Agefi Luxembourg - mars 2026
AGEFI Luxembourg 20 Mars 2026 Fonds d’investissement U ne nouvelle étude* du CarneGroup (Carne), la plus grande société indé- pendante européenne de gestion pour compte de tiers (ManCo), ré- vèle que les gestionnaires de fonds abordent 2026 avec une confiance renouvelée enmatière de crois- sance et de levée de capitaux, alors même que les investisseurs institu- tionnels semontrent de plus en plus préoccupés par les conflits d’intérêts liés aux valorisations et par les risques systémiques sur les marchés privés. LedernierrapportChange2026deCarne, fondé sur une enquête menée auprès de 200dirigeants(C-suite)desociétésdeges- tiondans lemondeet de200 investisseurs institutionnels européens, montre que l’optimisme est de retour, mais avec une plus grande exigence de discipline. 93%des gestionnaires anticipent des flux entrants plus élevés — le niveau de confiance le plus fort enregistré depuis le lancement de l’étude Change — tandis que 84%des investisseurs institutionnels prévoientd’assumerdavantagederisques cette année. Cette confiance est toutefois tempéréeparunesurveillanceaccrue.Les investisseurs institutionnels déclarent adopter une approche plus rigoureuse et analytiquedansledéploiementducapital, les standards de gouvernance, les pra- tiques de valorisation et les risques de liquidité influençant de plus enplus leurs décisions d’allocation. JohnDonohoe,directeurgénéraldeCarne Group, a déclaré : « La confiance n’a pas disparu du secteur, elle a mûri. Les ges- tionnaires de fonds sont optimistes quant à la croissance et à l’expansion, mais cette ambition s’accompagne désormais d’exi- gences beaucoup plus strictes des inves- tisseurs en matière de valorisations, de gouvernance et de gestiondes risques. La croissance reste clairement à l’ordre du jour, mais elle doit reposer sur des bases plus solides. » Les valorisations sont devenues un point de tensionmajeur sur lesmarchés privés. La quasi-totalité des investisseurs institu- tionnels interrogés (99%) se disent préoc- cupés par les conflits d’intérêts liés aux valorisations,dontplusdelamoitié(55%) se déclarent « très préoccupés ». Ces inquiétudes reflètent la crainte que des valorisations trop optimistes n’amplifient àlafoislesrisquesdeliquiditéetlesrisques systémiques, alors que lesmarchés privés continuent de se développer. Le ratio Distributions to Paid-In Capital (DPI) devientunindicateurclé:lesgestionnaires capablesde restituerducapital aux inves- tisseurssontplussusceptiblesd’obtenirde futures allocations. Bien que les gestionnaires renforcent la gouvernance des valorisations, la super- vision indépendante demeure limitée. Seuls 2 % font actuellement appel à des spécialistes externes de la valorisation, alorsmêmeque92%desinvestisseursins- titutionnels s’attendent à une augmenta- tiondeleurrecoursaucoursdesdeuxpro- chainesannées.Àmesurequelesmarchés privés gagnent en ampleur et en com- plexité, le risque systémique devient une préoccupationcentralepourlesdeuxpar- ties. Prèsdes trois quarts (72%) des inves- tisseurs institutionnels se disent « très préoccupés»parlerisquesystémique,tan- dis que plus de neuf gestionnaires sur dix (92%) s’attendent à une hausse du risque systémique sur les marchés privés au cours des deux prochaines années. Pourtant,lesgestionnairesdemeurenttrès confiants quant à la croissance : 90%pré- voientdelancerdavantagedeproduitsen 2026,etpresquetous(98%)envisagentde lever des capitaux sur de nouveaux mar- chés étrangers. Beaucoup explorent éga- lement de nouvelles classes d’actifs, 95 % se préparant à lancer des fonds endehors de leurs domaines d’expertise tradition- nels. Cela inclut des structures semi- liquides, avec 89%des gestionnaires pré- voyantdeslancementsdanslesdeuxpro- chainesannées.Cesconclusionsdécrivent un marché désireux de croître, mais qui n’est plus prêt à faire de compromis sur le risque.Unegouvernancerobuste,unedis- cipline rigoureuse enmatière de valorisa- tion et une gestion efficace des risques deviennent des facteurs déterminants pour soutenir la croissance à long terme. John Donohoe a ajouté : « Les investis- seurs sont disposés à allouer des capi- taux, mais uniquement lorsque la gou- vernance, la discipline de valorisation et la gestion des risques sont prises au sérieux.Laprochainephasedecroissance desmarchésprivésappartiendraauxges- tionnaires capablesde répondreàces exi- gences accrues et de tenir leurs engage- ments envers les investisseurs enmatière de liquidité. » *Li resurhttps://urls.fr/uL6gyL La confiance revient dans la gestion d’actifs Unitythroughsimplicity ™ Change 2026 Themeasureofamoving industry Stability by design 200C-suiteexecutives in fundmanagement globallyand200European institutional investorsshare insightson theyearahead Unitythroughsimplicity ™ S elon