Agefi Luxembourg - juin 2026

AGEFI Luxembourg 28 Juin 2026 Fonds &Marchés Par Candice BOCLÉ, Directrice Investissement Responsable Mandarine Gestion E xpression d’un désintérêt assumé pour l’avenir, « Après moi le déluge » illustre la myopie d’une gouvernance peu exposée aux risques climatiques, notamment aux séche­ resses et aux inondations. L’eaumonte, la gouvernance reste sèche Selon l’ONGbritanniqueChristian Aid, les dix plus grosses catas­ trophes climatiques de 2025 ont coûté aumoins 120milliards de dol­ lars (près de 102 milliards dʹeuros) (1) . Ce bilan sʹélevait à plus de 200 milliards de dollars en 2024. Le changement climatique se manifeste d’abord par l’eau : trop d’eau, ou pas assez. Parmi les risques systémiques qui s’accumulent dans de nombreuses régions du monde, la disponibilité de l’eau s’impose désormais comme l’un des plus cri­ tiques. Inondations, sécheresses, salinisation des sols, tensions sur les nappes phréatiques, fonte des glaciers…l’eau est devenue le premier vecteur visi­ ble du dérèglement climatique. Pourtant, malgré son rôle central, le stress hydrique reste souvent sousestimé, comme si cette ressource essentielle était infinie ou indéfini­ ment substituable. En 2023, les inondations en Italie ont généré plus de 6 milliards d’euros de pertes économiques (2) . Plus récemment, comme l’ont montré les dernières inondations dans la ville de Valence en Espagne, il arrive que les gouver­ nements aient besoin dʹune catastrophe pour changer les habitudes. La gestion de l’eau souffre d’un décalage entre les besoins d’investissement et les horizons politiques. Les infrastructures vieillissantes, la surexploitation des nappes et l’absence de planification hydrolo­ gique à long terme aggravent la vulnérabilité des territoires. Lʹadaptation doit être considé­ rée non seulement comme une question environnementale, mais aussi comme un enjeu de résilience économique et financière. Le défi majeur consiste à orienter les financements vers les zones les plus exposées. Parmi les exemples de fragilités structurelles, on retrouve la France, où environ 20 % de l’eau potable est perdue dans les fuites de réseau (3) , les ÉtatsUnis, où de nombreuses infrastruc­ tures datent des années 1950 (4) , entraînant des ruptures fréquentes ; l’Espagne, où la surexploi­ tation agricole a fragilisé des zones protégées comme Doñana (5) . Ce déficit d’an­ ticipation accroît le risque pour les entreprises et, par extension, pour les investisseurs. La sécheresse avance, les entreprises piétinent L’eau est aujourd’hui l’un des risques environne­ mentaux les plus tangibles pour les entreprises. Les manifestations hydriques du changement clima­ tique affectent directement les chaînes de valeur, les coûts opérationnels et la continuité d’activité. Parmi les sociétés les plus exposées, on retrouve TSMC, leader mondial de la fabrication des semi­ conducteurs. La sécheresse de 2021 a nécessité l’acheminement d’eau par camionsciternes pour maintenir la production de puces. L’entreprise a depuis renforcé ses capacités de recyclage et diver­ sifié ses sources d’approvisionnement. Par ailleurs, du côté de CocaCola (en Inde), plu­ sieurs sites ont été fermés en raison de conflits locaux liés à l’accès à l’eau. Les communautés esti­ maient que l’entreprise utilisait trop de ressources hydriques, ce qui a généré des tensions sociales et un risque réputationnel majeur. Plus proche de nous, pour BASF (Groupe chimique allemand), les niveaux historiquement bas du Rhin ont perturbé le transport fluvial, entraînant des interruptions de productionet des surcoûts logistiques. Ces casmon­ trent que l’eau est un risque opérationnel direct, mais aussi un risque stratégique. Un risque amplifié par les dynamiques technologiques et géopolitiques L’essor desmodèles d’intelligence artificielle génère une demande énergétique massive… et une demande en eau tout aussi importante. Le refroi­ dissement des data centers nécessite des volumes considérables. Selon certaines estimations (6) , un seul entraînement de modèle de grande taille peut consommer autant d’eau qu’une ville