Agefi Luxembourg - février 2026

Février 2026 11 AGEFI Luxembourg Économie By Bruno COLMANT, Ph.D., M.Sc., CFA, Member of the Belgian Royal Academy L ife's journey has occasionally placedme at the crossroads of financial history. In 2005, while serving as CFO of ING, insights from the banking sector allowedme to antici- pate the subprime crisis before it fullymaterialized. Later, steering the Brussels Stock Exchange and serving as Deputy CEO of AGEAS in 2009 offeredme a front-row seat to the sovereign debt crisis. These experiences taught me a valu- able lesson: authentic leadership often requires exploring scenarios that diverge from the consensus. It is not about being right or wrong, but about being prepared for the improbable. History shows that resilience belongs to those who dare to ask difficult questions before they become urgent necessities. Today, I wish to share a reflection intended for corporate leaders and Boardmembers. Ina rapidly changingworld, our duty is to anticipate shifts in the global landscape, including those that challenge our long-standing assumptions. The relationship between Europe and the United States is evolving. While our transatlantic bond remains a pillar of Western stability, we are wit- nessing a structural shift towards a more transactional and protec- tionist approach. Recent trade tensions and political rhetoric on both sides of the Atlantic suggest that the era of seamless coopera- tion may be giving way to a more complex reality. Therefore, it is simply good governance to "stress- test" our strategies against a broader range of sce- narios. The U.S. financial system is the bedrock of the global economy, and any adjustment to its mechanisms—such as the provision of dollar liq- uidity via central bank swap lines—would have ripple effects. While extreme measures such as selective defaults or capital controls seemunlikely, prudent risk management requires us to consider how shifts in tax policy, trade tariffs, or currency valuations might affect our competitiveness. This context calls for a systematic, rigorous appli- cation of stress tests across our organizations. Just as banks have learned to simulate severe economic downturns to ensure their solvency, industrial and service companies must now model the resilience of their operations against geopolitical shocks. What happens toyour supply chain if tariffs double overnight?Howdoes your balance sheet hold up if access to dollar financing is suddenly constrained? Can your IT infrastructure operate independently if global cloud services face disruption? Running these simulations is not an exercise in pessimism; it is a discipline of foresight that reveals hidden vul- nerabilities and empowers management to build buffers, diversify partnerships, and secure business continuity. This is relevant for everyEuropeancom- panywithexposure to theU.S.market or thedollar. It is also a key consideration for our financial insti- tutions, which rely on the smooth functioning of international liquidity channels.Understandingour exposure is the first step toward immunization. Beyond finance, we must also consider operational resilience. InadigitalworlddominatedbyU.S. tech- nologyproviders, diversifyingour cloud infrastruc- ture and securing data sovereignty are becoming strategic imperatives. Similarly, energy securityand the stability of our defense alliances remain vital components of theEuropeanbusiness environment. In conclusion, this is not a call for alarm, but a call for awareness. Executive Committees must broad- en their risk horizons and discuss these structural shifts calmly and proactively. By addressing these questions today, we do not just protect our compa- nies; we position them to thrive in amoremultipo- lar world. A resilient company dares to look the future in the eye, with all its complexity. Strategic resilience: navigating the new reality L es agences de nota- tion internationales S&PGlobal Ratings et Moody's ont confirmé, respectivement les 30 jan- vier et 13 février 2026, la no- tation «AAA » du Luxem- bourg, assortie d’une pers- pective stable. Ces décisions témoignent de la solidité fi- nancière du pays et de la confiance durable des in- vestisseurs internationaux. Malgréunedétériorationdusolde budgétaire, liée notamment à l’augmentation des dépenses en matière de défense, de