Agefi Luxembourg - juin 2026
Juin 2026 13 AGEFI Luxembourg Économie & Banques Par Bruno COLMANT, M.Sc., Ph.D., CFA, Membre de l’Académie royale de Belgique M on dernier livre traite de la monnaie sous des an gles différents : histo rique, politique, anthropologique, numérique, écologique et même métaphysique. Car la monnaie nʹest jamais un simple instru ment dʹéchange. Elle nʹest pas seulement ce qui permet dʹacheter, de vendre, dʹépar gner ou dʹinvestir. Elle est beaucoup plus profondé ment une manière pour les sociétés dʹorganiser le temps, la dette, la confiance, la promesse et le pouvoir. Nous croyons souvent que la monnaie est neutre. Cʹestuneillusion.Elleportetoujourslʹempreintedʹune époque, dʹun État, dʹune croyance collective. Elle exprime ce quʹune société accepte de garantir, de dif férer,definanceroudʹimposer.Encesens,lamonnaie nʹestpasseulementunetechniqueéconomique:elle est un fait politique total. Elle dit qui détient le pou voir de créer la valeur, qui supporte les dettes, qui bénéficie de la confiance et qui en est exclu. Lʹhistoire monétaire montre que la monnaie fut dʹabord liée au sacré, au sacrifice, au bétail, aux métaux précieux, puis au sceau de lʹÉtat. De la pièce frappée à lʹeffigie du souverain jusquʹau billet de banque, puis à la mon naie scripturale et numérique, cʹest tou jours la même question qui revient : pourquoi acceptonsnous collective ment un signe comme sʹil portait en lui une valeur réelle ? La réponse tient dans la confiance, mais aussi dans la contrainte. Unemonnaie cir culeparcequʹelleestacceptée,maisellesʹimpose aussi parce quʹun pouvoir politique peut, en dernier ressort, lʹexiger pour payer lʹimpôt, solder une dette ou respecter une obligation. Aujourdʹhui, cette architecture ancienne est boule versée. Depuis la crise financière, les banques cen trales sont devenues les grands amortisseurs du monde. Elles ont racheté les dettes, soutenu lesmar chés, comprimé les taux dʹintérêt et repoussé les crises. La monnaie est devenue une politique du temps gagné.Mais ce temps gagné nʹest pas gratuit : ilreportesurlʹavenirdestensionsfinancières,sociales et politiques de plus en plus lourdes. Àcette instabilité sʹajoute unemutation géopolitique. Ledollar,longtempsperçucommeunrefugeuniver sel, est aussi devenuun instrument depuissance. Les sanctions,legeldʹavoirs,lasurveillancedesfluxfinan ciers montrent que la monnaie est désormais une arme.Ladédollarisation,lestensionsautourdelʹeuro, lafragmentationdumondemonétaireannoncentune époque où la monnaie ne sera plus seulement un moyendepaiement,maisunchampdeconfrontation entre empires, États et blocs économiques. Le numérique ouvre une autre brèche. Les crypto monnaies, les stablecoins et les monnaies numé riques de banque centrale posent une question ver tigineuse : qui contrôlerademain le codede lamon naie ? Une monnaie programmable pourrait être plus efficace, plus rapide, plus ciblée.Mais ellepour rait aussi devenir conditionnelle, traçable, orientée, voire contrôlante. La liberté monétaire ne dépen drait plus seulement dudroit,mais de lʹarchitecture invisible des algorithmes. Enfin, le livre interroge le rapport entre monnaie et vivant. Notre système monétaire repose implicite ment sur lʹidée dʹune croissance infinie, dʹune dette toujours refinançable, dʹun intérêt composéqui défie le temps. Or le monde réel est fini. Les ressources sʹusent,lesécosystèmessedégradent,lesgénérations se succèdent. Nous avons conçu un outil presque immortel pour gérer un monde mortel. Cʹest peut être là le cœur du drame contemporain. Cʹest pourquoi je plaide pour une repolitisation de lamonnaie. Il faut cesserde la confier exclusivement aux techniciens, aux marchés ou aux algorithmes. La monnaie engage notre souveraineté, notre rap portàlanature,notreconceptiondelajusticeetnotre capacité à transmettre un avenir vivable. Elle doit donc redevenir un débat démocratique majeur. Ce livre est une invitation à regarder la monnaie non comme une évidence, mais comme un miroir. Elle reflète nos peurs, nos dettes, nos promesses et nos illusions