Agefi Luxembourg - mai 2026

AGEFI Luxembourg 26 Mai 2026 Fonds &Marchés D ans les périodes de fortes ten­ sions géopolitiques, l’or est traditionnellement perçu comme une valeur refuge. Les épi­ sodes de guerre oude crise systémique se traduisent généralement par une hausse de sonprix, les investis­ seurs cherchant à se protéger contre l’incertitude écono­ mique et financière. Pour­ tant, depuis le début du conflit en Iran, le comporte­ ment dumétal jaune a de quoi surprendre : sonprix a re­ culé d’environ 12%depuis l’es­ calade des hostilités, un mouvement contreintuitif pour un actif censé offrir une protection enpériode de crise. Un coût d’opportunité enhausse Cette évolution ne signifie toutefois pas que l’or aurait perdu sa fonction de valeur refuge. Elle reflète avant tout la nature particulière du choc actuel et la domination de facteurs macroéco­ nomiques spécifiques. Contrairementàunecrisefinancièreouàunchoc de demande, le conflit a d’abord provoqué un choc d’offre énergétique. La flambée des prix du pétrole alimente l’inflation, complique la tâchedesbanquescentralesetrenforce le scénario de taux d’intérêt mainte­ nus à des niveaux élevés plus long­ temps que prévu. Dans un tel environnement, les rendements réels et le dollar américainont tendance àpro­ gresser simultanément (du moins dans un premier temps), deux dynamiques his­ toriquement défavorables à l’or. Le lien est en fait bien connu : lorsque les taux réels augmentent, le coût d’opportunité de détention d’un actif non rémunéré comme l’or s’accroît. De plus, un dollar plus fort pèse mécaniquement sur le prix du métal pour les investisseurs non américains. Cette combinaison explique pourquoi l’or réagit différem­ ment à un choc inflationniste d’origine énergétique qu’à une crise financière classique. Un schéma similaire avait déjà été observé en 2022, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie : après un rebond initial, l’or avait été pénalisé par la hausse rapide des taux et dudollar. Réservesmobilisables Unautrefacteurimportantrésidedanslerôledeliqui­ dité de l’or. Sa grande profondeur de marché en fait un actif facilement mobilisable lorsque les investis­ seurs doivent faire face à des pertes ailleurs ou à des besoinsdetrésorerieimmédiats.Danscecontexte,l’or peut temporairement être vendu non pas parce que sa valeur refuge est remise enquestion,mais précisé­ ment parce qu’il constitue une réserve de liquidité mobilisable facilement. La politiquemonétaire américaine renforce ces pres­ sions de court terme. LaRéserve fédérale amaintenu ses taux inchangés et adopte une posture prudente, alors que l’inflation a de nouveau accéléré depuis le début du conflit. Les données récentes montrent un tauxdechômageprochede4,3%,laissantpeud’inci­ tation à des baisses de taux rapides. Tant que ce contexte prévaudra, les vents contraires pour l’or res­ teront présents. Les fondamentaux subsistent Pour autant, les soutiens structurels demeurent solides. La demande des banques centrales conti­ nue de jouer un rôle clé dans l’équilibre dumarché, illustrant la fonction stratégique de l’or dans la diversification des réserves officielles. Àplus long terme, un apaisement durable des ten­ sions géopolitiques, combiné à un reflux de l’infla­ tion et à une détente progressive des politiques monétaires, pourrait permettre à ces fondamentaux de reprendre le dessus. En définitive, la faiblesse récente de l’or ne signe pas la finde sonstatut devaleur refuge. Elle rappelleplu­ tôt qu’à court terme, les dynamiques macroécono­ miques — inflation, taux réels et dollar — peuvent dominer la lecture géopolitique. Une fois ces contraintes levées, le rôle protecteur de l’or devrait à nouveau s’exprimer pleinement. Philippe LEDENT, Senior Economist, ING BelgiqueLuxembourg Pourquoi l’or ne joue pour le moment pas son rôle de valeur refuge ? Par Christopher DEMBIK, Senior Investment Strategy Adviser Pictet Asset Management I l y a unpoint commun entreHermès, LVMH, Gucci&Co. : elles ont toutes évoqué lʹimpact de la guerre en Iranpour expli­ quer leurs résultats trimes­ triels plus contrastés aupre­ mier trimestre. Certes, cet élé­ ment a joué. Les Émirats ArabesUnis sont devenus une zone de ventes incon­ tournable depuis quelques années, enpartie pour com­ penser laChine, où la consommationdemarques de luxe étrangères évolue et se transforme. Cependant, audelà des événements conjoncturels, le secteur du luxe traverse surtout une phase dʹadaptationprofonde. Historiquement, ces entreprises ont bénéficié dʹun pricing power solide, dʹune clientèle fidèle et de performances boursières at­ trayantes, même en période de turbulences. Cette réputation re­ posait sur une capacité remar­ quable à prospérer dans tous les contextes