Agefi Luxembourg - juillet août 2026
AGEFI Luxembourg 22 Juillet / Août 2026 Banques & Assurances ParJulienBRIOTHADAR,Fondateur,BHCompliance consulting L ’intelligence artificielle s’impose aujourd’hui comme l’undes princi pauxmoteurs de transformationdu secteur bancaire. Les établissements financiers investissentmassive ment dans les solutions de RegTech, lemachine learning ou les grandsmodèles de lan gage afind’améliorer la détec tiondes risques, d’automatiser certaines tâches et de répondre à une pression réglementaire tou jours plus exigeante. Cette dynamique intervient dans un contexte où la fonction conformité n’a jamais été aussi stratégique. Depuis vingt ans, sonpérimètre s’est considérablement élargi sous l’ef fet de la lutte contre le blanchiment de capitaux, des sanctions internationales, des exigences pruden tielles, de la cybersécurité ou encore des nouvelles réglementations européennes. Pourtant, malgré des investissements considérables, les établissements financiersfontfaceàunecomplexitécroissante:mul tiplicationdes textes, sophisticationdes schémas cri minels, explosion des volumes de données et accé lération des innovations technologiques. L’intelligence artificielle est souvent présentée comme la réponse à cette complexité. Cette vision est toutefois incomplète. La véritable rupture ne réside pas uniquement dans l’automatisation des contrôles, mais dans le fait que les systèmes d’intel ligence artificielle participent désormais à l’élabora tion même des décisions. Dès lors, l’enjeu n’est plus seulement de savoir comment utiliser ces technolo gies, mais comment gouverner des organisations dont une partie croissante des décisions sera pro duite avec l’assistance d’algorithmes. La prochaine révolution bancaire ne sera donc pro bablementpastechnologique.Elleseraavanttoutune révolutionde la gouvernance. L’intelligence artificielle redéfinit la décisionbancaire La véritable rupture introduite par l’intelligence arti ficielle ne réside pas dans l’automatisation de tâches auparavant réalisées par les équipes de conformité. Les établissements financiers utilisent depuis long temps des outils de filtrage, de surveillance transac tionnelle ou d’analyse documentaire. Ce qui change aujourd’huiestd’uneautrenature:lessystèmesd’in telligence artificielle ne se contentent plus d’exécuter des décisions conçues par l’homme ; ils participent progressivement à leur élaboration. Les modèles d’apprentissage automatique détectent des schémas difficilement perceptibles par une ana lyse traditionnelle, hiérarchisent les alertes, rappro chent des informations issues demultiples sources et proposent des niveaux de risque. Les modèles géné ratifsvontplusloinencoreensynthétisantdesdossiers complexes, enproduisant des analyses préliminaires ou en suggérant des pistes d’investigation. L’intelligence artificielledevient ainsi unvéri table assistant décisionnel dont les recom mandationsinfluencentdirectementletravail desanalystes,desresponsablesconformitéet, à terme, des dirigeants. Cette évolution intervient alors que les éta blissementsfinanciers sont confrontés à une complexité sans précédent. Les réseaux criminels exploitent désormais les cryptoactifs, la finance décentralisée, les paie ments instantanés, les sociétés écrans ou encore les possibi lités offertes par l’intelli genceartificiellepouradap ter continuellement leurs modes opératoires. Danslemêmetemps,lesbanquesdoi vent intégrer un flux continu de nou velles exigences réglementaires, moderni ser leurs infrastructures numériques, améliorer la qualité de leurs données et renforcer leur résilience opérationnelle. La difficulté ne consiste plus seule ment à appliquer correctement les règles ; elle réside dans la capacité à prendre des décisions pertinentes dans un environnement où l’information est abon dante, les risques évolutifs et les délais de réaction toujours plus courts. Pendant plusieursdécennies, la réponse à cette com plexité a reposé sur une logique d’accumulation. Chaquenouvelle réglementationdonnait naissance à de nouveaux contrôles, de nouvelles procédures, de nouveaux reportings ou de nouveaux outils. Cette approche apermisde renforcer lamaîtrisedes risques, mais elle atteint aujourd’hui ses limites. L’empilement des dispositifs produit