dʹéternité. Et si nous voulons éviter que la monnaie ne devienne lʹinstrument dʹune fuite en avant, il faudra lui réapprendre la limite, la respon sabilité et peutêtremême une forme demortalité. Commande en ligne sur https://www.anthemis.be/shop/monnaiela monnaiedanslafureurdumonde18262#attribute_values=4,82,1 La monnaie dans la fureur du monde L e conflit auMoyenOrient et le blocage du détroit d’Ormuz ont ravivé les ten sions sur les prix de l’énergie et les craintes d’un nouveau choc inflationniste, assombrissant les perspectives de croissance pour la zone euro et le Luxembourg. Les incertitudes sur la durée et les conséquences du conflit demeu rent élevées. Des perspectivesmondiales assom bries par le contexte géopolitique Lerefluxdel’incertitudemondialeobser vée au début de 2026 vers un niveau modérémais encore élevé a été contrarié par ledéclenchement de laguerreen Iran le28février2026.Lechocénergétiquequi en découle est venu raviver le spectre d’unecriseinflationnistelaissantprésager une réponse des banques centrales plus oumoins fortes en fonction de l’ampleur du choc inflationniste. Enzone euro, l’ac tivité économique s’était soldée par une hausse du PIB de 1,4 % en 2025, cachant des performances contrastées entre ses différents membres. Pour l’année 2026, les prévisions restent entachées par les développements de la guerre en Iran dont les conséquences restent difficiles à évaluer à ce stade. Une reprise amenée à se renforcer au Luxembourg en 2026…à condition que le détroit d’Ormuz soit réouvert La croissance du PIB au Luxembourg s’est établie à 0,6%en 2025, nettement en deçà de sa moyenne historique et du résultatdelazoneeuropourlaquatrième année consécutive. La dynamique reste déséquilibrée : seuls les activités finan cières et le secteur non marchand sou tiennent l’activité, tandis que l’investisse ment recule encore.Dans le scénariocen tral de cetteNotede conjoncturequi sup pose un conflit court et une réouverture du détroit d’Ormuz en juin, le PIB du Luxembourg progresserait de 1,2 % en 2026 et 1,9 % en 2027. Dans le contexte actuel, la balance des risques est nette ment orientée à la baisse. Si la guerre en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz devaient se prolonger de trois mois, le PIB pourrait reculer d’environ 1 % en 2026, avant de rebondir à 1,8%en 2027. Les prix de l’énergie reviennent raviver l’inflation Le conflit au MoyenOrient ravive les pressions sur les prix de l’énergie et conduitàunerévisionàlahaussedespré visions d’inflation. Dans le scénario cen tral qui suppose un conflit court, l’infla tion au Luxembourg s’établirait à 2,5 % en 2026 et 1,7 % en 2027. Cette trajectoire intègre un net rebond de l’inflation éner gétiqueen2026,suividesonreplien2027 àmesureque lesprix senormalisent, tan dis que les effets de second tour –notam ment via les prix alimentaires – continue raient de se renforcer. Après la tranche indiciairedejuin2026,unesuivanteserait attendue au 2 e trimestre 2027. Une pro longation du conflit (scénario défavora ble) pourrait porter l’inflation à environ 4 % en 2026 et 2,4 % en 2027 et déclencher unetrancheindiciairesupplémentairedès le 3 e trimestre 2026. Le coût salarial moyen a accéléré sur les troispremierstrimestresde2025,sousl’ef fet notamment de la tranche indiciaire de mai, avant de ralentir au 4 e trimestre, por tant la croissance annuelle à 4,4 %. Un ralentissement plus ou moins prononcé est attendu en 2026, selon le scénario. La hausse des créations d’emplois devrait s’amplifier Si l’emploi poursuit un ralentissement en zoneeuro,ladynamiques’estenrevanche sensiblement renforcée au Luxembourg depuisl’étédernier.Malgrécela,letauxde chômage au GrandDuché a continué à augmenteretadépassé,audébutde2026, celui de la zone euro – une première his torique. Cette hausse s’explique principa lementparuneprogressionplussoutenue de la population active, dynamisée par uneparticipationaccrueaumarchédutra vail.Parailleurs,c’estsurtoutl’emploifron talier qui enregistre un regain d’élan, ce qui ne permet pas de faire baisser le chô mage des résidents. Le