économiques. Au­ jourdʹhui, ledéficonsiste à renou­ veler ce modèle pour répondre à de nouvelles attentes. En cause, un changement rapide des habitudes de consommation mais aussi de nouvelles oppor­ tunités. Les consommateurs, en particulier les nouvelles généra­ tions, recherchent désormais davantage dʹauthenticité et de personnalisation. La mécanique de la désirabilité évolue. Là où lʹostentationdominaitautrefois,la discrétion et lʹindividualisation gagnent du terrain. Cette évolu­ tion est très perceptible enChine. Desmarques locales ont su capter unepartcroissantedelademande en sʹappuyant sur des produits enracinésdanslaculturenationale, inspirés du folklore, des traditions et de lʹesthétique locale unsuccès notable auprès des jeunes généra­ tions et une source dʹinspiration pour lʹensemble du secteur. Un autre phénomène accom­ pagne cette transformation : la maturité de certains marchés. Pendant des années, lʹexpansion internationale a été menée à un rythme soutenu, avec des ouver­ tures de boutiques dans toutes les grandes métropoles du monde. Cette stratégie a permis une croissance rapide et une forte visibilité. Aujourdʹhui, elle ouvre la voie à une nouvelle phase, davantage centrée sur lʹexpérience, lʹexclusivité et la qualité du lien avec les clients. Quel avenir pour le luxe ? Le secteur se transforme en pro­ fondeur, et cette mutation a déjà commencé. Kering en offre une illustration concrète. Après des années dʹexpansion rapide, le groupe engage aujourdʹhui une phase de recentrage stratégique. Il a récemment annoncé un plan structurel ambitieux : fermeture ciblée de plus de 100 magasins au niveau mondial, recentrage sur les clients les plus fortunés, investissements importants dans le marketing en Chine notam­ ment dans le digital et reposi­ tionnement de la marque Gucci autour de produits embléma­ tiques à forte valeur ajoutée. Lʹobjectif est clair : renforcer lʹex­ clusivité et consolider la valeur perçuedesmarques. Si la réaction des investisseurs resteprudenteà court terme, ces initiatives tradui­ sent une volonté forte dʹadapta­ tion à long terme. Le changement est bel et bien enmarche Pour preuve, certains segments affichentunerésilienceremarqua­ ble.Cʹestparticulièrementlecasdu luxe intemporel notamment les montres et la joaillerie. Ces pro­ duits incarnent une forme de per­ manence et de transmission dans un monde en perpétuelle évolu­ tion.Lesuccèsdemaisonscomme Tiffany et Bvlgari en témoigne. La beauté et le soin constituent lʹautre segment particulièrement dynamique. La croissance conti­ nue de Sephora illustre cette ten­ dance, qui dépasse largement le simple « effet rouge à lèvres ». Cette dynamique concerne les parfums, les sérums et les crèmes de soin. Face à un environnement incer­ tain, le consommateur se recen­ tre davantage sur le bienêtre personnel et la confiance en soi, ce qui soutient durablement cette catégorie. Les marques lʹont bien compris. Lancôme, par exemple, investit massivement dans la recherche surlaluttecontrelevieillissement. De nombreux acteurs observent également de près le succès des peptides, popularisés par les influenceurs sur Instagram et TikTok. Si vous nʹen avez jamais entenduparler,celapourraitbien­ tôt changer. Les peptides sont des chaînesdʹacidesaminésquijouent un rôle clé dans la lutte contre les signes de lʹâge, notamment en sti­ mulantlaproductiondecollagène, essentiel à lʹélasticité de la peau. Le potentiel scientifique de ces molécules est considérable. Des résultats de recherche encoura­ geants ont été observés sur des crèmes à base de peptides, capa­ bles dʹaméliorer lʹapparence de la peau et dʹaccompagner certains processus de cicatrisation. Certes, ces substances restent strictement encadrées en Europe pour le moment. Mais à moyen et long terme, elles pourraient contribuer à transformer en pro­ fondeur lʹindustrie de la beauté, en la rapprochant davantage des biotechnologies... et offrir au luxe denouvellesperspectivesdʹinno­ vation et de renouveau. Les biotechnologies au secours du luxe ©Shutterstock By Matt NORMAN, Head of Infrastructure Debt at AllianzGlobal Investors I nfrastructure debt is entering a new era, fuelledby the accelerating digi­ tal transformation of economies, the urgent push towards energy transition and a rapidly changing geopoliti­ cal landscape and a renewed focus onboth security& sovereignty. Astheworldeconomysimultane­ ously electrifies and digitises, the Infrastructure sector sits at the heartofthisintersectionproviding the assets &platforms for the next stage of world economic growth. Once considered a specialist alloca­ tion reserved for a limited number of institutional investors, the asset class is increasingly becoming a strategic pillar for longtermportfolios. The