politique sociale, de subventions énergé- tiques et aux mesures destinées à atténuer le coût de la vie, S&P Global Ratings estimeque les fon- damentaux économiques du Luxembourgdemeurentrobustes. L’agence anticipe une croissance moyenne du PIB réel de 2,1%sur lapériode2026-2029,soutenuepar l’amélioration progressive de la conjoncture mondiale, la baisse des taux d’intérêt et une consom- mation intérieure solide. Elle sou- ligne également l’attrait du pays pour les investisseurs, grâce à la stabilité politique, à l’efficacité des institutionsetàlacompétitivitédu secteur financier. Desoncôté,Moody’smetenavant lasoliditédeschoixpolitiques,éco- nomiquesetfinanciersdugouver- nement, ainsi que la qualité des institutions et de la gouvernance. L’agence relève le dynamisme et la flexibilité de l’économie luxem- bourgeoise,demêmequel’impor- tance des actifs détenus par l’État. Ces atouts compensent, selon elle, la forte dépendance au secteur financier,l’impactàlongtermedu vieillissement démographique et une exposition modérée aux risques géopolitiques. Moody’s prévoit une accélération delacroissanceduPIBréelà2,1% en 2027, après plusieurs années marquéesparleralentissementdu secteur de la construction et de l’immobilier, affecté par la hausse des taux d’intérêt. L’agence anti- cipe également une hausse gra- duelle de la dette publique, qui passeraitd’environ27%duPIBen 2025 à 28,2 % en 2027, tandis que le déficit des administrations publiques resterait modéré, mal- gré l’objectif d’augmenter l’effort dedéfenseà2%duRNBdès2025. Lesdeuxagencessoulignentenfin la robustesse des cadres budgé- taireetréglementaire,ainsiquel’ef- ficacité de la supervision du sec- teur financier. La perspective sta- ble reflète la résilienceduprofil de crédit du Luxembourg face aux défis économiques européens, soutenue notamment par une immigration élevée et une spécia- lisation dans les services à haute valeur ajoutée. Source : ministère des Finances Les agences de notation confirment la note «AAA» du Luxembourg ©PhilippeSchroeder Cadre d’application : Àpartir demi-2026 – Europe L’ESMA publie des orientations sur l’évaluation des connaissances et compétences au titre deMiCA Le 28 janvier 2026, l’autorité de régulation et de surveillance des marchés financiers de l’UE (ESMA) a dévoilé des orientations rela- tives aux critères d’évaluation des connais- sances et des compétences des personnels fournissantdesinformationsoudesconseils sur des crypto-actifs ou des services sur crypto-actifs, conformément au règlement surlesmarchésdecrypto-actifs(MiCA).Elles visentàassureruneapplicationconvergente et cohérente des exigences prévues par ce dernier en matière de conduite des affaires et de protection des investisseurs. Contexte et objectifs Ces mesures s’inscrivent dans le cadre des dispositions de MiCA relatives aux obliga- tions des prestataires de services sur crypto- actifs ; elles concernent le niveau de connais- sances et de compétences des personnels en contact avec la clientèle. Elles prévoient l’in- tervention d’ESMAafin de préciser, par voie d’orientations, les critères permettant d’éva- luersicespersonnelsdisposentdesqualifica- tions,del’expérienceetdelaformationconti- nue appropriées pour fournir des informa- tions ou des conseils ou des services sur des crypto-actifs.L’objectifestd’assureruneappli- cationcommuneetcohérentedecesexigences au sein de l’Union européenne, tout en favo- risant la convergence des pratiques de sur- veillance des autorités compétentes. Principalesmesures et critères définis Ces orientations définissent des critères har- monisés pour l’évaluation des connaissances etdescompétencesdespersonnelsenmatière d’information, de conseil ou de services sur des crypto-actifs. Elles distinguent explicite- ment deux types de prestations : • Pour les personnels fournissant des infor- mations:lesorientationsexigentdesconnais- sances adéquates des caractéristiques, des risques et de la volatilité des crypto-actifs, du fonctionnementdesmarchésetdestechnolo- gies de registre distribué, ainsi que des coûts et frais associés. Ces connaissances doivent être démontrées notamment par une forma- tion professionnelle d’au moins 80 heures, combinée à une expérience minimale de six moissoussupervision;oubienparuneexpé- rience d’au moins un an sous supervision. Pour les services les moins complexes, une