luimême de la complexité et mobilise des ressources considéra bles sans toujours améliorer laqualitédes décisions. L’intelligence artificielle offre précisément l’oppor tunité de dépasser cette logique en permettant une approche davantage fondée sur l’analyse, la priori sation et l’aide au jugement. Cettetransformationmodifieprofondémentlavaleur créée par la fonction conformité. Longtemps, son expertise reposait principalement sur l’interprétation des textes, la rédaction des procédures et le contrôle deleurcorrecteapplication.Cescompétencesdemeu rent naturellement essentielles. Elles ne suffisent tou tefoisplusdansunenvironnementoùlesvolumesde données dépassent largement les capacités d’analyse humaine. La création de valeur se déplace progressi vementverslacapacitéàtransformerunemassed’in formations en connaissance utile à la décision. Le rôle du professionnel évolue en conséquence. Sa missionn’estplusprincipalementdedétecteruneano malie, tâche que les algorithmes accomplissent avec uneefficacitécroissante,maisd’enapprécierlaportée. Détecter une corrélation ne revient pas à démontrer une intention frauduleuse ; identifier un comporte ment atypique ne suffit pas à caractériser un risque de blanchiment. L’analyse humaine demeure indispensable pour replacer les résultats dans leur contexte économique, juridique, géopolitique et opérationnel, apprécier la crédibilité des hypothèses formulées par lesmodèles et assumer la responsabilitéfinalede ladécision. Plus les algorithmes progresseront, plus le discernement humain deviendra un actif stratégique. Cette évolu tion conduit également à redéfinir la mission même de la conformité. Son objet ne consiste plus unique ment à garantir le respect des obligations réglemen taires ; il est désormais d’assurer la fiabilité desméca nismes qui produisent les décisions. Lesquestionsrelativesàlaqualitédesdonnées,àl’en traînement des modèles, à leur validation indépen dante, à leur explicabilité, à la surveillance de leurs dérives ou encore à la répartition des responsabilités deviennent des enjeux de conformité au même titre quelesexigencesdeluttecontreleblanchimentoude respect des sanctions internationales. La conformité negouverneplusseulementdesrègles;ellegouverne progressivement des systèmes décisionnels. Cette mutation dépasse largement le périmètre des directions Compliance. Elle concerne directement les conseils d’administration, les directions générales, les Chief RiskOfficers, les auditeurs internes et les auto ritésde supervision. Lesdécisions relatives auniveau d’autonomie des modèles, aux conditions dans les quellesunerecommandationalgorithmiquepeutêtre écartée, auxmécanismes de contrôle humain ou aux responsabilités en cas de défaillance relèvent désor mais de la gouvernance d’entreprise. Lagouvernancealgorithmiquedevientainsiunecom posante de la gouvernance prudentielle. Cette orien tationestd’ailleursaucœurdesévolutionsréglemen taireseuropéennes.Qu’ils’agissedel’AIAct,durègle mentDORAoudunouveaupaqueteuropéendelutte contre leblanchiment, unemême logique sedessine : l’innovation technologique ne peut être dissociée d’exigences de transparence, de traçabilité, d’audita bilité et de responsabilité. Les superviseurs ne s’inté ressent plus uniquement aux décisions prises par les établissements ; ils examinent de plus en plus les mécanismes qui conduisent à ces décisions. Dans ce contexte, la véritable différenciation entre établissements ne reposera probablement pas sur la seule performance des modèles d’intelligence artifi cielle. Àmesure que ces technologies se diffuseront, ellesdeviendrontaccessiblesàl’ensembledumarché. L’avantage concurrentiel résidera davantage dans la capacité à organiser efficacement les interactions entre les données, les algorithmes, les collaborateurs et les organes de gouvernance. Les banques les plus performantes ne seront donc pas nécessairement celles qui disposeront des sys tèmes les plus sophistiqués, mais celles qui sauront le mieux les intégrer dans une gouvernance cohé rente, responsable et créatrice de confiance. C’est dans cette perspective que prend tout son sens la notion de compliance augmentée. Celleci ne désigneniuneconformitéautomatiséeniunrempla cementdujugementhumainparlamachine.Elletra duit une évolution beaucoup