de 10 000 habitants en une journée. Plusieurs acteurs technologiques, dont Microsoft, Google etMeta (7) ont enregistré une augmentation de 20 à 40%de leur consommation hydrique dans certaines régions depuis 2022. Cette évolution crée des tensions locales, en particulier dans des zones déjà soumises au stress hydrique (Arizona, NouveauMexique). Sous la pression de plusieurs fonds européens préoccupés par l’impact envi­ ronnemental de ses usines, Intel a renforcé ses engagements en matière de gestion de l’eau. L’entreprise a ainsi investi dans des technologies de recyclage avancées permettant à ses usines de production de réutiliser jusqu’à 95 % de l’eau consommée, une réponse directe aux attentes des investisseurs et aux contraintes croissantes liées à la rareté de la ressource (8) . Le rôle des investisseurs : réintroduire une vision de long terme dans la gestion de l’eau Les investisseurs ont aujourd’hui un rôle essentiel pour réintroduire une vision de long terme dans la gestion de l’eau et contribuer à réduire les risques systémiques liés à la raréfaction de cette ressource. Cela implique d’intégrer rigoureuse­ ment le risque hydrique dans l’analyse ESG et financière, en cartographiant les sites exposés, et d’encourager les entreprises à définir des objectifs de réduction de consommation. Ils peuvent également accélérer la transition en orientant les capitaux vers des solutions techno­ logiques et des infrastructures clés : dessalement bas carbone, réseaux intelligents pour limiter les fuites, agriculture de précision, systèmes demoni­ toring et d’optimisation. Le secteur compte notamment des entreprises comme Ecolab, qui développe des solutions d’ef­ ficacité hydrique permettant aux industries de réduire leur consommation et leurs rejets, ou Veralto, spécialisé dans les technologies de contrôle, de qualité et de surveillance de l’eau, indispensables pour une gestion plus fine et plus transparente de la ressource. Au Brésil, Sabesp a obtenu 1,5 milliard de dollars grâce à un financement structuré par IDB Invest pour accélérer l’accès universel à l’assainissement dans l’État de São Paulo. L’accord comprend un prêt direct de 200 millions de dollars et une émis­ sion obligataire de 1,35 milliard de dollars, la plus grande Blue Bond jamais réalisée au Brésil (9) . En définitive, le risque hydrique — qu’il s’agisse d’inondations ou de sécheresses — constitue une véritabledoublepeine climatique et exigeunemobi­ lisation collective. Face à des politiques publiques parfois limitées par le court terme, les investisseurs ont la capacitéd’ancrer l’actiondans ladurée et d’ac­ célérer l’adoption de solutions résilientes. 1) Counting the Cost 2025: A year of climate breakdown, Christian Aid, 27/12/2025 2) Coût des inondations en Italie, AtlasMagazine, 25/05/2023 3) Guide pour réduire les pertes d’eau potable, INRAE, 10/09/2020 4) Lʹadministration Biden renforce le Water Act pour moderniser les infrastructures dans le secteur de lʹeau, TeamFrance, 10/02/2021 5) Espagne : la réserve naturelle de Doñana en Andalousie sʹassèche dangereusement, Euronews, 27/05/2022 6) Impact environnemental de lʹIA: une consommation d’eau record aux ÉtatsUnis, GEO, 11/03/2026 7) 6,4 milliards de litres pour Microsoft : lʹIA générative atelle fait exploser la consommation dʹeau des géants de la tech ?, GEO, 12/09/2023 8) The chip industry uses as much water as the city of Hong Kong. NowIntelandTSMCfabsareworkingtobemoresustainable,Business Insider, 31/07/2024 9)IDBInvestFinancesSABESPtoAccelerateUniversalSanitationin São Paulo, IDB Invest, 28/01/2026 «Après moi le déluge » : l’ESG face au stress hydrique By Leïla KAMARA* T he original CSRD (2022/2464) placed SMEs at a structural competitive disadvantage compared to nonEU companies on sustainability disclosure ti­ melines. Under that frame­ work, EUbased SMEs were required to report by 2029 (based on 2028 financial year), while nonEU companies faced no equivalent obliga­ tions until 2030. The revised CSRD (2026/470) substantially addresses this asymmetry. SMEs are no longer at a relative disadvantage: nonEU corporations