l’Association Luxembourgeoise des Fonds d’Investissement (ALFI), l’association représentative du secteur luxembourgeois de la gestion d’actifs et des fonds d’in- vestissement, dont la mission est de promouvoir le déve- loppement de l’industrie des fonds, de favoriser la créa- tion de nouvelles oppor- tunités d’affaires et de faciliter l’échange d’in- formations et de connais- sances entre les acteurs du marché, le Luxembourg pour- suit le renforcement stratégique de son cadre réglementaire et fiscal afin de conforter sa position de première place européenne des fonds d’investissement. Créée en 1988, l’ALFI regroupe plus de 1 400 fonds domiciliésauLuxembourg,sociétésdegestionetpres- tataires de services. Elle œuvre à faire du Grand- Duché le centre international de fonds d’investisse- ment le plus innovant, dans un pays qui demeure le premier domicile de fonds en Europe et un leader mondial de la distribution transfrontalière. Ces derniersmois, plusieurs réformesmajeures sont venues enrichir la«boîteàoutils » luxembourgeoise, tant pour les stratégies d’actifs privés que pour les actifs liquides. Pour Corinne Lamesch (portrait), Deputy CEO et General Counsel de l’ALFI, « le Luxembourg continue de démontrer comment une place financière de premier plan doit évoluer — en affinant et en élargissant sa boîte à outils régle- mentaire et de structuration afin d’anticiper les besoins changeants des gestionnaires et des investisseurs. L’écosystème combine flexibilité, clarté et hauts standards de protection des investisseurs ». Un régime du carried interest modernisé Le22 janvier 2026, leParlement luxem- bourgeois a adopté une réforme du régime fiscal du carried interest, appli- cable rétroactivement au1 er janvier 2026. Introduit en 2013 lors de la transpositionde ladirec- tive AIFM, le dispositif était déjà reconnu comme compétitif. La réforme confirme l’exonération des revenus issus du« carried interest investi » (sous conditions) et renforce l’attractivité des schémas non investis en leur appliquant une imposition réduite à un quart du taux ordinaire. Le cadre révisé élargit le cercle des bénéficiaires éli- gibles, clarifie des points essentiels tels que la trans- parence fiscale des fonds d’investissement et le trai- tement des modèles « deal-by-deal », et assure la continuité des dispositifs existants. L’objectif est de renforcer l’attractivité du Luxembourg pour les fonds alternatifs tout en soutenant l’attraction et la rétention des talents. AIFMDII et UCITSVI : une transposition anticipée Le 12 février 2026, leLuxembourgaadopté lesmodi- ficationsdesloisdu17décembre2010(OPC)etdu12 juillet 2013 (AIFM), transposant les textes européens révisés dits «AIFMD II et UCITSVI ». Parmi les pre- miers États membres à mettre en œuvre ces évolu- tions, le Luxembourg entend garantir un environne- ment réglementaire stable et prévisible. Le nouveau cadreharmonise lesoutilsdegestionde la liquidité et lesrèglesdedélégation,toutenpréservantlesmodèles opérationnels établis. Pour les actifs privés,AIFMDII introduit un cadre harmonisé pour les fonds alterna- tifsoctroyantdesprêts,aveclamiseenplaced’unpas- seport transfrontalier de prêt. Il prévoit également, danscertainscasspécifiques,lapossibilitédedésigner undépositaireétablidansunautreÉtatmembre,afin de tenir compte des spécificités de certainsmarchés. Modernisationdes orientations de laCSSF Le 19décembre 2025, laCommissionde Surveillance duSecteurFinancier(CSSF)apubliéunenouvellecir- culaire (25/901) relative aux SIF, SICAR et OPC de la partieII.Cetexteconsolideetsimplifielesorientations existantes en adoptant une approche fondée sur des principes plutôt que sur des règles strictement pres- criptives. Il offre davantage de flexibilité — notam- ment en matière de diversification des risques et de limites d’endettement pour les fonds réservés aux investisseurs avertis—tout enmaintenant unniveau de protection approprié pour les fonds destinés aux investisseurs de détail. En parallèle, un projet de loi introduit en décembre 2025 propose d’autoriser les sociétésàresponsabilitélimitée(Sàrl)àdifférerlalibé- rationducapitalsocialminimumjusqu’àdouzemois après leur constitution, sous réserve de garanties. Cette mesure pourrait accélérer la création de véhi- cules ad hoc et renforcer encore l’attractivité du Luxembourg enmatière de structuration sociétaire. Transparence accrue et encadrement des crypto-actifs Surlesegmentdesactifsliquides,laCSSFamisàjour, le 17 février 2026, sa FAQ relative à la loi de 2010. Les ETF UCITS— actifs comme passifs —devront dés- ormais publier la composition complète de leur por- tefeuille au moins chaque trimestre, avec un délai maximalde30joursouvrables,renforçantlatranspa- rencetoutenintroduisantdavantagedeflexibilitéopé- rationnelle. Dans le cadred’UCITSVI, l’obligationde