Agefi Luxembourg - juillet août 2026
AGEFI Luxembourg 26 Juillet / Août 2026 Fonds &Marchés Par Christopher DEMBIK, Senior Investment Strategy Adviser Pictet Asset Management C ʹétait attendu, le mois de juin a été chahuté sur les marchés financiers. Après une première partie dʹannée particulièrement favo rable aux actifs risqués, plusieurs facteurs sont venus provoquer une phase de consolidation qui, sans remettre en cause la tendance de fond, rap pelle aux investisseurs que les marchés ne progressent jamais en ligne droite. Quatre éléments principaux expliquent le regain de volatilité Le premier est lié à lʹintroduction en bourse de SpaceX, le 12 juin. Comme souvent lors desméga IPO, lʹopération a provoqué un phénomène dʹas piration de la liquidité. De nombreux investisseurs ont temporairement réduit leur exposition aux autres valeurs technologiques américaines afin de dégager des capitaux pour participer à lʹopération. Ce type de mouvement est classique : les intro ductions en bourse de très grande taille tendent fréquemment à créer des tensions passagères sur la liquidité disponible. Le deuxième facteur concerne les investisseurs ins titutionnels. Après des performances solides enre gistrées depuis le début de lʹannée, nombre dʹentre eux ont choisi de prendre une partie de leurs béné fices sur les marchés actions afin de se reposition ner progressivement sur les obligations avant la période estivale. Ce mouvement saisonnier est récurrent et contribue régulièrement à une forme dʹessoufflement des marchés au mois de juin. Troisièmement, la publication des résultats de Micron a suscité une nervosité inhabi tuelle. Bien que les résultats se soient fina lement révélés robustes, lʹattente entourant cette publication a rappelé celle observée quelques semaines plus tôt avant les résul tats de Nvidia. Avec une capitalisation avoisinant 1 200 milliards de dol lars,Micron est désormais consi déré comme lʹun des baromè tres de lʹécosystème de lʹintelli gence artificielle. Toute décep tion potentielle était donc sus ceptible de provoquer des mou vements importants sur lʹensem ble du secteur technologique. Enfin, lʹexplosion des effets de levier sur certains segments du marché constitue probablement lʹévolution la plus préoccupante. EnCorée duSud, les encours de cré dit sur marge dépassent désormais 26 milliards de dollars. Aux ÉtatsUnis, les investisseurs particu liers continuent de privilégier des stratégies spécu latives de très court terme, notamment via les options dites 0DTE (« Zero Days To Expiration »), des produits dérivés qui expirent le jour même de leur négociation et qui offrent souvent des effets de levier particulièrement élevés. Cettemontée enpuissance de la spéculation à court terme explique en grande partie le récent rebond de la volatilité, davantage encore que les tensions géopolitiques. Lʹor nʹa pas joué son rôle de valeur refuge Dans ce contexte plus incertain, lʹor nʹapas retrouvé le statut de valeur refuge qui lui est traditionnelle ment attribué. Depuis le début de lʹannée, le métal précieux évolue globalement à la baisse. Cette cor rection sʹexplique dʹabordpar dʹimportantes prises de bénéfices de la part des grandes banques inter nationales et des gestionnaires dʹactifs mondiaux. Depuis deux ans, ces investisseurs ont fortement accru leur exposition aumétal jaune.Alors que lʹor représentait historiquementmoins de 1%de nom breux portefeuilles institutionnels, certaines alloca tions approchent désormais les 5%.Après un rallye exceptionnel, une phase de consolidation apparais sait donc inévitable. Par ailleurs, plusieurs banques centrales émer gentes ont vendu une partie de leurs réserves dʹor auprintemps afinde soutenir leur devise, fragilisée par les tensions géopolitiques au MoyenOrient et la vigueur persistante du dollar. La Turquie, mais également plusieurs pays dʹAsie du SudEst, ont ainsi procédé à des ventes ponctuelles. Le troisième facteur est sans doute le plus déter minant : la forte remontée des rendements des obligations souveraines américaines. Historique ment, il existe une relation inverse entre les taux dʹintérêt réels américains cʹestàdire corrigés de lʹinflation et le prix de lʹor. Une hausse de 100 points de base des taux réels américains se traduit en moyenne par une baisse dʹenviron 15 % du cours du métal précieux. Lʹexplication est relativement simple. Lʹor ne verse ni coupon ni dividende. Lorsque les rendements obligataires réels augmentent, les investisseurs peu vent obtenir des revenus plus élevés en détenant des obligations américaines sans accroître leur niveaude risque. Le coût dʹopportunitéde ladéten tion dʹor sʹélève alors mécaniquement. En outre, des taux américains plus élevés soutien nent généralement le dollar, ce qui exerce une pres sion supplémentaire sur un actif libellé en devise américaine. Pour autant, cette phase de consolida tion ne