meeting the revised eligi­ bility threshold—1,000 employees and EUR 450m net income—are now treated almost equally with large EU corporations, subject to one additional year of lead time (2028 for EU cor­ porations versus 2029 for nonEU corporations). (CSSF Omnibus Package, May 2026). Nevertheless, a material asymmetry persists on the assurance side. European auditors remain subject to formal approval—although simplified, with only one Partner now required to qualify as an approved sustainability auditor—nonEU au­ ditors are exempt from equivalent approval. The revised Directive specifies that “ for a transi­ tional period, simplified registration conditions and an exemption from oversight should be introduced for thirdcountry auditors and audit entities issuing assur­ ance reports on the sustainability information of third­ country entities whose securities are admitted to trading on a regulated market in a Member State .” This dero­ gation runs until 31 December 2030, whereas EU auditors will be required to adopt “ limited assur­ ance standards ” by 1 July 2027—that the Commis­ sion plans to adopt in a delegated act by then. In sum, the “Omnibus” Directive delivers a gen­ uine reduction in administrative and financial burden for SMEs (estimated at EUR 60 million in recurring annual costs, according to the Euro­ pean Parliament Initial Appraisal of a European Commission Impact Assessment)—a clear posi­ tive for their competitiveness. However, at the global level, European corporations re­ tain no structural advantage over their nonEU peers operating in Europe. A further critical question remains: what are the implications for investors? SFDR Reform: Simplification with Tradeoffs The proposed reform of SFDR (2019/2088), designed to align with the “Omnibus” Package, presents its own set of advan­ tages and limitations. The cen­ tral issue, since its entry into force in 2021, has been the dif­ ficulty faced by financial mar­ ket participants (FMPs) in sourcing reliable data to underpin their disclosures. According to a sur­ vey performed in December 2023 by the CFA Institute Research & Policy Center, out of 435 responding FMPs, “ 65% emphasized that the lack of reliable ESG data represents the main challenge when attempting to comply with the regulation ”. This concern has been flagged for years in the ac­ ademic literature (Benoit & Maurel, 2023; An­ tolínLópez &OrtizdeMandojana, 2023; Azzone & Manzini, 1994; Johnson, 2020), yet FMPs were left with no option but to comply as best they could, at their own risk. In 2024, a landmark enforcement action inLuxem­ bourg saw an asset manager sanctioned for inade­ quate control over Article 8 and Article 9 funds—including insufficient monitoring of ex­ cludedasset thresholds andan inability to evidence the sustainabilityobjectives underpinningproduct­ level commitments. The case reflects the dual pres­ sure FMPs are facing: the challenge of data collection, and the legal risk of noncompliance. Compounding these difficulties, the cost of ESG data continues to rise. According to PWC Euro­ pean Survey published on March 10, 2026, 86% of firms rely on multiple ESG data providers, a procurement strategy that, unlike financial credit rating agencies (charged to issuers), directly bur­ dens end users. The consequence of narrowing the scope of eligible companies under the CSRD reduces the pool of available data, compounding SFDR compliance constraints. The revised SFDR responds by introducing a lighter disclosure only applicable to investment vehicles (no longer to entities)—reducing reporting requirements and harmonizing presentation formats to improve endinvestors’ comparability. Disclosures would be tailored to the categories under which the product falls (“Sustainable”, “Transition”, or “other ESG”) and the number of current 25 data points would be reduced to a lim­ ited set. FMPs appear broadly receptive: a UN PRIs survey (Position Paper on SFDR Revision, February 2026) found that 75% of investor re­ spondents are either supportive or very support­ ive of the revised SFDR proposal. For endinvestors, the