rebond de l’emploi frontalier reflète la reprise de l’emploi dans le secteur mar chand non financier, significativement pénalisé ces dernières années par la crise dans la construction. Si laprogressiondes effectifs totaux reposait depuis 2024 prin cipalement sur les activités non mar chandes (à hauteur de trois quarts en 2025), c’est le secteur marchand qui serait le principal créateur d’emplois sur l’hori zondeprévision:danslescénariocentral, son rebond porterait la croissance des effectifs à +1,7 % cette année et +1,9 % en 2027 (après +1,2%en 2025). Parallèlement, le tauxde chômage recule rait légèrement vers 6,2%enmoyenne en 2027 (contre 6,3 % en mars 2026). Une guerre prolongée en Iran étoufferait en revanche la reprise conjoncturelle : dans ce scénario, l’emploi freinerait à nouveau cette année (+0,7 %) avec à la clé une hausse du chômage vers 6,7%en 2027. Undéficit public encore proche de 2%duPIB en 2026 et 2027 En2025,lesfinancespubliquessesontnet tement dégradées sous l’effet d’un ralen tissement prononcé des recettes fiscales (+2,5 %, contre presque +10 % par an en 2023 et 2024) et d’une forte hausse des dépenses publiques (+8,8 %). Les impôts sur les sociétés et sur les ménages se sont repliés, tandis que les recettes de TVAont été freinées par un ralentissement de la consommation et de l’inflation. En paral lèle, lesdépensespubliquesont fortement augmenté, notamment à travers les trans ferts en capital liés aux fonds spéciaux, ainsi qu’avec la hausse des prestations sociales et de lamasse salariale. Cette évolution a conduit à un retourne ment du solde public : après un excédent à 0,9 %du PIB en 2024, le Luxembourg a enregistréundéficitde2%duPIBen2025, bienplusimportantqu’attendu.Pour2026 et 2027, ledéficit publicdevrait semainte nir à environ 2 %du PIB. Il pourrait s’ag graver et s’approcher des 3 % du PIB en cas de conflit prolongé auMoyenOrient. Une crise énergétique différente de la précédente Après la crise énergétiquede 2022 liée à la guerreenUkraine,lestensionsauMoyen Orient et les perturbations du traficmari time dans le détroit d’Ormuz ravivent les risques pesant sur l’approvisionnement mondialenpétroleetengaz.L’Europeap paraît toutefoismoins affectéequ’en2022, car elle a réduit sa consommation de gaz, diversifié ses approvisionnements et dé veloppé ses capacités de production d’électricité renouvelable. Au Luxembourg, l’effet du conflit ne se manifeste jusqu’à présent que sur les prix desproduitspétroliers. Lesprixdugaz et de l’électricité ne devraient pas être signi ficativement affectés si le conflit se résout avant l’été. Dans ce scénario central, le STATEC anticipe pour cette année une baissedesémissionsdegazàeffetdeserre de 2%et un recul supplémentairede 5% en 2027. Une telle évolution permettrait auLuxembourgdes’alignerpresquepar faitement sur la trajectoire de réduction prévue par la loi climat en 2027. Source : STATEC Note de conjoncture 126 du STATEC Des droits de douane… au droit de passage 1 truo c litfno 2 égnloor p litfno .03- .92 .12- .81 - .53 .4 - .82 .1 3 .42 .0 3 .71 .5 4 .76 .6 2 .26 .3 6 .11 .7 6 .91 .7 0 .81 .11 1 .91 .2 2027 2027 C C 2026 2026 1 - 2025 PIB en vol. 0.6 Emploi total intérieur 1.2 Taux de chômage (% de la pop. act.) 6.0 Indice des prix à la consommation (IPCN) 2.3 Coût salarial moyen 4.4 Solde public (% du PIB) -2.0 ffdi fi i auf Evolution en % s s spéc ié éremment .42- Emissions de gaz à effet de serre -7.7 .45- .14 .35- - Principales évolutions macroéconomiques au Luxembourg Source:STATEC(20262027:prévisions) 1) Scénario central de la Note de conjoncture 126, qui supposait un conflit au MoyenOrient relativement court et un déblocage du détroitdʹOrmuzenmai. 2) La prolongation du conflit au MoyenOrient et du blocage du détroit dʹOrmuz jusquʹà lʹautomne entraîne une chute critique desstocksdepétroleetuneaugmentationprononcéede lʹinflationmondiale,pesantsur lesmarchés financiersetnuisantà l’activité économique. Note de conjoncture 1 - 202 6 2 juin 202 6 1 truo c litfnoC 2 égnloor p litfnoC
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