remet pas en cause la tendance haussière de long terme du métal précieux. Elle ressemble davantage à la correction observée à lʹété dernier quʹà un changement de régime durable. Les inves tisseurs les plus offensifs pourraient même y voir des points dʹentrée intéressants. Les véritables gagnants Même dans desmarchés plus volatils, certains seg ments continuent dʹafficher une remarquable rési lience. Cʹest notamment le cas des entreprises qui construisent les infrastructures indispensables au déploiement de lʹintelligence artificielle. Lʹattentiondes investisseurs sʹest largement concen trée sur les fabricants de semiconducteurs. Pourtant, les gagnants de long terme pourraient bien être ailleurs : dans les sociétés spécialisées dans les réseaux permettant dʹinterconnecter les GPU, dans les infrastructures de centres dedonnées,mais surtout dans les équipements électriques. Ce dernier point est crucial. Selon lʹétude de réfé rence « Energy andAI » publiée par lʹAgence inter nationale de lʹénergie, la consommation électrique des centres de données pourrait presque doubler dʹici 2030 pour atteindre environ 950 térawat theures, soit près de 3 % de la demande mondiale dʹélectricité. Les besoins en capacités de production, en réseaux électriques, en transformateurs, en sys tèmes de refroidissement et en équipements asso ciés seront donc considérables. Cette dynamique devrait soutenir durablement lʹensemble de la chaîne de valeur. Dʹautant que ces infrastructures bénéficient simul tanément dʹautres tendances structurelles de long terme, telles que lʹélectrification des usages, la réin dustrialisation des économies occidentales et la modernisation des réseaux électriques. Dans un environnement de marché plus complexe, ces acteurs apparaissent ainsi comme les gagnants cachés de la révolution de lʹintelligence artificielle. Les gagnants cachés du marché baissier Par Mike Van K AUVENBERGH , Head of ATOZ ESG Solutions* L e SFDR (Sustainable FinanceDis closureRegulation) est devenuun cadre de référence pour les promo teurs de fonds privés souhaitant lever des capitaux auprès d’in vestisseurs institutionnels et particuliers enEurope. Bien qu’il ait été initialement conçu comme un régime de transpa rence et de divulgation, le SFDR a progressivement évolué vers un système de classificationdes pro duits financiers. Cette évolution a entraîné des défis opérationnels, ju ridiques et commerciaux croissants pour les gestionnaires de fonds alternatifs (AIFM). Lesgestionnairesdefondsalternatifs(AIFM),enpar ticulierlesstructuresdepetitetailleetlesGeneralPart ners (GP), rencontrent d’importantes difficultés dans la mise en œuvre effective du SFDR et dans la com municationconvaincantedeleursengagementsESG. Avec l’entrée en vigueur attendue du SFDR2.0 d’ici 2028 ou 2029 au plus tard, ainsi que l’introduction de catégories de produits juridiquement contrai gnantes, de seuilsminimaux d’investissement et de règles d’exclusion obligatoires, ces défis devraient encore s’intensifier. Manque de données ESGfiables Le principal obstacle opérationnel auquel sont confrontéslesAIFMrésidedansl’absencededonnées ESGfiables,standardiséesetauditablesprovenantdes sociétés en portefeuille. Les obligations de reporting périodique prévues par le SFDR reposent largement sur les indicateurs de durabilité, les indicateurs des Principales Incidences Négatives (PAI) et les évalua tions des investissements durables. Cependant, la réduction du champ d’application de la directive CSRD (Corporate Sustainability Repor tingDirective)danslecadredupaquetlégislatifOm nibussignifiequelespetitesetmoyennesentreprises dans lesquelles les fonds de private equity investis sentàlongtermeneserontplustenuesdepublierdes rapports de durabilité ni de communiquer des don nées ESG standardisées. Par conséquent, les AIFM devront continuer à col lecter ces informationsmanuellement, aumoyende questionnaires, d’échanges directs avec les en treprises concernées ou de prestataires tiers. Cette situation engendre plusieurs difficultés : La collecte des données mobilise d’impor tantes ressources et reste difficile à indus trialiser. Les informations obtenues sont sou vent incomplètes, incohérentes ou fondées sur des estimations. Les méthodologies de notation utiliséesparlesfournisseurstiers dedonnéesESGmanquentfré quemment de transparence. Les données sont difficiles à vérifier et à auditer. Pour les fonds investissant dans des actifs illiquides et des so ciétés de plus petite taille, cela crée un déficit struc turel de reporting qui affecte directement la conformité au SFDR. Complexité réglementaire et interprétation permanente LeSFDRrepose surune architecture réglementaire à plusieurs niveaux comprenant : Le règlement de niveau 1 ; Les normes techniques réglementaires (RTS) de niveau 2 ; Les orientations et questionsréponses publiées par lesAutorités européennes de