picture is less encourag­ ing. If data quality becomes increasingly concen­ trated among very large assets, the volume and depth of sustainability information available at the product level may deteriorate sharply. In 2023, the CFA Institute conducted a survey among asset owners & managers revealing that only “ 42% of respondents agreed on the fact that EU legislative framework on sustainable finance con­ tributes to increasing investments in sustainable de­ velopment and energy transition ”. (CFA Institute Survey on the ESG Regulatory Framework in the EU, 2023). Clearer Labels, Unresolved Tensions The new categories created under the SFDR pro­ posal could meaningfully improve transparency for investors. Under the current regime, Articles 6, 8, and 9 are frequently misused as de facto la­ bels by FMPs, investors, and distributors, while the regulation had never designed them as a la­ belling framework. Regulators acknowledge that this has generated widespread confusion and in­ consistency in their use and interpretation. (Im­ pact Assessment report accompanying the SFDR 2.0 Proposal). The scale of fund reclassification il­ lustrates the problem. According to EFAMA, citingMorningstar, a total of 236 funds were reclassified from Article 6 to Article 8 in 2024 alone, bringing Article 8 funds net assets to EUR 9.14 trillion (compared to EUR 3.76 trillion at the inception of the SFDR in Q1 2021). European money market funds are over­ whelmingly Article 8 funds, with about three­ quarters classified in that category. Meanwhile, around 350 Article 9 funds were downgraded to Article 8 in the second semester of 2022 only. By the end of 2024, Article 9 fund net assets amounted to EUR 353 billion representing just 2% of the European fund market. Equity strate­ gies dominate the Article 9 fund market—ac­ counting for almost 60%—with French and German Pension funds as the leading investors. Luxembourg remains the primary domicile for both classifications: 35% of Article 8 and 54% of Article 9. (EFAMAmarket insight April 2025). Conclusion The revised categories are more descriptive and should meaningfully reduce confusion among endinvestors. Yet a fundamental tension re­ mains unresolved. SMEs are a cornerstone of al­ ternative investment strategies, and their sustainability data will inevitably be required to satisfy endinvestors’ mandates. Exempting SMEs from CSRD obligations undoubtedly alle­ viates administrative burden and costs, but does this exemption risk excluding SMEs from the in­ vestable universe of sustainable strategies? The retailisation of alternative assets is accelerat­ ing. European LongTerm Investment Funds (ELTIFs) reached EUR 10 billion by end 2025 (Morningstar, The state of ELTIFs 2026), up from EUR 2.4 billion in 2021. Simultaneously, the Eu­ ropean Commission’s Market integration pack­ age—announced on 19 March 2025, which is fully embedded within the Savings and Invest­ ments Union (SIU) aims at better bridge individ­ ual savings with investment needs. European citizens hold about EUR 10 trillion in bank de­ posits while investment needs are estimated at EUR 800 billion per year by 2030, largely to fi­ nance SMEs and innovative companies. The broader European ambition is thus to redirect retail capital to the real economy, achieve climate neutrality by 2050 (the Green Deal), and restore global competitiveness (the Draghi Report). Against this backdrop, the question is probably no longer whether the Voluntary Sustainability Reporting Standard (VSME) is necessary for SMEs to survive — but how can they compete with large corporations for whichmandatory dis­ closure represents only EUR 40 million in oneoff costs, compared to EUR 590 million for SMEs? *Leïla Kamara, Doctor in Business Administration, Associ­ ate Researcher at the Business Science Institute, Founder of Kamara Advisory , The Social Impact Company of Luxem­ bourg dedicated to promoting sustainable investment with environmental impact. CSRD and SFDR: HeadtoHead ATwo-Speed Race for European Competitiveness

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