plus profonde : le pas sage d’une fonction historiquement centrée sur le contrôle de l’application des règles à une fonction appelée à gouverner les systèmes qui contribuent à produire les décisions. À mesure que l’intelligence artificielle s’imposera dans les établissements finan ciers, la conformité pourrait ainsi devenir l’une des principales fonctions de gouvernance de la décision, aucroisementdudroit,delatechnologie,delagestion des risques et de la stratégie. C’est probablement là que réside la véritable révolution. C’est dans cette perspective que prend tout son sens la notion de compliance augmentée. Celleci ne désigne ni une conformité automatisée ni un rem placement du jugement humainpar lamachine. Elle traduit une évolution beaucoup plus profonde : le passage d’une fonction historiquement centrée sur le contrôle de l’application des règles à une fonction appelée à gouverner les systèmes qui contribuent à produire les décisions. À mesure que l’intelligence artificielle s’imposera dans les établissements financiers, la conformité pourrait ainsi devenir l’unedesprincipales fonctions de gouvernance de la décision, au croisement du droit, de la technologie, de la gestion des risques et de la stratégie. C’est probablement là que réside la véritable révolution. Conclusion L’intelligence artificielle est souvent présentée comme une révolution technologique. C’est exact, mais l’essentiel est ailleurs. Les grandes ruptures de l’histoire économiquene tiennent pas uniquement à l’apparitiondenouvellestechnologies;ellesrésultent de la capacité des organisations à transformer ces innovations en nouveaux modes de gouvernance. L’électricité, l’informatique ou Internet n’ont dura blement créé de valeur que parce qu’ils ont conduit les entreprises à repenser leurs structures, leurs com pétencesetleursprocessusdedécision.L’intelligence artificielle suit aujourd’hui lamême trajectoire. Dans les prochaines années, les modèles devien dront plus puissants, moins coûteux et largement accessibles. La technologie cessera progressivement d’être un facteur de différenciation. En revanche, la capacité àgouverner ces systèmes resteraprofondé ment distinctive. Les établissements qui réussiront ne seront pas nécessairement ceux qui disposeront des algorithmes les plus performants,mais ceux qui sauront articuler efficacement expertise humaine, qualité des données, gouvernance des modèles et responsabilitédécisionnelle.Cetteévolutionredéfinit lamissionde la conformité. Celleci ne seraplus seu lement garantedurespect des règles ; elledeviendra l’une des fonctions chargées d’organiser les condi tions dans lesquelles les décisions sont produites, documentées, contestées et assumées. Dans un environnement où les algorithmes partici peront à une part croissante des processus décision nels, la confiance reposera moins sur la sophistica tiondes technologies que sur la robustesse des insti tutionsquilesencadrent.C’esttoutlesensdelacom pliance augmentée. Loin d’annoncer le remplace ment du professionnel par lamachine, elle consacre l’émergence d’une conformité dont la vocation est de gouverner des systèmes décisionnels hybrides, associant intelligence artificielle, expertise humaine et responsabilité institutionnelle. La véritable révolution ne sera donc pas celle des algorithmes. Elle sera celle des organisations capa blesdetransformerlapuissancedel’intelligencearti ficielle en décisions plus fiables, plus transparentes et, surtout, plus dignes de confiance. La prochaine révolution de la conformité : Pourquoi l’intelligence artificielle transforme la gouvernance bancaire ParMichel SAUGNE, CIO, LFDE L e premier semestre a été celui de la concentration. Le secondpourrait être celui de la sélection. Portésparlʹintelligenceartificielle,lʹabondance de liquidités et une remarquable capacité à absorber les risques géopolitiques, lesmarchésontcontinuéleurascen sionmalgréunenvironnement par ticulièrement incertain. Mais der rière des indices proches de leurs sommets, les équilibres évoluent. Letempsdubêtafacileetdesparis consensuelspourraitprogressive ment laisser place à une phase plus exigeante, où la croissance bénéficiaire,lesvalorisations,lesrendementspourles actionnairesetlasoliditédesfondamentauxredevien dront les véritablesmoteurs