rapport d’évaluation par un réviseur d’entreprises pour les apports en nature a été supprimée, simpli- fiant ainsi les processus de souscriptiondes ETF. Enfin, le 4 février 2026, la CSSF a actualisé son enca- drementdescrypto-actifs:lesUCITSpeuventobtenir une exposition indirecte aux crypto-actifs dans la limite de 10 % de leur valeur nette d’inventaire, via des valeursmobilières sans dérivés intégrés. Les FIA de détail peuvent, quant à eux, investir directement ou indirectement dans des crypto-actifs dans la même limite de 10%.Au-delàde ce seuil, une exten- sion spécifique d’agrément est requise pour les ges- tionnaires concernés. À travers ces réformes coordonnées entre législateur, régulateur et industrie, le Luxembourg confirme sa volontéde rester à l’avant-gardede la réglementation européenne des fonds d’investissement. Le Luxembourg accélère ses réformes pour renforcer son leadership européen dans les fonds d’investissement Par Christopher DEMBIK, Senior Investment Strategy Adviser, Pictet Asset Management L e prix de l’or s’est envolé de 72% enun an. Cela a fait des heureux. Les épargnants qui ont investi tôt sur lemétal précieux et les entre- prisesminières aurifères. Ces der- nières ont euunbeauparcours boursier en 2025. Prenons le canadienBarrickGold. Son action a progressé de 152%enun an. Et ce n’est certainement que le début. L’ensemble des entreprises minières aurifères représente actuellement une capitalisation boursière de 1 000 milliards $. C’est peu. C’est moins que la chaîne de distribution américaine Walmart (1 100 milliards $). C’est l’équivalent de 1% de la capitalisation boursière mondiale. Par le passé, c’était autour de 10%. Tout porte à croire que cette sous-représentation du sec- teur ne va pas durer. Deux facteurs principaux de soutien Les minières capitalisent sur l’intérêt crois- sant des investisseurs institutionnels (banques, fonds d’investissement, fonds spéculatifs) pour l’or. Le métal précieux est sous-repré- senté dans les allocations d’actifs – autour de 1 à 2% du total selon Morningstar. Nul besoin d’être grand clerc pour savoir que cette proportion est amenée à pro- gresser. Nous sommes face à un supercycle haussierdesmatièrespremièresquiest stimulé par le « debasement trade » (réduction dans les portefeuilles d’in- vestissement des actifs en dollar au profit d’autres devises ou de l’or), la transition énergé- tique, l’intelligence artificielle etc. Attention, toutes les matières premières ne vont pas en bénéficier. Lesmétaux précieux et certainsmétaux industriels comme le cuivre, qui souffre d’un déficit d’offre chronique et de réserves au plus bas, devraient être parmi les gagnants. C’est plus compliqué pour l’énergie et les matières premières agricoles dont l’évolution dépend des aléas climatiques. Lors du précédent supercycle, les matières pre- mières – surtout l’or et un peu l’argent – ont repré- senté jusqu’à 12% de l’allocation d’actifs totale moyenne. Si le même schéma que par le passé se reproduit, la forte demande en or dans unmarché d’offre qui est contraint devrait faire bondir les marges des minières qui ont déjà beaucoup aug- menté l’an dernier. Autre point positif, malgré la hausse boursière des derniers mois, elles font toujours l’objet d’une décote inédite : leur valorisation correspond à un prix de l’once d’or entre 2 000 et 2 500 $, alors que l’once s’échange actuellement au-dessus de 5 000 $ et pourrait atteindre 7 000 $ d’ici la fin de l’année. Toutes les entreprises du secteur sont concernées. Les grandes capitalisations se négocient à un ratio cours/valeur liquidative de 0,75, c’est-à-dire si on vendait tous leurs actifs et qu’on remboursait toutes leurs dettes. Les petites capitalisations sont encore moins chères avec un ratio cours/valeur liquidative de 0,51. Difficile, dans ces conditions, de rester à l’écart. Qu’est-ce qui pourrait mal se passer ? Par le passé, les minières ont souvent réservé des mauvaises surprises. La corrélation entre l’or et les actions de ces entreprises était imparfaite. Pourquoi ? Les minières sont exposées à un cadre réglemen- taire de plus en plus contraignant, parfois à des grèves, souvent à des problèmes d’exploitation qui ont pour effet de faire diminuer les marges. Tous ces risques sont encore présents. Mais ils sont atté- nués par la hausse spectaculaire de l’or. Tant que celle-ci perdure – et c’est notre point de vue – les actions des minières devraient continuer de progresser. Évidemment, ce ne sera pas linéaire. Il y aura des prises de bénéfices. C’est ce qui est en train de se produire sur l’action Barrick Gold depuis quelques semaines, par exemple. Mais la tendance de fond reste haussière, sans l’ombre d’un doute. Ruée sur les entreprises minières
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