable investment from a finan- cial perspective. * Leïla Kamara, Doctor of Business Administration, Associate Re- searcher at the Business Science Institute, and Founder of Kamara Advisory—a Social Impact Company accredited by the Grand Duchy of Luxembourg to promote sustainable investment with en- vironmental impact. “Retailization”: What Opportunities for Sustainable Finance?

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