de performance. Pour les investisseurs, lʹenjeu sera de conserver une expositionauxthèmesdecroissancelespluspuissants tout en évitant les excès de concentration qui accom pagnentlesphasesdeforteeuphorie.Plusquejamais, ilsʹagiradedistinguerlemomentumdurabledusim pleemballementdemarché.Siladétentegéopolitique observée récemment se confirme, le recul des prix de lʹénergie et ladiminutiondu risque stagflation niste pourraient ouvrir la voie à un élargisse mentdurebondboursier.LʹEurope,longtemps pénalisée par son déficit de croissance et de technologie,disposeraitalorsdʹunpotentielde rattrapage significatif. LʹEurope : un axe de réallocation à ne pas négliger Dansunmarchémoinsdépendantdʹun nombre restreint de valeurs et davan tage guidé par les fondamentaux, lʹheure pourrait progressivement revenir à la sélection des entreprises plutôt quʹà la seule exposition aux grands thèmes de marché. Après des mois de sousperformance marquée et alors que les investisseurs restent souspondérés, les niveaux d’exposition aux marchéseuropéenssesituentencoreprochesdeleurs plus bas historiques. Les valorisations se sont norma lisées, les excès ont été largement purgés et, àmesure que l’environnement macroéconomique s’apaise, de nouvelles opportunités émergent. C’est notamment le cas des petites capitalisations, dontleretardaccumulépourraitserésorberaucours des prochains mois, mais également des sociétés de qualité, dont les fondamentaux demeurent solides malgré les incertitudes récentes. Ces dernières rede viennent attractives, leurs valorisations relatives sʹétantlargementnormaliséesaprèsdeuxannéesdif ficiles. Le renchérissement du dollar face à l’euro pourrait aussi aider ces valeurs fortement exporta trices. Certaines valeurs du luxe bénéficient des pre miers signes de reprise de la demande. Le renouvel lement des équipes créatives au sein des principales maisons contribue également à restaurer la désirabi lité desmarques et lʹintérêt des investisseurs. Les banques de la zone euro continuent de profiter dʹun environnement de taux encore favorable, de bilans solides et de niveaux de rentabilité élevés. À cela sʹajoutent les gains de productivité attendus de lʹintelligence artificielle, lʹoptimisation des réseaux bancaires, un mouvement de consolidation nais sant et des retours aux actionnaires particulière ment attractifs. La duration retrouve également de lʹintérêt, particu lièrement en Europe, dans un contexte où la détente des prix de lʹénergie pourrait contribuer à modérer les anticipations dʹinflation et redonner davantagede marge demanœuvre aux banques centrales. Audelà de lʹEurope, plusieurs thèmes offrent des sourcesdediversificationcomplémentaires. Ledéve loppement soutenu des infrastructures de lʹintelli gence artificielle continue dʹalimenter des besoins massifs dʹinvestissement. Les matériaux critiques occupent une position stratégique au cœur des tran sitions technologique, énergétique et industrielle. Les actions japonaises méritent également une attention particulière. Alors que les effets du resserrement monétairedelaBanqueduJaponsemblentdésormais largement intégrés dans les cours, les fondamentaux des entreprises restent solides et les réformes de gou vernance continuent de soutenir le potentiel de reva lorisationdumarché japonais. Porté par le retour de lʹinvestissement, unemeilleure utilisation du capital, les réformes de gouvernance et lʹintérêt croissant des investisseurs domestiques comme internationaux, dans un contexte où le yen demeure à des niveaux historiquement faibles, le Japon retrouve progressivement sa place au sein des allocationsmondiales. Dans cet environnement, la gestion de conviction apparaît plus que jamais comme une réponse perti nente.Alors que ladispersiondes performances sʹac croît et que les opportunités se multiplient, la sélecti vité redevient un facteur essentiel de création de valeur.Plusquejamais,lʹenjeuestdʹidentifierlesentre prises capables de conjuguer visibilité, qualité, disci plinefinancièreetcroissancedurable.Dansunephase demarchémoins portée par quelques valeurs domi nantes, ce ne sont plus les indices qui feront la diffé rence,mais la capacité à sélectionner les bons titres. Du momentum à la sélection
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Nzk5MDI=