formation professionnelle continue est requise,avecunvolumeannuelproportionné à la complexité des services fournis, et un minimumindicatif de 10 heures par an. •Pourlespersonnelsfournissantdesconseils: les orientations prévoient des exigences ren- forcées, incluant, en plus des éléments appli- cables à la fourniture d’informations, la maî- trise : des obligations de convenance prévues par MiCA ; de l’évaluation de l’adéquation descrypto-actifsauprofilduclient;desprin- cipesdegestiondeportefeuilleetdevalorisa- tion. L’accès à ces fonctions repose sur des niveaux de qualification et d’expérience plus élevés, pouvant inclure une formation pro- fessionnelle allant jusqu’à 160 heures et une expérience minimale d’un an sous supervi- sion. Pour les services les moins complexes, laformationprofessionnellecontinueestéga- lement plus exigeante, avec un volume indi- catif pouvant atteindre 20 heures par an. Portée et entités concernées Les orientations de l’ESMA s’adressent aux autorités compétentes et aux prestataires de services sur crypto-actifs au sens de MiCA. Elles concernent les personnels fournissant directementdesinformationsoudesconseils auxclients(ycomprispourdesservicesfour- nisdemanièreautomatiséeousemi-automa- tisée), ainsi que les exigences organisation- nelles relatives à l’évaluation, au suivi et à la miseàjourdesconnaissancesetcompétences. Prochaines étapes Ces dispositions entreront enapplication six mois après leur publication dans toutes les languesofficiellesdel’Unioneuropéennesur le site de l’ESMA. Les autorités compétentes disposeront alors d’un délai de deux mois pour notifier à l’ESMAleur statut de confor- mité. Les prestataires de services sur crypto- actifs ne sont pas soumis àune obligationde notification. Ils sont toutefois tenus de faire tout leur possible pour se conformer à ces orientations. Cadre d’application : 1 er janvier 2026 – Europe LaCommissioneuropéenneadopte un règlement délégué simplifiant les obligations de reporting au titre de la taxonomie européenne Le 8 janvier 2026, la Commission euro- péenneapubliéauJournalofficieldel’Union européenne un règlement délégué visant à simplifierlesobligationsdereportingautitre de la taxonomie européenne. Le textemodi- fie les règles relatives aux informations à publier par les entreprises, ainsi que certains critères techniques applicables aux activités économiques durables. Contexte et objectifs Ce règlement délégué s’inscrit dans le cadre du règlement (UE) 2020/852 établissant la taxonomie européenne. Il fait suite aux retours d’expériences collectés depuis les premières obligations de publication appli- cables aux entreprises financières et non financières. Selon la Commission euro- péenne la complexité du cadre de reporting agénérédeschargesadministrativesimpor- tantes et des pratiques de reporting parfois redondantes,etcemalgréuneadoptionpro- gressive de la taxonomie. L’initiative ins- taure un allègement immédiat et propor- tionné des obligations déclaratives, tout en préservant la transparence sur la part des activités associées à des activités durables et en maintenant les garde-fous nécessaires à la prévention de l’écoblanchiment. Principalesmesures et évolutions Lerèglementintroduitunseuildematérialité de10%,dispensantlesentreprisesd’uneéva- luation de l’éligibilité et de l’alignement à la taxonomie des activités, actifs ou expositions dont le poids est inférieur à ce seuil, selon le KPI concerné. Les activités ou expositions considérées comme non matérielles doivent néanmoinsêtreidentifiéesetprésentéessépa- rément dans les indicateurs publiés. Pour les entreprises financières, plusieurs indicateurs clés, dont le Green Asset Ratio (GAR), font l’objet d’une simplification. Certainescatégoriesd’actifssontexcluespar défaut des dénominateurs des KPI : telles que les dérivés, la trésorerie, le goodwill ou les expositions à des contreparties non sou- mises aux obligations de publication en matière de durabilité. De plus, une faculté temporaire exempte jusque fin 2027 l’utili- sation des modèles de reporting détaillés. La publication d’une déclaration standard, indiquant qu’aucune activité n’est revendi- quée comme durable au sens de la taxono- mie, est toutefois exigée. Simplification des modèles et des critères DNSH Le règlement prévoit une réduction substan- tielledunombredepointsdedonnéesrequis