surveillance (ESA) ; Les attentes prudentielles définies par les autorités nationales compétentes, telles que laCSSF. En conséquence, les gestionnaires de fonds doivent constammentinterpréterdestextesréglementaireset des attentes de supervision qui se chevauchent. Les AIFM de petite taille, qui ne disposent pas d’équipes juridiques ESG spécialisées, se retrouvent généralement face à deux options difficiles : Accepter une certaine incertitude juridique et un risque de nonconformité ; Recourir demanière importante à des conseils juri diques externes coûteux. Cette complexité accroît la charge opérationnelle, augmente les coûts et créeune incertitude réglemen taire quant à l’interprétation future des informations publiées par les autorités de contrôle. Risque de décalage entre les divulgations et la réalité Les divulgations SFDR ne constituent pas de sim ples déclarationsmarketing ; elles sont considérées comme des engagements contraignants envers les investisseurs. Les gestionnaires doivent démontrer en perma nence que : Les caractéristiques environnementales et sociales, ainsi que les objectifs d’investissement durable, sont effectivement respectées ; Les politiques d’exclusion sont appliquées ; Les seuils d’investissements durables sont main tenus ; Les PAI sont suivies et surveillées ; Les méthodologies utilisées sont documentées et défendables. La CSSF a précisé que le nonrespect des engage ments contraignantsdécritsdans les rapports pério diques peut constituer unmanquement contractuel visàvis des investisseurs. Avec le SFDR2.0, ce risque devient encore plus im portant puisque le futur cadre prévoit notamment : Des seuils obligatoires d’investissement de 70 % ; Des listes d’exclusion obligatoires fondées sur les indices Paris Aligned Benchmark (PAB) et Climate Transition Benchmark (CTB) ; Des indicateurs de durabilité plus stricts ; Un contrôle continu par le dépositaire. Unseul investissement nonconformepourrait com promettre la classificationde l’ensembledu fonds et entraîner une reclassification à un niveau inférieur. Ressources internes insuffisantes Denombreuxgestionnairesde fondsprivés opèrent avec des équipes réduites et disposent d’une exper tise ESG limitée. Contrairement aux grands gestionnaires d’actifs, les AIFM de plus petite taille ne disposent sou vent pas : De spécialistes dédiés au développement dura ble ; D’un support juridique interne spécialisé ; D’une infrastructure ESG et de reporting adap tée ; De systèmes automatisés de suivi et de contrôle. Cette situation favorise une approche réactive de la conformité, dans laquelle les entreprises peinent à suivre le rythme des évolutions réglementaires, des attentes des superviseurs et des mises à jour des obligations de divulgation. La charge opérationnelle est importante, car la conformité au SFDRnécessite : Un suivi continu du portefeuille La collecte de données ESG ; Lamise à jour régulière de la documentation ; Des contrôles internes de gouvernance ; La formation dupersonnel ; Le reporting aux investisseurs. Le coût de cette conformité mobilise des ressources qui pourraient autrement être consacrées aux déci sionsd’investissementetàlagestiondesportefeuilles. Pressions commerciales et levée de capitaux LaconformitéauSFDRestdevenueunfacteurdedif férenciation concurrentielle et ne constitue plus uni quement une exigence réglementaire. Les investisseurs institutionnels évaluent de plus en pluslacrédibilitéESGdesgestionnaireslorsdespro cessus de sélection et de due diligence. Des divulgations SFDR faibles ou incohérentes peu vent avoir un impact négatif sur : La confiance des investisseurs ; La capacité de levée de fonds ; L’accès auxmandats institutionnels ; La réputation du gestionnaire. Les récents retraits de mandats par de grands fonds de pension auprès de gestionnaires d’actifs interna tionauxenraisondepréoccupationsESGdémontrent que les engagements en matière de durabilité sont désormaisconsidéréscommeuneexigenceminimale dumarché. Se préparer au SFDR 2.0 MêmesileSFDR2.0nedevraitpass’appliqueravant 2028 ou 2029, les changements opérationnels néces saires sont considérables. Les gestionnaires de fonds doivent dès à présent : Renforcer leurs processus de collecte des données ESG ; Mettre en place des dispositifs de contrôle, de suivi et de gouvernance ; Réévaluer leurs stratégies de classification des fonds ; Définir des indicateurs clés de performance (KPI) de durabilitémesurable ; Développer leurs capacités internes de conformité. La transition d’un simple régime de transparence versunvéritablecadredecatégorisationdesproduits nécessitera une restructuration profonde des sys tèmes de gouvernance ESG et de reporting au sein de l’ensemble de l’industrie desmarchés privés. *Mike.VanKauvenbergh@atozesg.lu SFDR dans l’univers des marchés privés : aperçu des obstacles pratiques
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