momentum behind the market is significant. According toAllianz Global Investors, infrastructure debt issuance surpassed USD 1 trillion globally in 2025, with more than 2,300 deals completed world­ wide — an increase of over 30% compared with the previous year. The figures underline how govern­ ments,utilities,technologycompaniesandinfrastruc­ ture investors / operators are seeking substantial amounts of private capital to modernise economies and strengthen resilience. Digital Infrastructure Takes Centre Stage At the centre of this growth lies digital infras­ tructure. The explosive expansion of artificial intelligence, cloud computing and data con­ sumption is creating strong demand for fibre networks, mobile towers, subsea cables and data centres. Fibre deployment continues to attract investors, particularly in markets with supportive regulation and established operators capable of generating pre­ dictable cashflows. While some areas of the FibretotheHome market have experienced pressure and are likely to consolidate, the longterm fundamen­ tals remaincompelling for institution­ al capital seeking stable infrastruc­ turelike returns. Data centres are equally attracting attention, especially in the United States where multibilliondollartransactionscontinuetodominate the market. Europe is developing at a slower pace due to challenges linked to power availability, per­ mitting procedures and grid access. Nevertheless, the continent is witnessing a growing number of attractive projects supported by longtermcontracts and strong counterparties, particularly as demand for digital capacity continues to rise. Financing Europe’s EnergyTransition Alongsidedigitalisation, the energy transition is gen­ erating one of the largest infrastructure financing needs in decades. According to estimates cited by AllianzGI, Europe alonewill requiremore thanEUR 500 billion in electricity grid investment by 2030. Offshore wind projects, power grid modernisation and renewable energy infrastructure are therefore becoming central investment themes. Investors arenot only focusingon largeflagshippro­ jects.Distributedgeneration, batterystorage systems, EV charging infrastructure and onshore renewable energy are also creating attractive opportunities, par­ ticularly among midsized developers with strong projectpipelinesbutlimitedaccesstofinancingexper­ tise. In many cases, infrastructure debt investors are steppinginwithflexiblecapitalsolutionsthatsupport project development, sponsor exits, consolidation & rollup opportunities and bridging establishment of longtermenergy contracts. Geopolitical Risks Increase Investor Appetite The geopolitical environment is reinforcing the attractiveness of the asset class particularly with a focus onenergy security.Over recent years,markets have faced repeated disruptions ranging from the Covid19 pandemic to inflation shocks and thewar in Ukraine. Infrastructure debt has generally demonstrated resilience throughout these periods thanks to the defensive nature of the underlying assets and their ability togenerate stable, often infla­ tionlinked revenues. For institutional investors searching for diversifica­ tionandmorepredictable returns, this resiliencehas become increasingly valuable. However, the grow­ ing popularity of the sector is also intensifying com­ petition. Investors must remain selective and disci­ plined, particularly when assessing risks linked to renewable energy pricing (curtailment issues), con­ struction delays, fibre market consolidation or sup­ ply chain disruptions. FromNiche Strategy toCoreAllocation Despite its expansion, infrastructure debt still repre­ sents a relativelymodest share of many institutional portfolios. That may soon change. Rising concerns around energy security, economic sovereignty and infrastructure independence are strengthening the longterm case for the asset class, particularly in Europe. AllianzGI highlights that investmentgrade infrastructuredebtgeneratedreturnsofapproximate­ ly 4.5% to 5% in euros and 6% to 6.5% in sterling last year,offeringattractiverelativevaluecomparedwith traditional publicmarkets. Regulatory developments may further accelerate adoption. Favourable treatment under frameworks such as Solvency II, combinedwith pension reforms and increased investor familiarity, is graduallymak­ ing infrastructure debt more accessible to insurers andpension funds. As digitalisation, decarbonisation and geopolitical fragmentation continue to reshape the global econo­ my,infrastructuredebtappearsincreasinglywellposi­ tioned tomove beyond its niche status andbecome a corecomponentofinstitutionalinvestmentstrategies. Infrastructure Debt Powers the Next Economic Shift

RkJQdWJsaXNoZXIy Nzk5MDI=