dans les modèles de reporting, avec notam- mentlasuppressiondesmodèlesspécifiques relatifs aux activités liées au gaz fossile et au nucléaire.Cesactivitésdevrontdésormaisêtre déclaréeslorsqu’ellessontmatériellementper- tinentes uniquement. Le textemodifie égale- mentcertainscritèrestechniquesrelatifsàl’exi- gence de ne pas causer de préjudices signifi- catifs aux objectifs environnementaux (« do no significant harm » ou DNSH). Il s’agit en particulier de la prévention et du contrôle de la pollution liée à l’utilisation et à la présence desubstanceschimiques.Ledispositifclarifie ainsi l’application et réduit les charges admi- nistratives associées. Prochaines étapes Le règlement délégué entre envigueur vingt jours après sa publication au Journal officiel de l’Union européenne ; il prend effet à compter du 1 er janvier 2026. Les entreprises peuvent toutefois appliquer le cadre anté- rieur pour les exercices ouverts entre le 1 er janvier et le 31 décembre 2025. Cadre d’application : Europe LaCommissioneuropéennepropose un «CybersecurityAct 2 » Le 20 janvier 2026, la Commission euro- péenne a publié une proposition de règle- mentvisantàremplacerleCybersecurityAct de 2019. Le texte réforme le mandat de l’Agence de l’Union européenne pour la cybersécurité(ENISA),refondlecadreeuro- péen de certification en cybersécurité (ECCF). Il introduit aussi un mécanisme horizontal de gestion des risques liés aux chaînes d’approvisionnement ICT. La déci- sion intervient suite à la hausse des cyberat- taques, notamment par rançongiciel. Elle répondégalementauxpréoccupationscrois- santesconcernantlesdépendancesàcertains fournisseurs établis dans des pays tiers. Contexte et objectifs La proposition pallie plusieurs limites du cadreactuel:enparticulierlamiseenoeuvre lente et inégale du cadre européen de certifi- cation ; la complexité résultant de la coexis- tence de cadres réglementaires horizontaux et sectoriels ; l’insuffisante prise en compte des risques non techniques affectant les chaînes d’approvisionnement ICT. Elle vise ainsi à renforcer les capacités et la résilience de l’Union enmatière de cybersécurité, tout en prévenant la fragmentation du marché intérieur. Renforcement dumandat de l’ENISA Le texte prévoit également une refonte du mandatdel’ENISAafinderenforcersonrôle de soutien à la mise en oeuvre du droit de l’Union et à la coopération opérationnelle entreÉtatsmembres.Lesmissionsdel’Agen- ce sont précisées et étendues en matière : de coopérationopérationnelle;d’améliorationde laconnaissancedelasituationcyberàl’échelle de l’Union ; de diffusion d’alertes précoces ; de soutien à la préparation, à la réponse et à la reprise en cas d’incidents majeurs. La pro- position renforce en outre le rôle de l’Agence dans la gestion des vulnérabilités et le déve- loppementdescompétencesencybersécurité. Refonte du cadre européen de certification en cybersécurité Lapropositionviseàrendrelecadreeuropéen de certification en cybersécurité plus efficace et prévisible. Son champ est élargi ; il couvre lesproduitsICT,lesservices,lesprocessus,les servicesdesécuritémanagéset,lecaséchéant, la posture de cybersécurité des entités. De plus, le texte précise les procédures d’élabo- ration des schémas, prévoit des délais struc- turés et introduit un mécanisme de mainte- nance afin d’assurer leur actualisation et leur cohérence dans le temps. Sécurité des chaînes d’approvisionnement ICT Le texte instaure un cadre horizontal destiné à traiter les risques non techniques affectant leschaînesd’approvisionnementICTdansles secteurs relevant de l’écosystème NIS2. Ce cadre repose : sur des évaluations de risques coordonnéesauniveaudel’Union;surl’iden- tification d’actifs ICT clés et des mécanismes visant les fournisseurs à haut risque, y com- pris ceux établis dans des pays tiers ; sur des dispositions spécifiques applicables aux réseauxde communications électroniques. Prochaines étapes La proposition est soumise à la procédure législative ordinaire. En cas d’adoption par leParlement européen et leConseil, le règle- ment s’appliquerait directement dans tous les Étatsmembres, sous réserve des disposi- tions transitoires et des actes d’exécution ou délégués prévus. ©2026Deloitte Tax&Consulting, SARL Nouvelles publications Janvier 2026 5(*8/$725< &203/Ζ$1&( 6(17Ζ1(/

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